Avant de renforcer l’ONU, il faut déjouer les plans du régime chinois

Par Anders Corr
20 octobre 2021
Mis à jour: 24 octobre 2021

Afin de vaincre une prochaine pandémie, un conservateur britannique préconise d’accroître les pouvoirs de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) des Nations unies – et ce, sans tenir compte de l’influence croissante de Pékin sur l’ONU.

Tom Tugendhat – membre du Parti conservateur, député du Parlement britannique et président de la commission des Affaires étrangères qui est habituellement très ferme à l’égard de l’autoritarisme – a récemment préconisé d’accroître les pouvoirs de l’OMS afin d’atténuer le risque d’une nouvelle pandémie qu’il compare à une arme nucléaire. Pour contenir l’effet destructeur des virus, il propose d’octroyer un plus grand pouvoir d’investigation à cette organisation onusienne.

C’est vrai que de tels pouvoirs seraient utiles pour établir que l’origine la plus probable du Covid-19 est la Chine, ainsi que pour corriger les pratiques réglementaires ou autres qui ont permis l’apparition, la diffusion et la propagation du virus parmi les humains. Cependant, ce n’est pas un secret que Pékin a fait preuve d’un manque notoire de transparence et a refusé de coopérer avec les inspecteurs internationaux.

Compte tenu de la situation actuelle, il est plus probable que l’OMS retourne son pouvoir accru contre ceux qui s’opposent ou mettent en doute les politiques de Pékin, plutôt que de servir d’outil efficace pour tenir l’État-parti chinois responsable de l’apparition du Covid-19 et de ses démarches lors du stade initial de la pandémie.

En juin dernier, afin de dévier l’attention internationale, l’ambassadeur de Chine en France a même proposé que l’OMS enquête sur Fort Detrick, aux États-Unis, comme origine du virus. La proposition de la commission britannique de renforcer le pouvoir d’investigation de l’OMS serait donc plutôt une façon de tirer une balle dans le pied des alliés du Royaume-Uni, surtout des États-Unis, qu’une mesure plus sévère à l’encontre de Pékin.

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (à g.), serre la main du chef du régime chinois Xi Jinping avant leur rencontre au Grand palais du Peuple à Pékin, le 28 janvier 2018 . (Naohiko Hatta – Pool/Getty Images)

Le dirigeant chinois Xi Jinping lui-même veut que davantage de pouvoirs soient accordés à l’ONU et à l’OMS. Toutefois, il ne faut pas espérer que lui et ses nombreux alliés, souvent achetés à bas prix, coopèrent avec les institutions internationales lorsqu’elles ne servent pas les intérêts du Parti communiste chinois (PCC). Compte tenu de l’influence démesurée de la Chine à l’ONU, Xi Jinping peut se ficher des organisations internationales ou les utiliser tout aussi facilement dans ses propres intérêts et contre ses adversaires.

Il est irresponsable de plaider pour le renforcement d’une arme sans tenir compte qui a la prépondérance du contrôle sur cette arme.

Le fait que Xi Jinping considère les Nations unies comme une extension du pouvoir de Pékin s’est manifesté lorsqu’il a déclaré à l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre 2020, que le multilatéralisme « centré sur les Nations unies » était essentiel. Il a lancé : « Nous devons respecter la science, faire valoir pleinement le rôle leader de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et apporter une réponse collective internationale pour gagner résolument cette guerre sanitaire à l’échelle mondiale. »

Le PCC tente déjà d’utiliser les organisations de l’ONU contre les pays démocratiques, notamment les États-Unis et leurs plus proches alliés. En juin, par exemple, l’État-parti a demandé aux Nations unies d’ouvrir une enquête sur le Canada pour des crimes présumés contre les populations autochtones. Il a utilisé cette demande pour détourner l’attention de son propre génocide avéré contre les Ouïghours, sans parler des Tibétains et des pratiquants de Falun Gong.

À mesure que l’influence mondiale de la Chine s’accroît, elle prend de plus en plus d’ascendant sur l’ONU. Aujourd’hui, les représentants de la Chine dirigent directement quatre de ses 15 organisations et agences spécialisées : l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), l’Union internationale des télécommunications (UIT), l’Organisation pour le développement industriel (ONUDI) et, depuis 2019, aussi l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Un ressortissant chinois a également dirigé Interpol, jusqu’à ce que le PCC décide, en 2018, de l’arrêter et de le condamner pour corruption.

