Comprendre les cinq éléments dans « Le Classique des trois caractères »

Par Epoch Times
3 mai 2020
Mis à jour: 3 mai 2020

Le Classique des trois caractères ou San Zi Jing est le plus connu des textes classiques chinois pour enfants. Écrit par Wang Yinlian (1223-1296) pendant la dynastie Song, il a été mémorisé par des générations de Chinois, des plus jeunes aux plus âgés. Jusque dans les années 1800, Le Classique des trois caractères était le tout premier texte qu’apprenaient les enfants.

La rythmique courte et simple des versets à trois caractères facilitait la lecture et la mémorisation du texte. Cela permettait aux enfants d’apprendre des caractères courants, des structures grammaticales, des leçons de l’histoire chinoise mais surtout à bien se comporter.

Les cinq éléments, un concept central dans la compréhension traditionnelle chinoise des caractéristiques et des changements naturels, figurent dans le San Zi Jing : les plus grands physiciens de l’Histoire, comme Stephen Hawking et Albert Einstein, ont cherché leur vie durant une « théorie du tout ». C’est le Saint Graal qui explique tout dans l’Univers, depuis le fonctionnement du cerveau humain, jusqu’à la formation des montagnes et des mers, et la naissance et la mort des planètes et des étoiles.

Curieusement, il y a des milliers d’années, les anciens Chinois avaient déjà leur propre « théorie du tout » – les cinq éléments, une théorie abstraite basée sur les règles de la numérologie chinoise du Yi Jing (ou Yi King), ou le Livre des Mutations.

La théorie expose que cinq éléments – le métal, le bois, l’eau, le feu et la terre – constituent toute chose dans notre univers. Au cœur de cette théorie, se trouve le concept de croissance et d’inhibition mutuelles – chaque élément favorisant l’un de ses frères et inhibant l’autre.

Par exemple, l’eau aide le bois à croître et le bois alimente le feu. Mais le feu fait fondre le métal et l’eau éteint le feu. Les éléments se contrôlent mutuellement ensemble, maintenant ainsi un équilibre harmonieux des forces.

Faussement simple en surface, la théorie des cinq éléments contient plusieurs niveaux de complexité et d’abstraction, ce qui la rend tellement polyvalente qu’elle peut s’appliquer à presque tous les aspects de la vie. De la médecine traditionnelle chinoise à la musique, la cuisine, la géomancie, l’architecture, la philosophie, cette théorie globale a harmonisé la culture chinoise.

Tablette, en chinois et en mandchou, pour les divinités des cinq éléments dans le « Temple du Ciel ». (Vmenkov/CC-BY SA 3.0)

Art et architecture

Le symbolisme des cinq éléments est omniprésent dans l’art et l’architecture chinois, mais invisible à l’œil ignorant. Cela devient d’autant plus clair quand nous comprenons les symboles associés à chaque élément.

Détail de la Cité interdite. (Wikimedia commons)

La Cité interdite, le Palais impérial chinois, est bâti dans de riches nuances de vert, de jaune et de rouge. Mais ces couleurs n’ont pas été choisies par souci esthétique. Elles représentent respectivement les éléments de bois, terre et feu, et les annonces de bon augure qui leur sont associées.

Les murs rouges de la Cité interdite proclament la prospérité et la festivité de l’élément feu. Les toits jaunes sont le symbole de l’élément terre et la terre est censée représenter le centre de l’univers. La couleur jaune de la terre symbolise la position centrale du pouvoir de l’empereur. De façon similaire, l’habit traditionnel de l’empereur est également dans la nuance impériale du jaune.

Mais tous les toits de la cité ne sont pas jaunes. Les palais du prince sont couverts de tuiles vertes, qui représentent l’élément bois. Comme le bois symbolise la croissance et la vitalité, c’est un symbole approprié pour les adolescents en pleine croissance.

La bibliothèque impériale est dans une nuance inhabituelle de noir, une couleur que certains considéreraient non propice. Mais le noir est associé à l’élément eau, et l’eau – qui représente également l’hiver et le stockage – protège symboliquement le trésor hautement inflammable des livres de la bibliothèque.

Cuisine et médecine

La théorie des cinq éléments est au cœur de la cuisine et de la médecine traditionnelles chinoises, car elle vise à réaliser une « harmonie ou équilibre » des goûts et des énergies du corps. Chaque élément est associé à un parfum, un organe vital et une propriété énergétique.

