Un continent perdu a été retrouvé sous l’Europe – l’avis des chercheurs et géologues sur le Grand Adria

Par CNN
26 septembre 2019 Mis à jour: 26 septembre 2019

Des chercheurs ont découvert un continent caché sur Terre, mais ce n’est pas l’Atlantide. Ils l’ont trouvé en reconstruisant l’évolution de la géologie complexe de la région méditerranéenne, allant des chaînes de montagnes jusqu’aux mes mers d’Espagne et d’Iran.

Le continent s’appelle Grand Adria. De la taille du Groenland, il s’est séparé de l’Afrique du Nord pour être enterré sous l’Europe méridionale il y a environ 140 millions d’années.

Et il y a des chances que vous y soyez allé sans même le savoir.

« Oubliez l’Atlantide », a déclaré Douwe Van Hinsbergen, auteur et professeur de tectonique des plaques et de paléogéographie à l’université d’Utrecht« Sans le savoir, un grand nombre de touristes passent chaque année leurs vacances sur le continent perdu de Grand Adria. »

L’étude a été publiée ce mois-ci dans la revue Gondwana Research.

Des recherches sur l’évolution des chaînes de montagnes peuvent montrer l’évolution des continents.

« La plupart des chaînes de montagnes que nous avons étudiées provenaient d’un seul continent qui s’est séparé de l’Afrique du Nord il y a plus de 200 millions d’années », a déclaré Van Hinsbergen. « La seule partie restante de ce continent est une bande qui va de Turin en passant par la mer Adriatique jusqu’au talon de la botte qui forme l’Italie. »

Les géologues appellent cette zone « Adria ». Les chercheurs de cette étude se réfèrent au continent précédemment inconnu en tant que Grand Adria.

Dans la région méditerranéenne, les géologues ont une compréhension différente de la tectonique des plaques. La tectonique des plaques est la théorie qui sous-tend la formation des océans et des continents. Pour d’autres régions de la Terre, cette théorie suggère que les plaques ne se déforment pas lorsqu’elles se déplacent côte à côte dans les zones comportant de grandes lignes de faille.

Mais la Turquie et la Méditerranée sont totalement différentes.

« C’est tout simplement un gâchis géologique : tout est courbé, cassé et empilé », a déclaré Van Hinsbergen. « Par rapport à cela, l’Himalaya, par exemple, représente un système assez simple. Là, vous pouvez suivre plusieurs grandes lignes de faille sur une distance de plus de 2000 km. »

Dans le cas du Grand Adria, la majeure partie était sous l’eau, recouverte de mers peu profondes, de récifs coralliens et de sédiments. Les sédiments ont formé des roches et celles-ci ont été raclées comme des balanes quand le Grand Adria a été forcé de s’enfoncer sous le manteau de l’Europe du Sud. Ces roches déchirées sont devenues des chaînes de montagnes dans ces régions : les Alpes, les Apennins, les Balkans, la Grèce et la Turquie.

Une lune se lève derrière les Alpes françaises comme on le voit de Genève le 12 septembre 2019. (FABRICE COFFRINI / AFP / Getty Images)

« La subduction, la plongée d’une plaque sous l’autre, est la manière fondamentale de former les chaînes de montagnes », a déclaré Van Hinsbergen. « Nos recherches ont fourni un grand nombre d’informations, également sur le volcanisme et les tremblements de terre, que nous appliquons déjà ailleurs. Vous pouvez même prédire, dans une certaine mesure, à quoi ressemblera une zone donnée dans un futur lointain. »

Reconstruire ce regard évolutif sur les chaînes de montagnes de la Méditerranée a nécessité une collaboration, car il couvre plus de 30 pays, chacun disposant de sa propre étude géologique, de ses cartes et de ses idées préexistantes sur la façon dont les choses se sont formées, ont déclaré les chercheurs.

À l’aide d’un logiciel de reconstruction des tectoniques des plaques, les chercheurs ont décortiqué des couches pour remonter dans le temps, lorsque les continents étaient très différents de la carte que nous connaissons aujourd’hui.

Les chercheurs ont découvert que le Grand Adria commençait à devenir son propre continent il y a environ 240 millions d’années au cours de la période triasique.

« De cette cartographie est apparue l’image de Grand Adria, ainsi que de plusieurs blocs continentaux plus petits, qui font désormais partie de la Roumanie, du nord de la Turquie ou de l’Arménie, par exemple », a déclaré Van Hinsbergen.

« On peut encore voir les restes déformés des quelques kilomètres les plus élevés du continent perdu dans les montagnes. Le reste de la plaque continentale, d’une épaisseur d’environ 100 km, a plongé sous le sud de l’Europe dans le manteau terrestre, où on peut toujours le localiser avec des ondes sismiques jusqu’à une profondeur de 1 500 km. »

Vue générale sur les montagnes à Oludeniz, en Turquie. (Chris McGrath / Getty Images)

Ce n’est pas la première fois qu’un continent perdu est retrouvé.

En janvier 2017, des chercheurs ont annoncé la découverte d’un continent perdu laissé par le supercontinent Gondwana, qui avait commencé à se séparer il y a 200 millions d’années. La partie restante, qui était recouverte de lave, se trouve maintenant sous l’île Maurice, une île de l’océan Indien.

Et en septembre 2017, une équipe de recherche différente a découvert le continent perdu de Zealandia sous la mer grâce à des forages océaniques dans le Pacifique Sud.

Grand Adria n’est pas le premier continent perdu à être trouvé, et aux vues recherches effectuées au cours des dernières années, ce ne sera probablement pas la dernière découverte.

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