Comment trois génies anciens ont créé ce que nous appelons l’Histoire

14 janvier 2019 Mis à jour: 5 avril 2019

Le thème du leadership mène à l’un des grands débats de l’humanité : les circonstances et les événements façonnent-ils une personne pour qu’elle devienne « exceptionnelle », ou un grand homme ou femme de distinction façonnent-il les événements et les circonstances ?

Trois écrivains innovateurs et divertissants ont commencé l’étude de l’Histoire il y a des milliers d’années, en explorant différents aspects de cette question. Tous trois étaient d’accord pour dire que l’étude de leaders importants offre de merveilleux exemples pour nous tous si nous y prêtons attention. Aujourd’hui, à une époque de dissension et de remise en question des valeurs et des institutions, ces leçons intemporelles nous offrent clarté et orientation.

HÉRODOTE

L’écrivain grec Hérodote, considéré comme le premier historien, a été surnommé le « Père de l’Histoire » pour être le premier à avoir utilisé le terme histoire – dont le terme provient du mot enquête. D’ailleurs, sa grande œuvre historique, les Histoires, est également appelée l’Enquête. Vers 425 av. J.-C., Hérodote devint le premier écrivain à tenter des recherches basées sur des faits afin de se demander ce qui s’était passé et pourquoi.

Quand c’était possible, il vérifiait les faits en interviewant des témoins oculaires, mais ce n’était pas toujours évident, puisqu’il écrivait sur des événements qui s’étaient produits une génération ou deux avant son époque.

Hérodote écrit surtout sur la guerre qui avait préservé cette nouvelle invention grecque passionnante, la « démocratie », de la destruction par le puissant empire dictatorial persan. La démocratie elle-même était en danger, et Hérodote se mit à en raconter l’histoire. Mais la plupart des participants étaient morts à son époque, de sorte que certains « faits » étaient plus faciles à vérifier que d’autres. Comme il l’a dit, « Je suis tenu de dire ce qu’on me dit, mais pas toujours d’y croire. » Il a ajouté avec esprit : « Très peu de choses arrivent au bon moment, et le reste n’arrive pas du tout. »

Hérodote se range sans réserve du côté de ceux qui croient que les événements façonnent les individus : « Les circonstances gouvernent les hommes ; les hommes ne gouvernent pas les circonstances. » Mais il était assez juste d’esprit pour admettre que « il nous faut bien planifier pour pouvoir obtenir invariablement le résultat que nous voulons ; sans ce faire, il est peu probable que même les dieux regardent avec faveur nos desseins ».

Hérodote a écrit l’Histoire « pour que les actions des gens ne s’effacent pas avec le temps ».

« Le bonheur n’est pas la gloire, ni la richesse, ni les vertus héroïques, mais un état qui inspirera la postérité à penser, en réfléchissant sur notre vie, que c’était la vie qu’ils voudraient vivre. » Il a déclaré avec audace que « le seul bien est la connaissance, et le seul mal est l’ignorance ».

THUCYDIDES

Le compatriote d’Hérodote et successeur, Thucydide, creuserait encore plus profondément, tant dans les faits que dans leur signification. Thucydide avait un avantage par rapport à Hérodote : il faisait partie de l’histoire qu’il racontait. Un demi-siècle après la guerre grecque contre la Perse, les deux principales villes grecques de cette guerre, Athènes et Sparte, ont commencé une guerre pour le contrôle de la Méditerranée orientale. Cette guerre est connue sous le nom de « guerre du Péloponnèse », le nom provenant de la région autour de Sparte appelée le Péloponnèse. Thucydide, un commandant de la marine athénienne, a été écarté du commandement pour des raisons injustes, un événement qu’il a tourné à notre avantage : il a commencé à écrire un livre très intelligent, La Guerre du Péloponnèse.

Il a écrit : « L’histoire, c’est l’enseignement de la philosophie par des exemples », et il est devenu l’un des analystes les plus fascinants et les plus cités à avoir jamais exploré un sujet.

Personne n’a jamais écrit avec autant de brio sur les folies et les tragédies des forces et des faiblesses humaines, et en particulier sur la guerre. « Quand les gens entrent en guerre, ils font les choses à l’envers. D’abord, ils passent à l’action, et ce n’est qu’après avoir souffert qu’ils commencent à réfléchir », écrit-il. Son étude d’une guerre est devenue une analyse de toutes les guerres : « La vraie cause de tous ces maux était l’amour du pouvoir, agissant par cupidité et ambition personnelle. »

Thucydide est peut-être l’étudiant le plus astucieux de la nature humaine de tous les historiens. Sentant que « la plupart des gens (…) ne prendront pas la peine de découvrir la vérité, mais sont beaucoup plus enclins à accepter la première histoire qu’ils entendent », Thucydide a décidé d’être celui qui raconte cette première histoire. Il a dit : « Je serai satisfait (…) si mes paroles sont jugées utiles par ceux qui veulent comprendre clairement les événements du passé, et qu’elles – la nature humaine étant ce qu’elle est – sont répétées à un moment ou à un autre, de la même manière, à l’avenir. (…) Mon travail (…) a été fait pour durer éternellement. » Et c’est le cas.

