Dépasser les « mères-tigres »: rencontre avec trois étonnantes mères de la Chine ancestrale

2 juin 2015 Mis à jour: 18 octobre 2015

 

Ces dernières années ont vu la montée en popularité des « mamans tigres » – dont les mesures draconiennes et inflexibles sont supposées garantir le succès de leur enfant avec à la clé des carrières bien rémunérées – en tant que représentantes de l’archétype de la mère chinoise.

Pour être tout à fait au clair là-dessus, les Chinois, dans la Chine ancienne, ont accordé de la valeur à l’amour du travail. Mais ils ont tenu la vertu et la sagesse en plus haute estime que le simple gain matériel. Comme l’énonce un proverbe traditionnel, les stupides et incapables sont supérieurs à ceux qui sont qualifiés, mais odieux.

Dans les temps anciens, la politique et bien d’autres domaines ont été dominés selon toute apparence par les hommes, mais les histoires chinoises anciennes ont reconnu l’importance des femmes dans la progression de l’évolution harmonieuse de la société.

L’ouvrage les Trois reines de la dynastie Zhou  répertorie les actes et les personnalités des femmes de trois remarquables rois du début de la période des Zhou (1100-221 av. J.-C.). Dans le récit, ces femmes sont considérées comme ayant établi les bases de la loi de la dynastie Zhou, en se posant en modèles du rôle maternel pour l’ensemble du royaume.

Tai Si, reine du grand roi Wen, la dernière des trois épouses décrites, est connue pour son exceptionnel dévouement et sa compétence dans le maintien de la paix à la cour impériale. Cela a permis à son époux de centrer son attention sur les affaires du royaume et de gouverner efficacement le royaume Zhou. Tai Si est devenue illustre sous le titre respectueux de «Wen Mu», ce qui signifie «Mère de la culture».

En honneur à la Fête des Mères, nous partageons trois histoires de mères remarquables de la Chine ancienne.

Une leçon en Chine

Les enseignants inculquent la maîtrise de techniques, mais l’instruction maternelle forge le caractère fondamental de l’enfant.

Dans  Mille personnages classiques, un texte poétique traditionnellement utilisé pour enseigner l’alphabétisation dans l’écriture chinoise, il y a cette phrase «Hors de la maison, toute votre attention va à votre enseignant; à la maison, suivez votre mère».

Cela fait référence au célèbre conte du IVe siècle av. J.-C. du philosophe chinois Mencius, dont la mère, Zhang Shi, a fait tout ce qui était en son pouvoir pour lui transmettre une éducation vertueuse. Pour offrir à son fils un bon environnement, elle a conduit sa famille à déménager trois fois.

Leur première maison était proche d’un cimetière et rapidement Zhang remarqua que son fils imitait le comportement des personnes visitant les tombes. Trouvant cela inapproprié, elle a de nouveau déménagé, cette fois dans le voisinage d’une place de marché. Mencius a commencé à adopter la gouaille des vendeurs, ce que sa mère a encore désapprouvé. Finalement, elle a trouvé résidence près d’une école et était fort contente de voir son fils adopter des habitudes dignes des personnes instruites.

En tant qu’enfant, Mencius ne se consacrait pas toujours à ses études. Voyant cela, sa mère a déchiré le tissu qu’elle avait tissé à l’aide de son métier pour lui montrer qu’un esprit brillant, mais inexpérimenté, était inutile: tout comme un bout de tissu déchiré.

Prenant cette leçon à cœur, Mencius est devenu une personne savante suivant les principes de la croyance confucéenne et ses enseignements sont devenus la norme de base des valeurs familiales en Asie de l’Est.

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La mère de Yue Fei a écrit « Jing Zhong Bao Guo » ou « Servir le pays avec la plus grande loyauté » sur son dos, comme cela figure dans le décor d’une poutre du palais d’été de Pékin. (Photo de la peinture par Rolf Müller/CCBY-SA)

Zeng Shen ressent la douleur de sa Mère

Dans le Classique de la piété filialeConfucius a comparé l’amour maternel à un type de monnaie émotionnelle qui cimente la société, en disant: « Ainsi la mère est assurée [de l’amour de son enfant], tandis qu’au souverain est accordée la révérence ».

Zeng Shen (- 605 à – 436 av. J.-C.) était un disciple de Confucius connu pour avoir retranscrit sa conversation avec le grand sage. Son père est décédé quand il était jeune, le laissant assumer une grande part de responsabilité dans la maison familiale.

La légende raconte qu’alors, qu’il se trouvait à l’extérieur à rassembler du bois, le jeune Zeng a ressenti une forte douleur dans son torse et est immédiatement retourné dans sa maison pour trouver sa mère qui s’était elle-même blessée. Apparemment, il existait un lien physique entre la mère et son fils. Quelle que soit la véracité de l’histoire, cela illustre la place occupée par les liens familiaux dans la tradition chinoise.

Cependant, ce lien particulier peut parfois être altéré. Dans une autre histoire connue, un homme portant le même nom que Zeng Shen avait commis un meurtre. Les nouvelles se sont vite répandues dans la ville natale de Zeng, mais sa mère n’y accordait aucune importance. Son fils, qu’elle connaissait comme la paume de sa main, n’était pas un tueur.

Une personne est venue l’informer des mauvaises nouvelles, mais sa mère ne voulait rien entendre de tout cela. Pourtant, les propos d’une troisième personne ont troublé sa foi, l’amenant à aller vérifier d’elle-même si telle était la vérité.

La valeur de ce récit a été plus tard résumée dans un couplet décrivant la scène: « Bien qu’envisager Zeng Shen en meurtrier soit impossible, sa mère a pu être déstabilisée par des rumeurs répétées trois fois ».

« Sers le pays avec la plus grande loyauté »

Au XIIe siècle, le jeune Yue Fei et la Chine ont été tous deux confrontés à un difficile dilemme. La dynastie de l’époque, la dynastie Song (960-1279), était sur le point d’être détruite par le peuple nomade khitan qui avait déjà conquis une grande partie du Nord de la Chine.

Cependant, Yue Fei a été conduit à résoudre un paradoxe important entre son devoir patriotique et sa piété filiale. D’un côté, il sentait qu’il était de sa responsabilité de rejoindre l’armée impériale et de se défendre contre les envahisseurs, de l’autre, sa mère avait besoin de son aide à la maison.

Percevant l’origine de l’indécision de son fils, la mère de Yue Fei a tatoué quatre caractères dans son dos : « Sers le pays avec la plus grande loyauté ». Le vœu de son fils devenait aussi le sien et il pouvait partir à la guerre sans être préoccupé par sa mère. Yue Fei est devenu un des généraux les plus extraordinaires et sa loyauté envers son pays n’a jamais faibli.

Version originale: Move Over, Tiger Moms: Meet Three Amazing Mothers of Ancient China

 

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