Danser à travers les ténèbres de la Chine sous le règne de Mao

Par Ryan Moffatt
30 octobre 2019 Mis à jour: 30 octobre 2019

Compte rendu de lecture : Le voyage de souffrance et de triomphe de Tia Zhang est brillamment raconté dans le livre Dancing Through the Shadow.

Parfois, l’impact réel d’une tragédie massive peut disparaître sous une montagne de statistiques. Lorsque le nombre de morts se compte par dizaines de millions, ces souffrances à grande échelle deviennent lointaines et intouchables. La capacité humaine d’empathie atteint ses limites.

Tia Zhang
Photo offerte Epoch Times par Tia Zhang

D’autre part, les récits personnels de ceux qui ont vécu des atrocités font plus de lumière sur elles que n’importe quelle statistique stérile ne pourrait le faire. L’une de ces histoires est racontée par Agnes Bristow dans Dancing Through the Shadow (Danser à travers l’ombre), un récit de sa vie racontée à la première personne, se déroulant en Chine sous le règne de Mao Zedong.

Le livre raconte l’histoire vraie de Tia Zhang, une danseuse de ballet qui a grandi à l’époque où l’emprise de Mao étranglait lentement le pays. Les simples aspirations et attraits de l’enfance, de l’adolescence et de la maternité sont magnifiquement tissés ensemble dans un contexte de brutalité totalitaire. C’est un roman remarquable qui humanise le sort d’une nation s’adaptant à sa nouvelle réalité d’État socialiste.

Les communistes ont pris le pouvoir en Chine en 1949, mettant fin à une guerre civile qui durait depuis des décennies, et qui avait laissé le pays las et en quête de changement. Au début, il y a de l’espoir que le nouveau gouvernement améliore la vie du citoyen moyen.

Au lieu de cela, la Chine, sous la direction de Mao, entame une descente vers une révolution violente qui aurait entraîné l’une des plus grandes catastrophes humanitaires du siècle. Les statistiques sont stupéfiantes. Selon des estimations prudentes, le nombre de morts s’élèverait à 65 millions. Le Grand Bond en avant, la tentative de Mao de collectiviser l’agriculture, a entraîné la pire famine de l’histoire. Quarante-cinq millions de personnes ont été battues, sont devenues affamées ou ont travaillé à mort.

C’est dans ce monde que Tia Zhang doit faire son chemin.

De la prospérité à la misère

Le père de Tia était un haut fonctionnaire du Kuomintang, le parti au pouvoir à l’époque, et fournissait une vie somptueuse à sa famille, avec une résidence au cœur de Pékin. C’était une existence harmonieuse, loin des dangers qui auraient pu les guetter au coin de la rue. L’aînée de la famille, Tia, a été dorlotée et disciplinée selon des traditions chinoises strictes, préparée par sa mère à devenir une dame et destinée à une vie de privilèges et d’obéissance.

Dancing in the Shadow

Ce sort a été irrémédiablement changé lorsque les communistes sont arrivés à Pékin et que le Kuomintang leur a soudainement et inopinément cédé le pouvoir. Les espoirs que les communistes puissent offrir un répit à la guerre, et que l’utopie promise soit inaugurée, sont rapidement anéantis lorsqu’il devient évident qu’une personne jadis loyale au Kuomintang soit maintenant destinée à souffrir pour l’avoir été.

Dans une quête désespérée de liberté, Tia, 10 ans, et sa famille tentent de s’installer dans un havre de paix à Taïwan. Mais un voyage déchirant à l’approche de la mort brise cette perspective, et la famille est forcée de déménager à Qingdao et de finalement retourner à Pékin, où sa vie de privilégiée se transforme en une vie de misère.

Il devient de plus en plus évident qu’il n’y aura pas d’échappatoire à l’emprise du Parti communiste, surtout pour une famille comme celle de Tia, qui occupait autrefois une position privilégiée dans les rangs du Kuomintang.

