La Réunion: des associations demandent la fin du jumelage de la région avec la ville de Tianjin en Chine

Par Sarita Modmesaïb
7 juillet 2021
Mis à jour: 7 juillet 2021

Mercredi 30 juin, trois associations de défense des droits de l’homme en Chine se sont rassemblées devant l’hôtel de région de la Réunion afin de réclamer l’arrêt du jumelage existant entre La Réunion et la ville de Tianjin en Chine.

À l’occasion de la journée internationale des victimes de la torture du 26 juin, le collectif Ouïghours de La Réunion, l’association Éveil de Chine et l’ONG ETAC (Coalition internationale contre les prélèvements forcés d’organes en Chine) étaient réunies ce mercredi 30 juin afin de sensibiliser la population aux persécutions subies par des minorités telles que les Ouïghours ou le pratiquants de Falun Gong.

Ils dénonçaient, entre autres, les activités de prélèvements forcés d’organes perpétrés en Chine et notamment dans la ville de Tianjin, avec laquelle est jumelée La Réunion.

En effet, en 2014, la grande ville portuaire située au nord-ouest de la Chine signait un jumelage avec le département français de l’océan Indien.

La Réunion-Tianjin, un jumelage qui questionne

Quatre ans plus tard, la région La Réunion accentuait ses liens avec Tianjin en ouvrant un bureau économique dans la mégalopole chinoise, rapporte ainsi le média réunionnais Clicanoo.

Clicanoo indique ainsi avoir tenté de joindre les responsables réunionnais de ce bureau, mais en vain, ceux-ci évitant de communiquer avec les médias.

Mais ce qui inquiète surtout les organismes de défense des droits humains, c’est l’accord cadre signé entre le CHU de La Réunion et les hôpitaux de Tianjin.

Selon Christophe Estève, coordinateur du collectif Ouïghours de La Réunion, « la ville de Tianjin abrite l’un des hôpitaux les plus importants de Chine en termes de transplantation. Le problème, c’est que de nombreux rapports de la part de l’ONU, de l’Union européenne ou même de certaines organisations non gouvernementales estiment que les transplantations effectuées dans cet hôpital découlent d’organes prélevés sur des prisonniers ouïghours », souligne-t-il à l’agence de presse Imaz Press Réunion.

Dès 2001, les pratiquants de Falun Gong constituaient déjà les premières cibles du Parti communiste chinois dans sa sombre entreprise des prélèvements forcés d’organes.

Les associations réunionnaises demandent donc que le jumelage entre les deux régions soit stoppé.

Contactée par Clicanoo, la directrice du CHU de La Réunion, Manuella Pothin leur a confié que « c’est très compliqué de travailler avec les hôpitaux chinois », expliquant qu’il n’y aurait eu que deux échanges avec Tianjin, concernant la périnatalité, mais au point mort depuis 2018…

À l’origine des trafics d’organes, la persécution du Falun Gong

Parmi les bénévoles qui se trouvaient sur le stand des associations, Tuan a pu décrire ce qu’il a subi en Chine en tant que pratiquant de Falun Gong.

« Quand j’étais en Chine, j’étais surveillé, une fois la police m’a arrêté et m’a fait subir un examen médical : un prélèvement sanguin, un test ADN, un prélèvement d’urine et ils ont pris mes empreintes digitales aussi… Je savais… je m’attendais… À l’époque, une pratiquante qui s’est fait arrêter, et du jour au lendemain, elle a disparu… On ne l’a jamais revue et on ne sait pas où elle se trouve aujourd’hui… J’avais très peur, ma famille avait très peur, donc on a décidé de quitter la Chine », a-t-il expliqué à Clicanoo, traduit en simultané par une Chinoise vivant en région parisienne.

Après une escale en Thaïlande, Tuan et sa famille sont arrivés à La Réunion où ils ont pu obtenir le statut de réfugiés en décembre 2020. Depuis, Tuan n’a de cesse d’informer tout un chacun sur la situation dramatique que vivent les pratiquants de Falun Dafa en Chine.

L’avocat international des droits de l’homme, David Matas, qui fut, avec David Kilgour, journaliste, l’un des premiers à enquêter sur les allégations de prélèvements forcés d’organes en Chine dès 2006, a aussi été contacté. Pour lui, il est évident que Tianjin compte comme l’un des sites de prélèvements d’organes.

« Tianjin, c’est un grand hôpital de transplantation. Ils ont des patients qui viennent d partout dans le monde […] Ils faisaient des publicités pour encourager le tourisme de transplantation », explique ainsi M. Matas, rappelant aussi que Tianjin est loin d’être un cas isolé en Chine.

« Il y a partout en Chine des hôpitaux dédiés à la transplantation. Ça veut dire qu’il y a un grand nombre de transplantations aujourd’hui, mais on a conscience qu’il y aura un très grand nombre de transplantations dans le futur », prédit M. Matas. Selon l’avocat, de tels investissements du régime chinois dans la transplantation d’organes ne peuvent se comprendre qu’ainsi : « La seule explication, c’est le grand nombre de prisonniers de conscience en Chine » qui se dénombrent en « millions ».

Outre les chiffres, David Matas se réfère aussi aux témoignages, nombreux, et celui de Tuan est édifiant. Selon M. Matas, ces examens médicaux constituaient ainsi les prémices d’un potentiel prélèvement forcé.

« En vertu de la bonne hygiène de vie des pratiquants de Falun Gong, qui représentent une menace pour Pékin, ils seraient la cible privilégiée de prélèvements d’organes », rapporte ainsi celui qui a co-écrit Bloody Harvest, The Killing of Falun Gong For their Organs (traduire : récolte sanglante, le meurtre des Falun Gong pour leurs organes)

Le 14 juin 2021, un rapport d’experts mandatés par l’Organisation des Nations unies indiquait ainsi : « Les prélèvements forcés d’organes en Chine semblent viser des représentants des minorités spécifiques ethniques, linguistiques ou religieuses qui sont en détention, souvent sans qu’on leur explique les raisons de leur arrestation ou qu’on leur remette un mandat d’arrêt. »

À La Réunion, les membres du collectif ne peuvent se résoudre à laisser leur île s’associer à un régime responsable de tels crimes.

« Chaque jour qui passe, il y a des gens torturés, tués, stérilisés de force. On se battra jusqu’à ce que le partenariat soit terminé », rappelle ainsi Christophe Estève.

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