Avec de nouvelles purges dans les agences de sécurité chinoises, Xi Jinping attaque les factions rivales

Par Leo Timm
22 septembre 2021
Mis à jour: 22 septembre 2021

Le 10 septembre, l’ancien fonctionnaire de police chinois Deng Huilin a été jugé dans la ville de Baoding, dans le nord du pays. Accusé d’avoir accepté des pots-de-vin, l’ancien chef de la sécurité publique de Chongqing, une mégalopole de 23 millions d’habitants du sud-ouest du pays, a plaidé coupable et exprimé des remords pour ses actes.

M. Deng fait partie des milliers de responsables de la sécurité démis de leurs fonctions dans le cadre de la campagne anticorruption menée par le dirigeant chinois Xi Jinping. Le 17 août, à l’issue d’une enquête de plusieurs mois, le chef de la censure sur Internet, Peng Bo, était exclu du Parti communiste.

Les récentes purges de Deng Huilin, Peng Bo et d’autres apparaissent comme une continuation de la lutte prolongée de Xi Jinping pour éliminer ou réduire l’influence des factions qui ont sapé son autorité depuis son entrée en fonction en 2012.

La veille du procès de Deng Huilin, le secrétaire général de la Commission centrale des affaires politiques et juridiques (PLAC), Chen Yixin, a exhorté les branches de la puissante organisation du Parti à rechercher « huit lacunes et faiblesses » dans leurs rangs.

Chen Yixin a notamment insisté sur la nécessité de « purger complètement l’ influence toxique » des chefs de la sécurité du Parti communiste chinois (PCC) tombés en disgrâce, notamment les anciens vice-ministres de la police Sun Lijun et Meng Hongwei, ainsi que le tristement célèbre ancien chef de la Commission centrale des affaires politiques et juridiques (PLAC) centrale, Zhou Yongkang.

M. Deng Huilin a également occupé le poste de maire adjoint à Chongqing, la ville dirigée par Bo Xilai, ancien membre du Politburo, de 2007 jusqu’à sa chute en 2012.

Le procès et la condamnation de Bo Xilai en 2013 ont donné le coup d’envoi de la campagne anticorruption de Pékin qui, en quelques années, a vu l’arrestation et le procès de plusieurs membres de haut rang du PCC, dont Zhou Yongkang. Son emprisonnement à vie en juin 2015 était la première incarcération et condamnation officielle d’un membre du Comité permanent du Politburo – la poignée d’hommes qui dirige le Parti communiste.

Éducation et rectification

Le 11 septembre, la branche PCC du ministère de la Sécurité publique a annoncé la création d’un « groupe pilote » pour les fonctionnaires de police à la retraite, afin de « renforcer et d’améliorer l’ unité et la cohésion » des anciens cadres du ministère.

Deux jours plus tard, le collègue de M. Chen au PLAC, Guo Shengkun, a souligné que les unités de travail de l’organisation et les « hauts fonctionnaires » assumaient une « responsabilité politique majeure » dans la campagne d’« éducation et de rectification » en cours.

Cette campagne, qui comprend les « huit lacunes et faiblesses » telles qu’énoncées par Chen Yixin le 9 septembre, a été lancée en juillet 2020, quelques semaines après l’enquête sur Deng Huilin.

Cette année-là a également vu l’enquête sur l’ancien vice-chef de la sécurité publique Sun Lijun, ainsi que la condamnation de Meng Hongwei, qui avait occupé le même poste. Meng Hongwei occupait le poste de chef d’Interpol lorsqu’il a été brusquement arrêté en septembre 2018.

Peng Bo, le directeur adjoint de la police secrète chinoise, sur une photo publiée par l’université de Pékin. Peng Bo a été démis de ses fonctions et fait l’objet d’une enquête à Pékin, a annoncé le régime chinois. (Capture d’écran/université de Pékin)

Peng Bo, chef adjoint de l’administration du cyberespace, qui supervise l’Internet chinois, a fait l’objet d’une enquête en mars. Les autorités disciplinaires du PCC ont affirmé que « ses idéaux et ses croyances s’étaient effondrés », qu’il avait « perdu ses principes politiques » et qu’il « s’était écarté des décisions du Parti central ». En outre, Peng Bo acceptait des pots-de-vin et écumait les boîtes de nuit.