Par exemple, le métal est associé aux saveurs piquantes ou épicées, aux poumons et à la propriété d’assèchement. Pourquoi une boisson chaude et épicée est-elle si réconfortante pendant la saison froide et humide des moussons ? Selon la théorie, les aliments épicés sont forts dans l’élément métal et ils viennent contrer le climat grâce à leurs propriétés desséchantes qui dispersent le froid. Les herbes comme le gingembre, l’ail, l’oignon et la moutarde réduisent la congestion des poumons, stimulent la circulation et augmentent l’appétit, ce qui convient parfaitement à un temps froid et humide.

Mais quand la saison chaude et sèche arrive, nous souhaitons consommer des aliments sucrés et rafraîchissants comme la soupe de haricots mungo, l’eau de courge, la menthe et le pudding de soja. C’est parce que ces aliments ont les propriétés humides et douces de la terre et les propriétés rafraîchissantes de l’eau, qui neutralisent le climat chaud et sec.

Une véritable bonne cuisine chinoise s’efforce de réaliser l’harmonie parfaite entre les aliments et les saveurs qui favorisent la vitalité et la longévité. Par exemple, les pétoncles frais et cuits à la vapeur, qui ont les propriétés salées et rafraîchissantes de l’élément eau, viennent compléter parfaitement le goût épicé et réchauffant de l’ail, du gingembre et des échalotes de l’élément métal.

Dans la même veine, la médecine traditionnelle chinoise souligne que les symptômes et les signes de maladie sont le reflet d’un déséquilibre dans les organes et dans les énergies, chacun d’eux pouvant être associé aux différentes parties du système des cinq éléments.

Ceci étant dit, ce qui précède n’est qu’une version simplifiée de la cuisine et de la médecine traditionnelle chinoise. Développés au cours de milliers d’années, ces systèmes sont beaucoup plus complexes et sophistiqués, se basant tous sur un concept fondamental de « théorie du tout ».

Les cinq constantes du confucianisme

Nous parlons de bienveillance et de droiture, de bienséance, de sagesse et d’intégrité. Ces cinq vertus ne doivent jamais être compromises.

Le principe des cinq éléments a aussi été appliqué à la philosophie chinoise, en particulier aux cinq constantes du confucianisme.

Deux cents ans après le confucianisme originel de l’ère de la dynastie pré-Qin, le confucianisme a été promu au rang d’idéologie officielle durant la dynastie Han. Représenté par le philosophe emblématique Dong Zhongshu, ce système de pensée a intégré la théorie du yin et du yang et des cinq éléments.

Dong croyait que l’univers était gouverné par ces lois et que l’homme devait aussi s’y conformer. Il a élaboré le concept selon lequel les cinq constantes ou vertus correspondaient à la théorie des cinq éléments, comme suit :

  • a bienveillance – le bois, pour sa nature croissante et généreuse
  • la droiture – le métal, pour sa force et sa puissance inébranlable
  • la bienséance – l’eau, pour sa nature malléable et déférente
  • la sagesse – le feu, pour son éclat
  • l’intégrité – la terre, pour sa nature solide et stable.

De même que l’équilibre harmonieux des cinq éléments, au niveau fondamental, l’homme devrait posséder les cinq vertus. Mais au niveau de la société, Dong pensait que chaque couche de la société devrait suivre une coordination spécifique des valeurs afin que la société fonctionne au mieux.

Par exemple, les personnes de haut rang devraient mettre l’accent sur la bienveillance, la bienséance, et l’intégrité. Étant dans une position de pouvoir sur d’innombrables êtres, les dirigeants devraient avoir de la bienveillance pour s’assurer que la population soit soutenue.

Ceux de rang inférieur, comme les personnes ordinaires ou les enfants de la famille, devraient mettre l’accent sur la droiture, la sagesse, et l’intégrité. La sagesse est la connaissance de la morale, sans laquelle on ne peut pas devenir une personne vertueuse. Recevoir une éducation morale devrait être une priorité parmi les jeunes.

Cependant, tous les rangs devraient mettre l’accent sur l’intégrité. Comme pour l’élément terre, Dong pensait que l’intégrité est le fondement des quatre autres vertus, et que sans l’honnêteté, les autres vertus s’affaibliraient et s’effondreraient.

Les idées philosophiques de Dong sur la cosmologie et l’art de gouverner sont immortalisées dans son œuvre, La Rosée luxuriante des Annales du printemps et de l’automne, qui fut rédigée par lui-même ainsi que d’autres auteurs. Ses idées ont été largement acceptées et ont façonné la philosophie traditionnelle de la gouvernance en Chine durant plusieurs centaines d’années.

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