Une trentaine d’institutions de l’ONU ont signé des mémorandums soutenant le gigantesque projet chinois « Belt and Road Initiative – BRI », souvent qualifié de « nouvelle route de la soie » – un projet qui vise essentiellement la promotion des exportations chinoises, la diplomatie du chéquier et le financement par des pièges de la dette, en présentant le tout comme contribution au développement international. Ainsi, la Chine peut donner à la BRI une image positive d’une initiative approuvée et soutenue par les Nations unies.

Les agences de l’ONU que Pékin ne contrôle pas directement sont influencées par ses menaces, ses sanctions ou ses incitations commerciales, ses subventions et ses prêts au développement ainsi que par la corruption pure et simple de fonctionnaires élus et non élus, de leurs proches associés et des membres de leur famille. Cela se produit, par exemple, par le biais de différents arrangements de complaisance, de voyages « offerts » en Chine ou de « cadeaux » purs et simples sous la forme de piles d’argent ou même de pierres précieuses.

Pékin s’assure également du soutien de ceux qu’il influence en les soumettant à un chantage et à l’espionnage. En 2019, le PCC a envoyé une délégation d’environ 80 à 100 personnes à Rome pour assister à un vote pour l’élection du directeur général de la FAO. Ces gens ont enregistré, notamment avec des caméras vidéo et des téléobjectifs surpuissants, ce qui était censé être un vote secret. Le candidat chinois a gagné.

En 2020, après que Pékin a mis fin à ses engagements de maintenir un système ouvert et libre à Hong Kong, deux projets de déclaration rivaux sur ce sujet circulaient au Conseil des droits de l’homme de l’ONU. La déclaration de Cuba, soutenant la répression violente des Hongkongais par Pékin, a remporté les voix de 53 pays. La déclaration britannique exprimant son inquiétude n’en a obtenu que 27.  La même année, la Chine – l’un des pires auteurs de violations des droits de l’homme de la planète – a été élue membre du Conseil des droits de l’homme.

« Gagner de l’influence aux Nations unies permet à la Chine d’entraver l’investigation internationale de son comportement à l’intérieur et à l’extérieur du pays », constatent les journalistes du Wall Street Journal. « En mars [2020], Pékin a obtenu un siège au sein d’un groupe de cinq membres qui sélectionne les rapporteurs de l’ONU sur les violations des droits de l’homme – des officiels qui ciblaient auparavant Pékin pour avoir emprisonné plus d’un million de Ouïghours dans des soi-disant camps de rééducation au Xinjiang. »

Ashok Malik, conseiller principal au ministère indien des Affaires étrangères, a vu juste lorsqu’il a confié au même journal : « Si vous contrôlez les moyens de pression importants sur ces institutions [internationales], vous influencez les normes, vous influencez la façon de voir les choses, vous influencez la politique internationale, vous injectez votre façon de voir les choses. »

Pékin achète son influence à l’ONU au bas prix, n’ayant versé que 1,3 milliard de dollars au système onusien en 2018, comparativement au coût annuel de 10 milliards de dollars pour les États-Unis.

Compte tenu de l’influence démesurée de Pékin à l’ONU, les propositions irréalistes destinées à accroître les pouvoirs des organisations onusiennes afin de contrer les problèmes provenant du régime du PCC, comme les fréquentes épidémies virales en Chine, sont d’une naïveté inadmissible.

Le piratage par le régime chinois des Nations unies – qui sont censées soutenir la démocratie, les droits de l’homme et l’intégrité territoriale dans le monde entier – alors même que ce régime commet un génocide, évite de rendre des comptes sur le Covid-19 et menace d’envahir la démocratie taïwanaise, devrait être un signal d’alarme.

Ce qui est encore plus scandaleux, c’est que les dirigeants politiques de nombreux pays, y compris les soi-disant « conservateurs », continuent à approuver l’affiliation de la Chine continentale à l’ONU, tout en préconisant d’accroître le pouvoir de cette organisation. Ils mettent ainsi la charrue du PCC avant les bœufs de la démocratie sur la voie du gouffre béant de la mondialisation.

Dr Anders Corr est directeur de Corr Analytics Inc., éditeur du Journal of Political Risk. Il a effectué des recherches approfondies en Amérique du Nord, en Europe et en Asie et il est l’auteur de The Concentration of Power (à paraître en 2021), de No Trespassing et a édité Great Powers, Grand Strategies.


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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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