Comment contrer la coercition économique de l’État-parti chinois

Par Wang He
14 avril 2021
Mis à jour: 14 avril 2021

Le boycott de H&M lancé par le Parti communiste chinois (PCC) a attiré l’attention du monde entier, bien que ce ne soit qu’un des nombreux instruments de coercition économique de Pékin. En fait, les dommages économiques causés au monde par l’ascension de l’État-parti chinois au rang de deuxième économie mondiale ont longtemps été gravement sous-estimés. Pouvoir faire face efficacement à la coercition économique de l’État-parti chinois est devenu un grand défi pour le monde. Comme c’est un sujet très vaste, je n’aborderai que les deux aspects suivants.

Comprendre la nature du PCC

Tout d’abord, il est nécessaire de comprendre de manière précise et approfondie la nature du régime du PCC.

L’économie chinoise est par sa nature même différente de celles des pays occidentaux ou même d’autres pays en développement. Cette disparité se reflète dans les systèmes économiques et politiques hors norme installés en Chine et dont la « particularité » a longtemps été ignorée par la communauté internationale. Cependant, de plus en plus de gens ont commencé à se rendre compte de la gravité du problème depuis que la Chine est entrée dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en prétendant être un « pays en développement » – un statut qui lui permet toujours de profiter des dérogations au sein de l’OMC.

Pourquoi l’économie chinoise est-elle différente des économies étrangères ? La différence découle de l’idéologie du PCC. En 2013, un document interne du Parti a été rendu public en ligne sur « sept sujets à éviter » : les valeurs universelles, la liberté de la presse, la société civile, les droits civils, l’aristocratie et la bourgeoisie, l’indépendance du pouvoir judiciaire et les erreurs passées du PCC. En fait, cette directive est directement liée au fonctionnement économique du régime chinois.

L’ampleur du contrôle exercé par le Parti sur l’économie de la Chine dépasse de loin la perception de la société occidentale.

(De g. à dr.) Le président américain Donald Trump, le premier ministre japonais Shinzo Abe, le dirigeant chinois Xi Jinping, le directeur général de l’OMC Roberto Azevedo et le premier ministre australien Scott Morrison assistent à une réunion sur l’économie numérique lors du sommet du G20 à Osaka, le 28 juin 2019. (Jacques Witt/AFP via Getty Images)

En raison de son idéologie unique, l’économie n’est qu’un moyen pour le PCC d’atteindre son objectif ultime. Le Parti a militarisé l’économie du pays. Comme chacun peut le constater, le régime s’engage souvent dans des activités qui nuisent aux autres, même si elles ne sont pas bonnes pour lui non plus. Comme exemple, le cas des sanctions récemment imposées par Pékin sur les importations provenant d’Australie.

Une telle approche serait impensable pour un pays normal, mais elle est la norme pour l’État-parti chinois. Par conséquent, une analyse politique traditionnelle ne pourra pas souvent permettre de comprendre les raisons derrière les politiques économiques étrangères de Pékin, car une telle analyse ne prend pas en compte l’idéologie du PCC.

Bref, pour contrer la coercition économique du régime chinois, la communauté internationale doit se fonder sur les valeurs universelles – ces valeurs constituent non seulement la base morale pour le fonctionnement normal de l’économie, mais également l’ennemie jurée idéologique du PCC. L’abandon des valeurs universelles mènera à la dégradation de la même manière que dans le cas du PCC – ceci sans pouvoir échapper à ses griffes en fin de compte.

Le monde représente depuis longtemps un village planétaire. Face au régime chinois, seuls les principes « d’équité et de réciprocité » et l’approche « de méfiance et de vérification », appliqués à l’époque par l’administration Trump, permettent effectivement d’éviter d’être exploité par ce régime.

Contrer la menace du PCC

Lors de la récente rencontre de haut niveau entre la Chine et les États-Unis en Alaska, Yang Jiechi, le plus haut diplomate de la Chine communiste et membre du Politburo du PCC, a ouvertement remis en question l’ordre international établi après la Seconde Guerre mondiale.

Dans cette situation, les pays occidentaux, dont les États-Unis représentent la plus grande puissance, devraient utiliser tous les niveaux de leurs gouvernements et sociétés, y compris le secteur privé et les universités, pour résister aux plans du PCC.