L’espoir par la danse

La vie continue, cependant, et même lorsque le Grand Bond en avant de Mao fait mourir de faim des millions de personnes à travers le pays, la famille de Tia trouve un moyen de survivre. La lutte quotidienne pour satisfaire les besoins fondamentaux de la vie a affecté toute la nation, et la famille de Tia n’a pas fait exception.

Grâce à son travail acharné et à son talent, Tia s’assure une place convoitée à l’Académie de ballet de Pékin, avec des professeurs de danse professionnels venus de Russie soviétique. L’école fonctionne plus comme une académie militaire qu’un studio de danse, mais Tia reçoit néanmoins une formation en danse de première classe.

La danse était utilisée comme un outil de propagande communiste, et parce que l’école était favorisée par l’épouse de Mao, Jiang Qing, Tia avait l’occasion de se produire devant Mao et ses dignitaires. Le contraste frappant entre les somptueux banquets du Parti communiste et la population affamée a laissé une impression durable sur Tia, présageant sa désillusion envers le Parti et le communisme.

Au moment où Tia devient enseignante assistante à l’Académie, Mao libère ses gardes rouges. Tel un fléau, ce groupe frénétique d’étudiants et d’enfants d’officiels du Parti apporte le chaos dans le pays dans une vague de révolution et de violence. Dès l’enfance, les gardes rouges ont subi un lavage de cerveau pour devenir les serviteurs dévoués de Mao. Ils étaient le véhicule parfait pour sa Révolution culturelle alors qu’ils marchaient dans les rues, réprimandant et battant n’importe qui, sans crainte de répercussion.

À un moment donné, l’Académie de ballet est envahie par ses élèves de la Garde rouge, qui frappent brutalement les professeurs supérieurs et réprimandent les assistants, les punissant sévèrement pour leurs méthodes d’éducation, en les forçant de nettoyer les espaces sanitaires et à effectuer les travaux les plus dégradants.

Tia subit son destin en silence, se conformant aux exigences de ses étudiants ayant subi le lavage de cerveau. Comme beaucoup d’autres, elle est forcée d’enterrer son empathie et d’affronter le monde avec autant d’indifférence qu’elle le peut.

Pendant toute cette période de bouleversements, elle trouve l’amour, mais doit faire face à la désapprobation de sa famille et de sa mère traditionaliste qui voulait qu’elle ait un mariage arrangé.

Cela aurait déjà été assez difficile sans les politiques de Mao et la menace omniprésente d’être envoyé dans un camp de travail ou pire. L’amour était une proposition risquée dans la Chine de Mao, et Tia et son mari allaient passer des moments difficiles dans le système des camps de travaux forcés chinois.

Le roman suit Tia à travers chaque étape de sa vie, alors qu’elle navigue entre la maternité, le mariage et l’évasion du régime communiste. Pendant tout ce temps, Mao traîne comme une ombre en arrière-plan, dictant les termes et les conditions dans lesquelles Tia doit trouver son chemin.

Leçons tirées de l’ombre

Le voyage de Tia en est un de souffrance, de triomphe et d’un véritable témoignage de l’esprit humain. À la fois tendre, traumatisante et terrifiante, l’histoire est suffisamment captivante pour justifier le niveau de détail qu’utilise Agnes Bristow alors qu’elle combine habilement l’expérience de Tia avec une analyse politique suffisante pour faire comprendre comment était la vie sous le règne de Mao et comment ses politiques ont entraîné un si grand nombre de morts. Il est difficile d’imaginer le désespoir d’une population forcée de réagir par la peur à presque tous les événements.

Ce livre est une lecture digne d’intérêt pour ceux qui entretiennent des notions romantiques sur le communisme ou le marxisme. Avec la montée des idéologies extrêmes en Occident, l’histoire de Tia nous rappelle le sacrifice humain au-delà des statistiques. Beaucoup de Chinois de cette génération s’identifieront à son sort.

Le livre parle au final de l’amour, de la perte, du courage et des complexités de la vie, amplifiées par le désespoir des circonstances. L’histoire de Tia est un très beau véhicule pour explorer le coût humain des idéologies politiques poussées à l’extrême, où l’esprit humain est mis à l’épreuve.

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