L’exécutif s’attend à une crise sanitaire longue

Par Epoch Times avec AFP
1 avril 2020
Mis à jour: 2 avril 2020

« C’est un effort long auquel nous allons tous ensemble faire face », prévient le Premier ministre Édouard Philippe.

Face aux incertitudes, dont la quantité de tests disponibles, l’exécutif se refuse pour l’heure à évoquer le bout du tunnel de la crise sanitaire mais se prépare à absorber le choc durant de longues semaines, voire des mois, en attendant un vaccin.

Le sommet de l’État le psalmodie, sans que l’on sache vraiment s’il ne s’agit que de l’épidémie, ou des importantes turbulences économiques et sociales qui s’ensuivront : « C’est un effort long auquel nous allons tous ensemble faire face », rappelait la semaine dernière Édouard Philippe.

Dans une France confinée officiellement jusqu’au 15 avril mais qui s’attend dans une immense majorité à devoir jouer les prolongations à domicile, la question de la fin de ces mesures exceptionnelles est loin d’être tranchée, tant les inconnues sont nombreuses. « On est dans une anticipation à quelques semaines, mais cela nous amène seulement jusqu’à l’été », souligne un membre du gouvernement, affirmant n’avoir « pas les données qui nous permettent d’étayer des projections de plus long terme ».

Devant l’Assemblée mardi, le Premier ministre a assuré « que le travail sur la période de déconfinement est un travail qui est devant nous. Il a déjà été engagé au niveau technique, sanitaire, économique », a assuré mardi 31 mars le Premier ministre devant l’Assemblée. « Personne n’accepterait non plus que le déconfinement se traduise, parce qu’il n’aurait pas été accompagné d’une bonne politique de tests et d’une bonne préparation, par une augmentation immédiate, renouvelée, du nombre de cas sévères qui devraient être accueillis dans les hôpitaux », a-t-il observé.

« Dans le dur de la crise sanitaire »

Un groupe d’experts planche actuellement sur ce dossier au ministère de la Santé. Mais pour l’heure, « on est dans le dur de la crise sanitaire et le Premier ministre estime que ce n’est pas de ça dont il faut parler aujourd’hui », insiste son entourage, suggérant que M. Philippe devrait évacuer le sujet jeudi soir lors d’un grand oral sur TF1. Cependant, plusieurs indicateurs montrent que la crise devrait s’étaler a minima jusqu’au début de l’été.

L’urgence des tests

Tout d’abord parce que c’est l’effet même recherché du confinement, qui vise à lisser le pic de l’épidémie et du nombre de malades hospitalisés et augmente donc de fait sa durée, supposément à moindre intensité. Surtout, l’absence actuelle de dépistage massif empêche d’avoir une vision claire de la propagation du coronavirus, alors que 80% des personnes infectées ne présentent que peu ou pas de symptômes.

« On n’a aucune idée de la proportion de la population qui a été contaminée. On ne sait pas combien de gens sont positifs, sont guéris. C’est donc difficile de prévoir quoi que ce soit », déplore l’épidémiologiste Catherine Hill en insistant sur « l’urgence à faire des tests sur un échantillon représentatif de la population ».

Pour l’heure, près de 30 000 tests sont conduits chaque jour. Mais les tests sérologiques, c’est-à-dire par prélèvement sanguin, qui permettront de vérifier le niveau d’anticorps et donc l’immunité de chacun face au virus, ne seront disponibles que « dans les prochains jours, les prochaines semaines », a déclaré le ministre de la Santé Olivier Véran.

Des « tests rapides »  prévus pour le mois de juin

Quant aux « tests rapides », qui donneront des résultats en quelques minutes, leur réelle montée en puissance (100 000 par jour) n’est prévue qu’au mois de juin. Autre signe d’anticipation d’une épidémie au long cours, l’importation de plus d’un milliard de masques, alors que la France en consomme pour l’heure 40 millions par semaine. Même si ces besoins pourraient augmenter dans les prochaines semaines à mesure de la progression de l’épidémie, l’État s’est décidé à « faire beaucoup de réserves avec ces commandes », relève un ministre.

Au Royaume-Uni, les autorités sanitaires ont d’ores et déjà annoncé que les mesures mises en place pour contenir la maladie seraient réexaminées « toutes les trois semaines » durant « probablement six mois » voire plus, alors qu’un éventuel vaccin n’arriverait pas avant 2021.

Une autre inconnue plane encore : la saisonnalité du virus, qui semble bien résister à la chaleur comme l’indique son implantation en Afrique. Selon l’épidémiologiste à Harvard Marc Lipsitch, « même si l’on peut s’attendre à une régression modeste », « il n’est pas raisonnable d’en attendre une nette chute » avec les chaleurs d’été.

 

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