Si Hérodote étudiait l’importance des circonstances, Thucydide considérait la nature humaine et le destin aveugle comme des résultats déterminants : « Plus une guerre dure, plus les choses dépendent des accidents. » Il a souligné l’importance des individus, tant pour le bien que pour le mal.

Bien : « La terre entière est le tombeau des hommes célèbres. Non seulement ils sont commémorés par des colonnes et des inscriptions dans leur propre pays, mais dans les pays étrangers il y a aussi un mémorial non écrit d’eux, gravé non pas sur la pierre mais dans le cœur des hommes. Faites-en vos exemples. »

Mal : « L’amour du pouvoir, agissant par cupidité et par ambition personnelle, était la cause de tous ces maux. À cela s’ajoute le fanatisme violent qui est entré en jeu après l’éclatement de la lutte. Les chefs de partis (…) avaient des programmes qui semblaient admirables, mais en prétextant servir l’intérêt public, ils cherchaient à gagner des prix pour eux-mêmes. Les citoyens qui avaient des opinions modérées (…) ont été détruits par les deux partis extrémistes. »

« L’État qui sépare ses érudits de ses guerriers aura son idéologie construite par des lâches, et ses combats par des fous. » Il a ajouté que les connaissances seules étaient insuffisantes si une personne éduquée ne pouvait pas exprimer les leçons : « Une personne qui a le savoir, mais qui n’a pas le pouvoir de l’exprimer clairement, n’est pas mieux lotie que si elle n’avait jamais eu d’idées du tout. »

On reconnaît les citations de Thucydide écrites avec esprit (« Une collision en mer ruinera tout votre voyage« ) et avec compassion  (« Quand y aura-t-il justice à Athènes ? Il y aura justice à Athènes quand ceux qui ne sont pas blessés seront aussi révoltés que ceux qui le sont »). Il a atteint son but : un chef-d’œuvre offrant une sagesse durable, utile et citable. Mais ce sera l’un de ses successeurs qui apportera le témoignage ultime de l’importance vitale des grands hommes.

PLUTARQUE

Il s’appelait Lucius Plutarque, mieux connu sous le nom de « Plutarque », il était philosophe, biographe, moraliste et penseur. Un Grec vivant à Rome, il y a environ 2 000 ans, Plutarque était un fervent partisan des « Grands hommes et femmes d’inspiration de l’Histoire ». Dans son chef-d’œuvre Les Vies parallèles des hommes illustres ou Vies parallèles, une série de biographies, il a raconté des histoires passionnantes sur les personnages illustres de Rome et de la Grèce antiques.

Accordant une attention particulière à la situation de chacun et reconnaissant les limites imposées par ces situations, Plutarque affirmait que les grands dirigeants avaient remodelé ces événements. Il a poursuivi en insistant sur le fait que l’histoire doit nous apprendre à vivre mieux, sinon elle est moins intéressante et peu utile. Plutarque a entrepris d’examiner ces personnes qui ont accompli de grandes choses, tant pour le bien que pour le mal, afin que ses lecteurs puissent suivre ces exemples ou faire mieux.

Ce jumelage gréco-romain était une méthode brillante et originale : il a raconté d’abord (à merveilles !) l’histoire de chacun, il les a ensuite comparés, explorant ce qui rendait chaque Grec et Romain plus ou moins illustre. C’est ainsi qu’il a dépassé les faits pour s’intéresser au comportement humain et aux leçons de vie, qu’il a explorées avec une profonde sagesse.

Ses étudiants sont toujours parmi nous dans les temps modernes. Le président américain Harry Truman, l’un des plus grands étudiants de l’histoire à avoir jamais occupé la Maison-Blanche, a déclaré : « Plutarque en savait plus sur la politique que tous les autres écrivains que j’ai lus réunis. Quand j’étais en politique, il y avait des moments où j’essayais de comprendre quelqu’un, et je pouvais toujours me tourner vers Plutarque. (…) Neuf fois sur dix, je trouvais un ancien comme celui avec qui j’essayais de travailler, et tout ce que j’avais à faire était d’utiliser ce qui s’était passé auparavant comme exemple. »

H. Truman résume pour nous ces trois historiens intemporels – Hérodote, Thucydide et Plutarque : ils étaient tous au courant des éléments divertissants et de la profonde utilité d’étudier l’Histoire : « La nature humaine ne change pas. La seule chose nouvelle dans le monde, c’est l’histoire qu’on ne connait pas. »

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