Des bateaux étranges sans équipage s’échouent sur les côtes japonaises: ce sont des vaisseaux fantômes?

Par Robert Jay Watson
31 juillet 2019 Mis à jour: 31 juillet 2019

Imaginez que vous vous promenez le long de la plage ou sur une jetée au bord de la mer. Lorsque vous sentez l’air frais de la mer et la brise de l’océan, vous remarquez quelque chose de très étrange qui vient vers le rivage. Qu’est-ce que ça peut être se balançant dans les vagues ? Au fur et à mesure qu’il se rapproche, sa forme est indubitable, c’est un bateau.

Seul, ce bateau ne semble pas être capable de se déplacer par ses propres moyens ou de contrôler sa direction. En fait, il n’y a aucun signe de vie à bord. Bien que cela puisse ressembler à un film de science-fiction dystopique, pour les habitants des longues côtes japonaises, c’est un phénomène assez courant.

Ils les appellent « les vaisseaux fantômes ».

Le « vaisseau fantôme » – le terme désignant les vaisseaux découverts sans équipage vivant – manquait également d’une pale de rotor et de dispositifs de navigation.

Pour les résidents des côtes du nord du Japon qui font face à la Corée du Nord et les garde-côtes japonais qui patrouillent les eaux entre les deux pays, c’est devenu un phénomène courant. L’aspect le plus effroyable est peut-être le fait que de nombreux vaisseaux fantômes ont à leur bord les squelettes des gens qui sont probablement morts de faim et de déshydratation.

Mais pourquoi tant de vaisseaux arriveraient-ils sur les côtes japonaises, parfois jusqu’à deux douzaines en un mois, comme cela a été le cas en novembre 2017, comme le rapporte Arirang News ? Et pourquoi leurs occupants seraient morts ?

©Google Map

Selon les experts, les vaisseaux fantômes sont tous originaires de Corée du Nord, comme l’ont révélé divers éléments de preuve sur les bateaux. Dans certains cas, les garde-côtes japonais ont trouvé des victimes « avec un paquet de cigarettes nord-coréennes et d’autres effets personnels avec des lettres coréennes », comme l’a rapporté la BBC.

Quant aux raisons pour lesquelles les bateaux finissent par dériver sans essence, sans nourriture et avec des équipages réduits en os, l’explication la plus plausible semble être que ce sont des bateaux de pêche qui pêchent illégalement dans la mer du Japon pour essayer de tirer profit des riches récoltes de poisson précieux comme la goberge.

Depuis des décennies, la Corée du Nord souffre de pénuries alimentaires chroniques malgré une aide alimentaire importante en provenance de pays extérieurs. Souffrant d’une terrible sécheresse d’une ampleur historique, le réseau de radiodiffusion publique américain NPR rapporte que les spécialistes de l’alimentation des Nations unies estiment que 40 % des Nord-Coréens seront affectés par la sécheresse

Les bateaux – parfois vides, parfois contenant des cadavres en décomposition – continuent de s’échouer sur les côtes du Japon.

L’inefficacité de l’économie et la corruption contrôlée par la Corée du Nord ont entraîné d’importantes pénuries alimentaires. L’aide alimentaire destinée aux populations affamées est souvent utilisée pour nourrir les militaires.

Dans le sillage des pénuries alimentaires chroniques, le dirigeant communiste nord-coréen Kim Jong-un tente de forcer ses citoyens à produire davantage. L’apport calorique moyen du pays est très inférieur à celui des autres pays de la région.

Comme l’a expliqué le professeur Stephen Nagy, spécialiste de la Corée du Nord, au South China Morning Post, « les sanctions imposées par les États-Unis et la communauté internationale ont réellement un effet sur l’économie du Nord au sens large ».

Les bateaux de pêche qui ont été découverts par la Garde côtière ont parfois été retrouvés avec des membres d’équipage vivants et ils parlent souvent de plusieurs jours sans nourriture, sans eau ou essence. Comme les côtes de la Corée du Nord ont été surexploitées, les pêcheurs se tournent vers les eaux proches du Japon.

La terrible sécheresse de 2019 et les pénuries alimentaires qui suivront signifient probablement qu’un plus grand nombre de ces vaisseaux inquiétants risquent de s’échouer sur les côtes du Japon.

Comme l’a dit le professeur Nagy au journal de langue anglaise South China Morning Post, « il y a un certain désespoir si ces petits bateaux prennent la mer pendant les rudes mois d’hiver pour ramener les ressources ».

RECOMMANDÉ