L’un des grands défis consiste à remédier la situation permettant au régime communiste chinois de profiter de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et de ses lacunes. La communauté internationale doit faire une percée majeure à cet égard, sinon ce régime divisera et désintégrera ses opposants ou va tout simplement gagner du temps sans vergogne.

« C’est le moment d’être ferme envers la Chine et son comportement dans le système commercial mondial, mais aussi de moderniser l’OMC. À bien des égards, elle reste bloquée dans les années 1990 », a expliqué Elizabeth Truss, la secrétaire d’État au commerce international britannique, qui a présidé la réunion des ministres du Commerce du G7 le 31 mars dernier. « Fondamentalement, les démocraties qui partagent nos idées doivent gagner la bataille pour l’âme du commerce mondial », a-t-elle précisé.

L’intégration économique régionale est l’un des fronts de cette bataille. L’Occident devrait introduire dans leurs accords la clause de l’article 32.10 de l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM), qui est entré en vigueur en 2020 et qui stipule que ses membres ne sont pas autorisés à conclure des accords de libre-échange avec des pays ne disposant pas du statut d’économie de marché. Cette clause vise la Chine et lui accorde une place à part dans le cadre des relations commerciales internationales.

Afin de contrer la coercition économique de l’État-parti chinois, son système économique national et sa politique déformés devraient également être pris en considération dans les négociations bilatérales. Comme les relations commerciales, économiques et politiques sont interdépendantes, le PCC profite largement de ce fait et utilise la coercition économique pour atteindre ses objectifs politiques.

En outre, le PCC est également bien doué dans le domaine d’infiltration économique et de vol de technologies. Il doit y avoir des contre-mesures correspondantes à ces activités, comme une révision approfondie de la sécurité nationale dans les principaux secteurs liés à la Chine, ainsi que les dispositifs contre le vol de la technologie et pour la protection de la propriété intellectuelle. À cet égard, la guerre commerciale et les négociations entre les États-Unis et la Chine, initiées par l’administration Trump, ont créé un précédent bien réussi.

Le soi-disant modèle chinois d’un marché contrôlé par l’État – ce qui viole les principes d’une économie de marché libre et fondée sur le droit – constitue un danger majeur pour l’économie mondiale. Par exemple, le plan « Made in China 2025 », destiné à accorder à la Chine la position dominante dans les industries de hautes technologies de demain, a suscité une inquiétude en Occident. Dans son rapport publié le 31 mars dernier, le Bureau du représentant américain au commerce (USTR) a consacré à la Chine 30 pages dans ses estimations commerciales nationales pour 2021.

« L’approche étatique de la Chine envers l’économie et le commerce en fait le premier délinquant mondial par la création de capacités non économiques, comme en témoigne l’existence de surcapacités importantes et persistantes dans plusieurs industries, notamment celles de l’acier, de l’aluminium et de l’énergie solaire, entre autres », a constaté l’USTR dans un communiqué.

La récente réunion des ministres du Commerce du G7 a aussi publié une déclaration commune indiquant que les ministres se sont engagés à prendre des mesures collectives pour lutter contre les « subventions industrielles nuisibles » et d’autres pratiques de distorsion du marché – une référence aux pratiques déloyales du régime chinois.

Des ouvriers travaillent sur une ligne de fabrication de climatisation automobile dans une usine à Yantai, dans la province chinoise du Shandong, le 15 mai 2019. (STR/AFP via Getty Images)

Il est important d’améliorer les normes internationales des produits en tant que base d’un marché mondial unifié. En plus des normes de qualité, ces normes doivent également intégrer des normes environnementales et de droits de l’homme – ceci pour soutenir le développement économique durable, la justice et l’harmonie sociale. Il est important de faire comprendre à l’État-parti chinois qu’il doit adhérer à de telles normes s’il veut éviter d’être découplé du marché international. On peut noter dans ce contexte que le récent boycott par H&M du coton du Xinjiang a été motivé par Better Cotton Initiative et d’autres campagnes menées par des marques internationales contre les violations des droits de l’homme à grande échelle au Xinjiang.