Le 14 septembre, une personnalité d’Internet utilisant le nom de Shang Xian Lao Hou a publié une circulaire sur la plateforme chinoise NetEase, affirmant qu’il existe des liens entre Deng Huilin et Luo Wenjin, ancien fonctionnaire du Bureau de police de la sécurité publique de la province du Jiangsu, qui a également fait l’objet d’une enquête en mars.

Selon le blogueur, Deng Huilin et Luo Wenjin, tous deux originaires de la ville de Wuhan, en Chine centrale, ont conclu des accords illégaux. Luo Wenjin usait de son influence pour former une « mafia judiciaire » dans le Jiangsu, une ville de l’est de la Chine.

En outre, les deux hommes ont eu des « discussions inappropriées sur les principales politiques du Parti central » et ont « insulté des dirigeants nationaux clés ».

La circulaire note également que l’ancien supérieur de Luo Wenjin « avait des interactions » avec Wang Lijun, un ancien chef de la police de Chongqing qui, en février 2012, a tenté de déserter le consulat américain de Chengdu suite à un conflit avec son chef Bo Xilai.

Les observateurs de la Chine pensent que « l’incident Wang Lijun » a alerté Pékin sur une tentative de Bo Xilai, Zhou Yongkang et d’autres fonctionnaires puissants de faire échouer l’ascension de Xi Jinping au pouvoir.

Bo Xilai, ancien chef du parti de Chongqing, en mars 2010. (Feng Li/Getty Images)

Lutte politique

Le point commun entre la plupart des responsables de la sécurité purgés par Xi Jinping est leur lien avec l’ancien chef du PCC, Jiang Zemin.

Selon un rapport du Wall Street Journal du 16 février, « de nombreux alliés de M. Jiang ont été purgés dans le cadre de la campagne anticorruption de M. Xi ». Mais « une force perdure en coulisse ».

Notamment, Zhou Yongkang, Sun Lijun et Peng Bo étaient tous des cadres dirigeants du Bureau 610, une puissante agence extralégale créée par Jiang Zemin pour coordonner les moyens de police et de propagande dans la persécution du Falun Gong et d’autres groupes religieux.

Dans le cas de Peng Bo, son statut de chef adjoint du Bureau 610 central entre 2015 et 2017 n’a été rendu public que dans l’avis de mars annonçant son enquête. Avant de servir au Bureau 610, Peng Bo était le directeur adjoint de l’Administration de la sécurité du cyberespace (CAC). Un autre fonctionnaire associé à la faction Jiang, Lu Wei, chef de la CAC pendant la période de Peng Bo, a fait l’objet d’une enquête en 2017 et a été condamné en 2019.

Ming Chu-cheng, professeur émérite de sciences politiques à l’université nationale de Taïwan, a noté dans l’émission de télévision locale « Era Money » que l’influence de Zhou Yongkang et de ses alliés avait longtemps représenté une menace pour Xi Jinping et son prédécesseur Hu Jintao, qui ont dû lutter contre Jiang Zemin bien des années avant der prendre le pouvoir au sein du PCC.

« Lorsque Hu Jintao a affronté Bo Xilai, il s’en est pris à Zhou Yongkang. Pourquoi ? Parce que Zhou Yongkang était à la tête du PLAC, qui avait le pouvoir de déployer la Police armée. »

Ming Chu-cheng explique que le PLAC était habilité à déployer des milliers de policiers armés – des troupes de sécurité intérieure dotées d’un équipement comparable à celui de l’armée chinoise régulière – sans informer Pékin au préalable.

M. Ming, qui fait de fréquentes apparitions dans les médias taïwanais, a mis en évidence les menaces à long terme qui pèsent sur le pouvoir de Xi Jinping, notamment celles de la faction Jiang Zemin, des fonctionnaires civils et militaires mécontents touchés par la campagne anticorruption et la restructuration des forces, ainsi que de la communauté financière.

Une autre source de ressentiment à l’égard de Xi Jinping, comme l’a noté M. Ming dans l’émission « Era Money » du 9 septembre, sont les princes ou les enfants des dirigeants fondateurs du PCC, un groupe auquel Xi Jinping lui-même appartient.

Tout cela accroît les défis auxquels Xi Jinping doit faire face alors qu’il se prépare à assumer un troisième mandat lors d’un prochain remaniement de la direction du PCC, qui aura lieu fin 2022.

« L’année prochaine, se déroulera le 20e Congrès du Parti, donc la lutte des factions ne va pas arrêter de prendre de l’ampleur jusqu’à passer au premier plan », conclut M. Ming.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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