Le contrôle de la Chine sur les chaînes d’approvisionnements s’étendra « de la mer à la Lune »

Presque tous les produits électroniques dépendent de la Chine, quel que soit le pays où ils sont « fabriqués »
Par Antonio Graceffo
6 novembre 2021
Mis à jour: 6 novembre 2021

En matière de chaînes d’approvisionnement, tous les chemins mènent à la Chine – même si les produits sont « fabriqués » ailleurs.

Un ordinateur portable vendu aux États-Unis, avec un autocollant « Made in China », est assemblé en Chine, et de nombreux composants proviennent également de ce pays. Il s’agit là de la partie la plus facile à tracer des chaînes d’approvisionnement mondiales, car la plupart des consommateurs savent que les principaux composants de nombreux produits courants proviennent de Chine ou y sont assemblés. Toutefois, ce que beaucoup ignorent, et la raison pour laquelle la Chine domine les chaînes d’approvisionnement mondiales de manière aussi complète, est que les éléments chimiques – les métaux et autres éléments cruciaux pour faire fonctionner les appareils électroniques – proviennent également de Chine.

Les 11e et 12e plans quinquennaux du Parti communiste chinois (PCC) ont encouragé les entreprises chinoises à investir à l’étranger, tout en promettant le financement et le soutien des banques d’État chinoises. L’un des objectifs visés du 12e plan quinquennal (2011-2015) était de renforcer la position de la Chine dans le secteur des métaux.

Le 13e plan quinquennal (2016 à 2020) a été qualifié de « période de bataille décisive » par le PCC. Ce dernier a cherché à contrôler l’industrie mondiale des métaux non ferreux, un programme couplé à la stratégie « Made in China 2025 », qui vise à développer de manière spectaculaire les industries militaires et la défense nationale, ainsi que la science et la technologie. À cette fin, un plan d’action visant à propulser l’industrie métallurgique chinoise à un niveau mondial a été annoncé en octobre 2016 par le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information.

Les plans quinquennaux du PCC, la stratégie « Made in China 2025 », ainsi que le plan d’action pour le développement hégémonique de la Chine dans le secteur des métaux, comprenaient tous des directives visant à ce que les entreprises d’État (financées par les banques d’État) achètent et contrôlent des mines dans les pays riches en ressources naturelles du monde entier.

Pour asseoir davantage la domination de la Chine sur le marché des minéraux, Pékin a imposé des restrictions à l’exportation des minerais produits en Chine. Ces restrictions ont fait l’objet de griefs de la part de l’Organisation mondiale du commerce déposés par les États-Unis et l’Union européenne, le Japon et le Mexique, invoquant une concurrence déloyale.

Plusieurs marques d’ordinateurs portables se vantent d’être « non fabriqués en Chine ». Toutefois, il s’agit là d’un terme quelque peu inapproprié, car ces ordinateurs dépendent tout de même d’intrants chinois. Un ordinateur portable typique contient plusieurs, voire tous les minéraux suivants, en provenance de pays répartis dans le monde entier, mais qui sont contrôlés par le régime chinois : graphite, cobalt, lithium, chrome, vanadium, magnésium, antimoine et cuivre.

Des ouvriers évacuent l’eau polluée près de la mine de cuivre de Zijin à Shanghang, en Chine, le 13 juillet 2010. La pollution de la mine a contaminé la rivière Ting, un cours d’eau important dans la province de Fujian, dans le sud-est de la Chine. (STR/AFP/Getty Images)

À elle seule, la Chine fournit ou contrôle la moitié des matières premières utilisées dans le monde. Le graphite utilisé dans les batteries rechargeables se trouve en Chine, au Mexique, au Canada, au Brésil et à Madagascar. Toutefois, 69 % du graphite provient de Chine. Le cobalt provient de la République démocratique du Congo (RDC), où Pékin contrôle 35 sociétés minières. La Chine contrôle 86 % de l’offre mondiale de magnésium, bien que l’on trouve cet élément aux États-Unis, en Israël, au Brésil, en Russie, au Kazakhstan et en Turquie.

Quatre-vingt-dix pour cent du lithium mondial provient du Chili, de l’Argentine et de l’Australie. Grâce à des investissements dans des entreprises locales, la Chine contrôle désormais 59 % de l’offre mondiale. Et ce ne sont pas seulement les pays en développement qui cèdent leurs ressources en échange de l’argent chinois. En Australie, la Chine contrôle désormais 91 % de toutes les mines de lithium, ainsi que 75 % des réserves du pays.