Il est également très important de renforcer le contrôle des exportations occidentales des produits de la science et de technologies stratégiques, de technologies à double usage, d’armes et d’équipements militaires et de matériaux stratégiques. En 1949, les États-Unis ont dirigé la création du Comité de coordination pour le contrôle multilatéral des exportations (CoCom) – une organisation internationale informelle qui imposait des restrictions commerciales aux régimes socialistes.

Après la fin de la guerre froide, la dissolution du CoCom a été officiellement annoncée en mars 1994. La liste des articles interdits qu’il a formulée a ensuite été adoptée par l’Arrangement de Wassenaar sur le contrôle des exportations d’armes conventionnelles et de biens et technologies à double usage, signé par 33 États en mai 1996. Toutefois, l’Arrangement de Wassenaar est bien souple. Ses 42 États membres peuvent décider de leurs propres mesures du contrôle des exportations ainsi qu’approuver leurs propres licences d’exportation. Cette situation a été exploitée par le PCC.

En 2018, le Quotidien des sciences et de la technologie de l’État chinois a dressé un inventaire de 35 technologies clés qui n’étaient pas encore suffisamment développées en Chine et une liste de plus de 60 technologies de base qui n’étaient pas sous le contrôle du régime chinois. Ceci indique que le régime était à la traîne dans un certain nombre de domaines technologiques et industriels.

Par conséquent, il est grand temps d’apporter une attention particulière à certains secteurs afin d’empêcher l’État-parti chinois de voler des technologies.

Lorsque des entreprises étrangères en Chine sont victimes de contrainte ou d’intimidation, leur pays d’origine devrait les aider activement. Ceci en tenant compte, par exemple, du fait que lorsque Pékin accorde d’énormes subventions à certaines industries et sociétés chinoises, une entreprise non chinoise du même secteur serait surpassée par la concurrence.

L’industrie de l’énergie solaire en est aussi un exemple. Les sociétés chinoises ont pratiquement écrasé les entreprises européennes et américaines. Il n’y a aucun doute que les entreprises chinoises ont travaillé dur. Cependant, le soutien du régime a joué un rôle absolument essentiel dans leur réussite. Pour donner un autre exemple, la position de Huawei dans le domaine de la 5G et dans l’industrie internationale des équipements de télécommunications aujourd’hui est assurée par le soutien explicite et implicite du même régime communiste.

Outre la concurrence déloyale par le biais de subventions, le transfert forcé de technologies et le vol des données sont également des problèmes graves pour les entreprises étrangères qui font des affaires avec la Chine. Dans ces cas, il est difficile pour une telle entreprise de rivaliser toute seule avec l’ensemble du système établi par le PCC. Elle doit avoir le soutien de son pays d’origine. Le besoin en ce soutien va bien au-delà des traditionnelles mesures anti-dumping et anti-subvention visant à résoudre les conflits commerciaux. Il demande l’élaboration par différents pays d’une politique commune à l’égard du PCC – et ce, de la même manière que les États-Unis ont combattu l’Union soviétique pendant la guerre froide.

Conclusion

Comme le souligne l’expert chinois Cheng Xiaonong, depuis le début de la mondialisation économique dans les années 1970, la Chine est devenue « l’usine du monde » gérée par le régime autocrate du PCC qui nourrit des ambitions de domination mondiale. Ainsi, le processus de la mondialisation économique est tombé dans le piège du régime chinois qui l’utilise comme un outil pour contrôler les autres pays économiquement et politiquement.

Les pays occidentaux et la communauté internationale tout entière doivent prêter attention à ce problème. Ils doivent développer et appliquer des mesures destinées à contrer la manipulation de la mondialisation économique par l’État-parti chinois, il lui sera alors difficile à continuer de profiter de sa coercition économique à l’échelle mondiale.

Wang He est titulaire de maîtrises en droit et en histoire spécialisées sur le mouvement communiste international. Il a été professeur d’université et cadre d’une grande entreprise privée en Chine, où il a été emprisonné à deux reprises pour ses convictions. Il vit actuellement en Amérique du Nord et publie des commentaires sur l’actualité et la politique de la Chine depuis 2017.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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