Covid-19 déclenche une pandémie de désespoir pour les personnes âgées

L'isolement social pèse plus lourdement sur les générations plus âgées qui sont confrontées à des restrictions prolongées
Par Judith Graham
10 juin 2020
Mis à jour: 10 juin 2020

81,2 ans. C’est la moyenne d’âge des personnes décédées en France atteintes du Covid-19, selon les chiffres publiés par Santé publique France.

Bien que certains pays assouplissent les restrictions Covid-19, dans la plupart des cas, il est conseillé aux personnes âgées de continuer à s’isoler. Mais pour certains, le fardeau de confinement et de l’incertitude devient difficile à supporter.

D’une part, les personnes âgées sont plus susceptibles de devenir gravement malades et de mourir si elles sont infectées par le virus. D’autre part, les aînés les plus exposées sont ceux qui souffrent de maladies sous-jacentes telles que des maladies cardiaques, pulmonaires ou auto-immunes. D’où la nécessité de reconnaître que ce conseil de « rester à la maison un peu plus longtemps » devient d’autant plus judicieux.

Pourtant, après deux mois passés à la maison, beaucoup veulent à nouveau sortir. Il est décourageant pour eux de voir leurs congénères d’un autre âge reprendre leurs activités. Ils se sentent exclus. Pourtant, ils veulent être en sécurité.

« Je me sens vraiment seule », a déclaré Kathleen Koenen, 77 ans, qui a déménagé à Atlanta en juillet après avoir vendu sa maison en Caroline du Sud. Les résidents de la Géorgie âgés de 65 ans et plus sont tenus de s’abriter sur place jusqu’au 12 juin. Mme Koenen habite un appartement au 16e étage, elle attend d’emménager dans une communauté de logements pour personnes âgées qui malheureusement a connu des cas de Covid-19.

« J’avais pensé que ce serait une nouvelle communauté pour moi, mais tout le monde là-bas est isolé », dit-elle. « Où que nous allions, nous sommes isolés dans cette situation. Et plus ça dure, plus ça devient difficile. »

Sa fille, Karestan Koenen, est professeur d’épidémiologie psychiatrique à l’école de santé publique T.H. Chan de l’Université de Harvard. Lors d’un événement Facebook Live ce mois-ci, elle a révélé que sa mère avait ressenti en mars et avril dernier que « tout le monde était dans [cette crise] ensemble ». Mais aujourd’hui, ce sentiment de communauté a disparu.

Pire encore, certaines personnes âgées craignent que la vie humaine ne soit considérée comme sacrifiable pour elles dans la précipitation à rouvrir le pays.

« [Les personnes âgées] se demandent si leur vie va bientôt se terminer pour des raisons indépendantes de leur volonté », admet le Dr Linda Fried, doyenne de la Mailman School of Public Health de l’Université de Columbia, dans une publication universitaire. « Ces gens se demandent s’ils pourront obtenir les soins dont ils ont besoin. Et plus profondément, ils se demandent s’ils vont être exclus de la société. Si leur vie a une valeur. »

D’un point de vue positif, la résilience est courante dans cette tranche d’âge. Pour la plupart, elles ont toutes connu l’adversité et la perte ; beaucoup ont une attitude « ça aussi, ça passera ». Et les recherches confirment qu’elles ont tendance à être douées pour réguler leurs réactions aux événements stressants de la vie – une compétence utile dans cette pandémie.

« J’ai plutôt constaté une très forte volonté de vivre et d’acceptation du sort de chacun », a remarqué le Dr Marc Agronin, psychiatre gériatrique et vice-président de la santé comportementale au Miami Jewish Health, un campus de 8,1 ha offrant des services de vie autonome, de vie assistée, de soins en maison de retraite et autres.

Plusieurs fois par semaine, des psychologues, des infirmières et des travailleurs sociaux appellent les résidents sur le campus, font de brefs examens de santé mentale et orientent toute personne ayant besoin d’aide vers des soins de suivi. Il y a « beaucoup de solitude« , a fait savoir Dr Agronin, mais de nombreuses personnes âgées sont « déjà habituées à être seules ou se débrouillent bien avec [uniquement] le contact du personnel ».

Inéluctablement, l’isolement social est une rude épreuve, « si cela dure encore longtemps, je pense que nous commencerons à voir moins d’engagement, plus de retrait, plus d’isolement – un plus grand nombre de déconnexions ».

Erin Cassidy-Eagle, professeur associé de psychiatrie à l’université de Stanford, partage cette préoccupation.

De la mi-mars à la mi-avril, toutes ses conversations avec des patients âgés tournaient autour de plusieurs questions : « Comment éviter d’attraper le Covid-19 ? Comment faire pour qu’on réponde à mes besoins de manière satisfaisante ? Qu’est-ce qui va m’arriver ? »

Mais plus récemment, Mme Cassidy-Eagle a déclaré : « Les personnes âgées ont réalisé que l’isolement sera de durée beaucoup plus longue pour elles que pour les autres. Et la tristesse, la solitude et un certain désespoir s’installent. »

Elle raconte l’histoire d’une femme de 70 ans qui est passée à une vie indépendante dans une communauté de soins continus, car elle voulait se construire un réseau social solide. Depuis le mois de mars, les activités et les repas de groupe ont été annulés. Le directeur de la communauté a récemment annoncé que les restrictions seraient maintenues jusqu’en 2021.

