Comment une province rebelle du Pacifique résiste à la pression, aux pots-de-vin et à l’initiative de « la Ceinture et la Route » de Pékin

Par Daniel Y. Teng
6 avril 2021
Mis à jour: 6 avril 2021

En septembre 2019, deux nations du Pacifique – les Îles Salomon et Kiribati – ont décidé d’abandonner la reconnaissance diplomatique de Taïwan au profit de la République populaire de Chine (RPC). Cette décision est la dernière étape des efforts continus du régime de Pékin pour éroder le statut international de Taïwan.

Face à la décision du gouvernement national des Îles Salomon, Daniel Suidani, le Premier ministre de la région la plus peuplée des Îles, la province de Malaita, a continué à soutenir fermement Taïwan, malgré les pressions de ses collègues fédéraux et de Pékin.

« Ce que nous avons vu avec l’implication de la RPC dans d’autres pays de la région, c’est que tout semble assez bon au début, mais au bout du compte, les pays finissent par avoir du mal à traiter les problèmes qui viennent avec la Chine », a-t-il déclaré au quotidien The Australian.

« En ce qui concerne Malaita, nous ne voulons pas de l’aide de la RPC, car nous ne voulons pas que des contraintes soient imposées à notre indépendance. »

Des danseurs traditionnels lors d’un événement océanique au stade Lawson Tama à Honiara, sur l’île de Guadalcanal, dans les Îles Salomon, le 25 novembre 2019 (Chris Jackson/Getty Images)

Après avoir remporté les élections provinciales en juin 2019, Daniel Suidani a déclaré avoir été approché par des agents agissant pour le compte de Pékin et s’être vu proposer 1 million de dollars des Îles Salomon (environ 105 700 euros) pour changer leur allégeance de Taïwan à la RPC.

« J’ai reçu l’offre par téléphone, et ils m’ont dit où ils étaient et ont dit qu’ils voulaient me rencontrer pour en discuter », a-t-il précisé. « Je savais que je devais adopter une position ferme contre une telle offre, et j’ai conduit jusqu’à l’endroit où ils se trouvaient pour pouvoir leur dire que je n’accepte pas. »

« Quand je suis arrivé, j’ai décidé qu’il n’était pas bon pour moi d’aller les voir. J’ai appelé et dit que je n’étais pas à vendre et qu’ils devaient garder leur argent. »

M. Suidani a déclaré qu’il n’était pas en mesure de dire si d’autres politiciens ont reçu des offres de corruption, mais si Pékin était prêt à l’approcher, alors il est probable que d’autres dirigeants ont reçu des propositions. Il pense que la RPC a pu aider à financer les campagnes électorales des parlementaires, ce qui a pu inciter le Parlement national à changer de reconnaissance diplomatique.

Des manifestants se rassemblent devant le bâtiment du Parlement pendant la conférence de presse du politicien vétéran Manasseh Sogavare à Honiara, dans les Îles Salomon, le 24 avril 2019. (Robert Taupongi/AFP via Getty Images)

La perspective d’une ingérence de Pékin dans la démocratie des Îles Salomon n’a pas entamé la résistance de M. Suidani.

Un mois seulement après le changement diplomatique, M. Suidani, avec le soutien de ses collègues dirigeants, a lancé le communiqué d’Auki, rejetant l’idéologie du Parti communiste chinois (PCC) et son initiative de la Ceinture et la Route (Belt and Road Initiative).

« Rappelons que la Chine ou la RPC n’est pas un pays ordinaire comme beaucoup d’autres pays du monde. Ils ont l’ambition planétaire de dominer le monde », a-t-il déclaré à la foule présente à l’assemblée provinciale.

« Par exemple, la Chine cible massivement les pays démunis comme les Îles Salomon qui ne peuvent pas payer leurs dettes et leurs prêts. La Chine a confisqué des parties ou des ports maritimes entiers des pays qui ne sont pas en mesure de payer leurs dettes. »

En juin 2020, lors de l’épidémie initiale de Covid-19, M. Suidani a demandé à Taïwan de l’aider dans son intervention contre la pandémie.

Cette intervention a suscité une vive réaction de la part du ministre des Affaires étrangères des Îles Salomon et de l’ambassade chinoise locale, notamment parce qu’il a désigné Taïwan comme étant gouvernée par la République de Chine, ce qui traduit une pointe de sarcasme, étant donné que l’île est en vérité une entité autonome distincte de Pékin et que Pékin le nie toujours.

« Une telle déclaration de division de la part d’un Premier ministre provincial menace l’unité du pays à un moment où nous devons travailler ensemble pour empêcher le Covid-19 d’entrer dans nos frontières et ne pas politiser le virus », a déclaré le ministre des Affaires étrangères Jeremiah Manele dans un communiqué.

Un porte-parole de l’ambassade de Chine a répondu par la déclaration suivante : « Les revendications et les actions des dirigeants de la province de Malaita sont illégitimes, inappropriées et totalement erronées. Elles portent atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Chine et blessent les sentiments nationaux du peuple chinois. »

Quelques jours plus tard, M. Suidani a déclaré à The Australian que le gouvernement fédéral avait saisi une cargaison de fournitures médicales en provenance de Taïwan, qualifiant cet acte d’« acte de défiance ».

Les Îles Salomon et Kiribati ayant choisi de s’aligner sur Pékin, les dernières nations insulaires du Pacifique Sud à conserver des relations diplomatiques avec Taïwan sont Tuvalu, Nauru, les îles Marshall et Palau.

Les efforts visant à isoler Taïwan sur la scène diplomatique mondiale interviennent alors que Pékin poursuit son offensive de soft power dans la région par le biais de la propagande, de l’aide étrangère et des investissements dans les infrastructures dans le cadre de l’initiative la Ceinture et la Route (Belt and Road Initiative, BRI).

La BRI est un programme de financement d’infrastructures mondiales de plusieurs milliards de dollars mis en place par Pékin, critiqué pour avoir laissé les pays en développement criblés de dettes.

Des ouvriers démontent un panneau du Forum de la Ceinture et la Route devant le lieu du forum à Pékin, le 27 avril 2019. (Greg Baker/AFP via Getty Images)

Les gouvernements américain et australien ont répondu aux efforts de Pékin dans le Pacifique par leurs propres contre-initiatives.

Le ministre des Affaires étrangères de Taïwan, Joseph Wu, a averti que Pékin pourrait finir par militariser le Pacifique Sud au mépris de l’aide étrangère et des relations diplomatiques, le transformant en « une autre mer de Chine méridionale ».

« Nous avons vu des rapports selon lesquels la Chine est intéressée par la réouverture de cette station radar à Kiribati et la construction d’une base navale dans la province occidentale des Îles Salomon », a-t-il déclaré lors du Dialogue des îles du Pacifique 2019.

« Je ne veux certainement pas voir le Pacifique se transformer en une autre mer de Chine méridionale, et que nous soupirions tous un jour qu’il est trop tard pour que nous puissions faire quoi que ce soit. »

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