De 1989 à « 1984 »: la génération Tiananmen regarde la Chine avec effroi

Par afp
2 juin 2019
Mis à jour: 13 juillet 2019

Trente ans après avoir fui les balles et les chars, les exilés de Tiananmen considèrent que leur rêve d’une Chine démocratique s’éloigne plus que jamais, à mesure que leur patrie s’enfonce dans l’autoritarisme et la propagande.

Zhou Fengsuo est d’un naturel plutôt optimiste. Voici cinq ans, pour marquer le 25e anniversaire de la répression meurtrière du « Printemps de Pékin », il avait profité des autorisations de transit de 72 heures dont bénéficient les détenteurs de passeports américains pour se rendre dans son pays natal.

Aujourd’hui, ce serait inimaginable. 

Sous le président Xi Jinping, l’oppression atteint des niveaux plus vus depuis longtemps. L’appareil d’Etat bénéficie du concours de technologies ultra-modernes pour surveiller les citoyens et faire taire les critiques. « Il n’y a aucune raison d’être optimiste pour la Chine quand on voit ce qui se passe », dit à l’AFP Zhou Fengsuo, ex-leader étudiant qui fut numéro cinq sur la liste des individus les « plus recherchés » par Pékin et vit aujourd’hui aux Etats-Unis.

« Ce qui était inimaginable il y a un an devient aujourd’hui réalité. Même 1984, le roman, ne pouvait aller aussi loin », déclare-t-il, en référence au classique de George Orwell. La plupart des jeunes gens qui étaient descendus dans les rues en 1989 ont aujourd’hui la cinquantaine. La crainte de voir disparaître le souvenir de la répression est vive: la « Grande muraille informatique » et les censeurs du régime garantissent un internet expurgé de toute référence à Tiananmen.

Dans les campus universitaires occidentaux, la rhétorique de certains étudiants chinois devient de plus en plus nationaliste. « Il n’y a aucune raison d’être optimiste sur la jeune génération dans les campus aujourd’hui. Ils ont grandi dans l’ombre de la Grande muraille informatique, ils sont endoctrinés depuis qu’ils sont bébés », poursuit M. Zhou. Fang Zheng, qui a eu les jambes écrasées par un char lors de la répression du 4 juin 1989, n’est pas non plus optimiste.

La dernière chose dont il se souvienne avant de s’être évanoui, c’est d’avoir vu ses os brisés lui transpercer la peau. Mais sa chaise roulante ne l’empêche pas de parcourir le monde pour raconter son histoire.  « Je suis de plus en plus pessimiste », dit-il à l’AFP depuis San Francisco où il habite. « Le gouvernement se sert de toutes sortes de moyens pour contrôler les habitants. La technologie de pointe permet à l’Etat de surveiller le peuple ».

La plupart des survivants politiquement actifs vivent aux Etats-Unis, après avoir purgé pour beaucoup des peines de prison et passé des années à réclamer des passeports aux autorités chinoises. Wu’er Kaixi n’est pas allé aussi loin puisqu’il s’est installé à Taïwan. Membre de la minorité musulmane ouïghoure, dont de nombreux membres seraient internés dans des camps de rééducation, il était l’un des porte-voix les plus charismatiques des manifestants de 1989.

Il est célèbre pour avoir interpellé en direct à la télévision le Premier ministre de l’époque Li Peng.  Il raconte avoir passé les 30 dernières années à regarder avec effroi les pays occidentaux entretenir des liens avec la Chine.  « Ils appellent ça de la coopération, j’appelle ça de l’apaisement. La conséquence c’est que la Chine est une menace manifeste pour l’ordre mondial et les valeurs universelles », déclare-t-il.

Il est las de voir une poignée de militants porter le souvenir de Tiananmen. « Ce n’est plus seulement aux démocrates chinois d’apporter la liberté et la démocratie à la Chine. Le monde entier doit prendre sa part de responsabilité et de culpabilité ». Les années d’exil ont un coût pour les survivants. M. Fang voulait à tout prix retourner en Chine pour les obsèques de son père décédé en février. Le consulat de San Francisco lui avait octroyé un visa, annulé quelques heures plus tard.

« J’étais très déçu. Quant à mes filles, elles aiment encore moins la Chine ».  Wu’er Kaixi redoute les appels de sa famille restée en Chine. « Mes parents n’ont pu voir leur fils pendant 30 ans », se lamente-t-il. « Je peux supporter les conséquences de mes choix mais ce régime barbare empêche mes parents de voir leur fils, leurs petits-enfants. Le sacrifice est énorme ».

De tous les survivants interviewés par l’AFP, Wang Dan est le moins pessimiste.  Lui aussi figurait tout en haut de la liste noire de Pékin. Il a purgé deux peines de prison avant de gagner les Etats-Unis. Pour lui, le président Xi est un « second Mao » mais il se console en se rappelant que le règne du Grand Timonier avait fini par prendre fin.  « Les régimes dictatoriaux ou autoritaires ne peuvent changer la nature humaine. C’est pourquoi j’ai de l’espoir pour l’avenir. Je ne sais pas quand ou comment cela arrivera, mais je sais que cela arrivera ». 

D.C avec AFP

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