« Cette femme avait tendance à être dépressive, mais elle se débrouillait bien », selon le Dr Cassidy-Eagle. « Maintenant, elle est incroyablement déprimée et elle se sent piégée. »

Au cours de cette pandémie, les aînés qui ont subi un traumatisme antérieur sont particulièrement vulnérables. Le Dr Gary Kennedy, directeur de la division de psychiatrie gériatrique du Montefiore Medical Center à New York, a été souvent témoin d’une telle situation chez plusieurs de ses patients, dont une survivante de l’Holocauste âgée de 90 ans.

Le fils de cette femme a été diagnostiqué du Covid-19. Puisqu’elle réside chez lui, elle-même a attrapé le virus. « C’est comme retourner à la terreur des camps de concentration », a révélé le Dr Kennedy, « un retour émotionnel angoissant. »

Jennifer Olszewski, experte en gérontologie à l’université Drexel, travaille dans trois maisons de retraite. Comme c’est le cas dans la plupart des régions du pays, les visiteurs ne sont pas autorisés et les résidents sont pour la plupart confinés dans leur chambre.

« Je vois beaucoup de patients souffrant de dépression situationnelle prononcée – diminution de l’appétit, baisse d’énergie, manque de motivation et sentiment général de tristesse.

« Si cela continue pendant des mois encore, je pense que nous verrons plus de gens avec un déclin fonctionnel, une baisse de la santé mentale et un manque d’épanouissement », selon Jennifer Olszewski.

Certains abandonnent tout simplement. Anne Sansevero, responsable des soins gériatriques à New York, a une cliente de 93 ans qui a plongé dans le désespoir après le confinement de son centre de vie assistée à la mi-mars. Les antidépresseurs et les médicaments contre l’anxiété n’ont pas aidé.

Elle dit à sa famille et à ses aides-soignants : « La vie ne vaut pas la peine d’être vécue. S’il vous plaît, aidez-moi à y mettre fin », a précisé Anne Sansevero. « Et elle a arrêté de manger et de se lever du lit. »

Les enfants adultes ont toujours été très attentionnés auprès de leur mère et font tout ce qu’ils peuvent pour la réconforter à distance et ressentent une angoisse aiguë.

Que peut-on faire pour soulager ce genre de douleur psychique ? Le Dr Kennedy de Montefiore a plusieurs suggestions.

« N’essayez pas de contrer la perception de la personne et de lui offrir un faux réconfort. Dites plutôt : ‘Oui, c’est mauvais, c’est certain. C’est compréhensible d’être en colère, d’être triste’. Ensuite, donnez-lui un sentiment de camaraderie. Dites à la personne : ‘Je ne peux pas changer cette situation, mais je peux être avec vous. Je t’appellerai demain ou dans quelques jours et je reviendrai vous voir.' »

« Essayez d’explorer ce qui faisait que la vie valait la peine d’être vécue avant que la personne ne commence à se sentir ainsi », a-t-il dit. « Rappelez-leur des façons dont ils ont fait face à l’adversité dans le passé. »

Si quelqu’un a des penchants religieux, encouragez-le à s’adresser à un pasteur ou à un rabbin. « Dites-lui que vous aimeriez prier ou lire un tel passage de la Bible et en discuter », précise Dr Kennedy. « Une interaction réconfortante de personne à personne est une forme de soutien très efficace. »

Ne comptez pas sur les personnes âgées pour avouer qu’elles se sentent déprimées. « Certaines personnes reconnaîtront qu’elles se sont effectivement senties tristes, mais d’autres pourront décrire des symptômes physiques – fatigue, troubles du sommeil, difficultés de concentration », fait savoir Julie Lutz, géropsychologue et post-doctorante à l’université de Rochester.

Si une personne a souvent exprimé des inquiétudes quant au fait d’être un fardeau pour ses proches ou si elle est devenue très renfermée, c’est un signe inquiétant, a déclaré Mme Lutz.

Dans les maisons de retraite, demandez à être orienté vers un psychologue ou un travailleur social, en particulier pour un proche qui se remet d’une hospitalisation Covid-19.

« Presque tous ceux que je vois souffrent d’un trouble de l’adaptation car leur monde a été bouleversé », mentionne Eleanor Feldman Barbera, une psychologue spécialisée dans les services gériatriques à New York. « Parler à un psychologue lors de leur première visite peut aider à mettre les gens sur une bonne piste. »

La National Alliance on Mental Illness a compilé un guide d’information et de ressources Covid-19, disponible sur nami.org/Covid-19-Guide. En Europe en cas de risque suicidaire avéré : idées suicidaires, projet/scénario de suicide et/ou accès à des moyens létaux,  Se rapprocher des services d’urgence Appeler le Samu 15 ou le 112 (numéro européen) Appeler SOS Médecin.

SOS Amitié :
Service d’écoute
Tél. : 01 42 96 26 26 (Ile-de-France).
Retrouvez les numéros régionaux d’appel sur lesite de l’association
Site Internet : www.sos-amitie.org.

En Amérique, la ligne d’assistance téléphonique 1-800-662-4357 est accessible 24 heures sur 24 et la ligne nationale de prévention du suicide pour les personnes en détresse aiguë est le 1-800-273-8255.

Judith Graham est chroniqueuse pour Kaiser Health News, qui a publié cet article à l’origine. La couverture de ces sujets par le KHN est soutenue par la Fondation John A. Hartford, la Fondation Gordon et Betty Moore et la Fondation SCAN.

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