Dans les Alpes bavaroises, les VTT électriques irritent

Par Epoch Times avec AFP
8 septembre 2019 Mis à jour: 8 septembre 2019

Accompagnés par le léger ronflement de leur moteur, Robert et Ursula Werner saluent en pédalant les randonneurs qu’ils croisent. Mais dans les Alpes bavaroises, la multiplication des vélos électriques fait souvent grimacer.

« La première chose qu’ils regardent quand ils nous voient, c’est notre vélo », sourit Robert Werner. « Si nous avons un moteur, ils nous respectent moins. » Ce couple d’hôteliers de Lenggries, dans le sud de l’Allemagne, gravit ainsi en une trentaine de minutes le Herzogstand, un célèbre sommet bavarois, une ascension de 800 mètres de dénivelé.

Sur un VTT électrique, le cycliste pédale mais l’assistance fournie par le moteur et ses lourdes batteries installées dans le cadre du vélo permet de réduire l’effort et d’avancer plus vite. Au bout du parcours des Werner, une vue idyllique sur deux lacs et des dizaines de sommets.

« Cela nous permet de vivre une belle expérience dans la montagne même si nous n’avons pas beaucoup de temps », se justifie Robert Werner, 46 ans, à peine essoufflé. « Si l’on se lançait sur de véritables sentiers de VTT, ce serait très fatigant », se dépêche-t-il de préciser, le regard posé sur une vache qui observe son vélo d’un peu trop près.

Mais leur présence en montagne fait débat.

-Risque de collision-

Les randonneurs accusent les cyclistes électriques de dévaler les sentiers à toute vitesse, sans avoir l’expérience de VTTistes « bios », c’est-à-dire sans moteur. Avec un risque de collision.

À cela s’ajoutent les problèmes environnementaux. « Les vélos électriques permettent à un plus grand nombre de personnes d’accéder à des sentiers auparavant peu empruntés » et donc préservés, affirme Friedl Krönauer, 59 ans, porte-parole de l’association environnementale BUND Naturschutz.

« Cela provoque par exemple une érosion des sols », accuse-t-il. Pour M. Krönauer, qui dispose de son bureau d’une vue imprenable sur les plus hauts sommets allemands, l’établissement de quelques règles ne suffira pas.

« Arriver en haut d’une montagne, ça se mérite », estime-t-il. « On doit sentir qu’on a fait travailler ses muscles, on doit être épuisé. Les VTT électriques font disparaître cette notion d’effort », regrette ce grand sportif, adepte de la marche à pied et du vélo… sans moteur.

-Une demande importante-

Malgré ces critiques, les Allemands, comme dans d’autres pays montagneux, sont de plus en plus nombreux à enfourcher la selle de VTT électriques pour explorer les sommets.

En 2018, ils ont acheté 980.000 vélos électriques, dont un quart de VTT, selon la Fédération allemande de l’industrie des deux-roues. Une aubaine pour les fabricants allemands Haibike, Cube ou Prophète, ainsi que pour le producteur de batteries Bosch.

« L’industrie du vélo et en particulier celle des vélos électriques est extrêmement importante pour l’Allemagne », souligne David Eisenberger, chargé de la communication à la Fédération allemande de l’industrie des deux-roues.

« Elle crée des milliers d’emplois directs et indirects, avec le tourisme par exemple », indique-t-il. À Lenggries en Bavière, ville de 9.000 habitants environ, les Werner ont ouvert une boutique de location de vélos il y a quelques mois, juste à côté de leur hôtel.

« La demande est énorme et la clientèle très diversifiée : tout le monde veut essayer », assure Robert Werner.  Avec la perspective d’attirer de nouveaux touristes, la commune de Lenggries dispose également de trois stations de rechargement pour vélos électriques.

« On le voit partout, les villes de montagne développent leur offre à destination des cyclistes », abonde David Eisenberger. Pour résoudre les conflits, certaines communes envisagent d’instaurer des zones réservées aux VTT. « Comment les contrôlerait-on ? C’est impossible », estime Robert Werner.

Le pied bien calé sur sa pédale antidérapante, il tempère : « Il s’agit juste de mieux se partager la montagne en suivant quelques règles de vivre ensemble. Par exemple, les randonneurs ont toujours la priorité sur les cyclistes ».

Un débat similaire avait eu lieu lors de l’arrivée de VTT sans moteur dans les montagnes il y a quelques décennies. « Aujourd’hui, plus personne ne se plaint », affirme-t-il.

 

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