Deux des principales sources de vanadium sont le Kazakhstan et l’Afrique du Sud, qui participent tous deux à l’Initiative ceinture et route (ICR) chinoise. Au Kazakhstan, la Banque de développement de Chine (China Development Bank, CDB) finance largement le secteur minier. En Afrique du Sud, Pékin prévoit désormais d’investir dans des mines de vanadium.

Les entreprises chinoises ont également pris des participations importantes dans les plus grandes mines de cuivre de la RDC. Au total, la Chine possède 30 projets de cuivre à l’étranger en phase d’exploitation, et 38 autres en phase d’exploration.

Le Zimbabwe possède la deuxième plus grande réserve de chrome du monde, représentant environ 12 % des réserves totales mondiales. La Chine est le plus grand consommateur de chrome au monde, et assure son approvisionnement en investissant dans l’extraction dans des pays tels que Cuba et le Zimbabwe. Au cours des cinq dernières années, la Chine a investi des milliards d’euros dans le secteur métallurgique zimbabwéen et est l’un des principaux propriétaires de l’une des plus grandes entreprises d’extraction de chrome du pays, la compagnie de mines et de fonderie zimbabwéenne (Zimbabwe Mining and Alloy Smelting Company, ZIMASCO).

Les Zimbabwéens décrivent la relation entre la Chine et leur pays comme un échange d’équipements et de technologies minières contre du minerai. Il s’agit d’un modèle et d’une stratégie que la Chine a utilisés dans les pays riches en ressources minières à travers le monde. La Chine fournit des services de construction et des technologies aux mines locales. En échange, les mines vendent un pourcentage de leur production aux entreprises chinoises à un prix convenu. Parmi les autres stratégies du PCC figurent les fusions et acquisitions. Des entreprises chinoises, dont beaucoup sont détenues par l’État et financées par des institutions financières d’État, acquièrent des participations majoritaires dans des sociétés minières locales.

Le président du Zimbabwe, Emmerson Mnangagwa, passe en revue une garde d’honneur militaire avec le dirigeant chinois Xi Jinping lors d’une cérémonie d’accueil au Grand Hall du Peuple à Pékin, le 3 avril 2018. (Greg Baker/AFP/Getty Images)

Un chef traditionnel du Mashonaland Central, une province du Zimbabwe, a accusé la Chine de piller les ressources minérales du pays. Les mineurs locaux se sont plaints que le régime chinois exploite les travailleurs. Lors d’un incident, le directeur chinois d’une société minière a abattu deux travailleurs zimbabwéens à la suite d’un conflit salarial en juin de l’année dernière.

La Chine contrôle 90 % de l’offre mondiale d’antimoine et, jusqu’à il y a un an, elle possédait 100 % des usines de traitement de l’antimoine. Une fois extrait du sol, l’antimoine doit être transformé en lingots afin d’être utilisé dans la fabrication d’autres biens. Bien que l’on trouve de l’antimoine en Russie, en Australie et au Tadjikistan, la quasi-totalité est envoyée en Chine pour y être transformée. L’année dernière, pour la première fois en 30 ans, une usine de traitement de l’antimoine, appelée « roster », a été construite en dehors de la Chine.

En plus d’investir dans d’autres pays, le PCC s’efforce désormais de dominer le secteur plus récent de l’exploitation minière sous-marine. L’autorisation d’exploiter les fonds marins est donnée par l’Autorité internationale des fonds marins (International Seabed Authority, ISA). Les entreprises chinoises ont déjà déposé 30 demandes auprès de l’ISA pour divers projets d’exploitation minière sous-marine.

Après avoir conquis les mers, la Chine envisage d’exploiter la Lune. L’année dernière, sa sonde lunaire Chang’e 5 s’est posée sur la Lune et a ramené 2 kilogrammes d’échantillons. Les analystes spatiaux américains suggèrent que la Chine renforce son expérience en matière de recherche lunaire afin de soutenir de futurs projets d’exploitation minière de la Lune. L’ancien administrateur de la NASA, Jim Bridenstine, a déclaré qu’il pensait que l’exploitation minière de la lune serait possible au cours de ce siècle. En attendant, des preuves et des hypothèses suggèrent que la Lune contient de nombreux minerais stratégiques. Le PCC espère réaliser un alunissage habité d’ici 2030 et construire une station de recherche lunaire. Bao Weimin, directeur de la commission scientifique et technologique de la China Aerospace Science and Technology Corporation (CASC), a proposé de créer une « zone économique spéciale Terre-Lune » d’ici 2050.

Au rythme où la Chine étend son contrôle sur les composants de fabrication des ordinateurs portables, il est probable que d’ici 20 ans, non seulement la plupart, mais la totalité, des matières premières reviennent à des entreprises chinoises, et que certaines proviennent de la mer ou de la lune.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.


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