Des contraceptifs chinois potentiellement dangereux font des ravages en Afrique

Par Dominic Kirui
10 août 2019 Mis à jour: 12 août 2019

KAYOLE, Kenya – Utiliser une pilule contraceptive non homologuée est un geste comme un autre pour de nombreuses Africaines. N’ayant pas les moyens d’utiliser d’autres moyens de contraception, celles-ci se rabattent sur des cachets circulant sous le manteau.

Un certain type de pilule circule actuellement dans plusieurs États. De fabrication chinoise, ces contraceptifs sont à l’origine d’effets secondaires indésirables, qui sont parfois très graves pour les femmes mais également pour les enfants qu’elles peuvent mettre au monde. Les pilules ont parfois été interdites par les administrations, mais parviennent tout de même à s’écouler en raison de trafics peu scrupuleux.

Ann Mwende, une résidente de Kayole, un quartier de la banlieue de Nairobi, la capitale du Kenya, témoigne prendre une pilule contraceptive de marque « Sofia » qui lui a été présentée par une amie. Elle admet qu’elle ne connaît pas les ingrédients réels.

« J’ai entendu parler des effets secondaires, mais je n’en ai pas ressenti pendant les deux mois où je l’ai pris », a dit Mwende à Epoch Times.

« Je connais une amie qui a eu des saignements très abondants après trois mois d’utilisation de la pilule, mais je n’arrêterai pas car les autres méthodes sont coûteuses pour quelqu’un comme moi qui dépend d’emplois occasionnels pour vivre », a dit cette mère de deux enfants de 24 ans.

Selon Business Daily, des tests de laboratoire ont révélé que ces pilules de fabrication chinoise contiennent des niveaux d’hormones très variables, certains contenant 100 fois la dose recommandée d’une forme d’œstrogène, d’autres n’en contenant pas du tout et n’offrant aucun effet contraceptif. Cela pourrait expliquer certains cas de femmes qui tombent enceintes alors qu’elles prennent la pilule.

La pilule est prise une fois par mois. Selon Business Daily, les effets secondaires les plus souvent signalés sont « nausées, seins sensibles, palpitations, jambes lourdes, fatigue et sensation de fausse grossesse ».

En raison des niveaux élevés d’œstrogènes, les enfants de moins de 3 ans allaités présentent des cas d’hypertrophie mammaire et de surdéveloppement de l’utérus, selon le ministère de la Santé du Kenya. Certains enfants avaient les pieds enflés, les genoux qui cognaient, des muscles douloureux et un retard de développement de la parole.

Certains enfants dont les mères prenaient la pilule au moment de la conception sont nés avec des malformations telles que des seins hypertrophiés ou même des poils pubiens, d’après Dennis Odero, inspecteur de police en charge de l’application des lois au Kenya Pharmacy and Poisons Board, à Epoch Times.

Non réglementé

Le Kenya a interdit les pilules chinoises il y a 10 ans. Revenues clandestinement sur le marché, elles continuent cependant de s’échanger sous le manteau, selon un rapport du journal kenyan Business Daily Africa. Les pilules contraceptives sont vendues au Kenya et dans de nombreux autres pays africains sous le couvert de plantes médicinales. Bon marché et accessibles, elles trouvent leurs acheteuses, même si leur contenu n’est pas réglementé et est potentiellement nocif.

Lors de l’interdiction de la pilule sur le marché kenyan en 2009, le directeur des services médicaux du ministère de la Santé de l’époque avait déclaré qu’elle contenait des niveaux très élevés de lévonorgestrel et de quinestrol, et que la dose dans chaque comprimé était d’ « environ 40 fois » ce qui était censé être administré.

Effets secondaires

Il y a dix ans, le ministère de la Santé du Kenya a tiré la sonnette d’alarme quant à l’existence du contraceptif « à base de plantes », dont les effets nocifs ont été observés chez les femmes et les enfants des mères qui prenaient la pilule pendant l’allaitement.

Pillules Sofia, vendues dans de nombreux pays africains en guise d' »herbes médecinales ». (Dominic Kirui for The Epoch Times)

« Comme les Chinois ont leurs propres herbes et aliments dans leur pays, ils sont parfois autorisés à entrer avec eux sans réglementation, et certains hommes d’affaires sans scrupules profitent de l’occasion pour faire entrer ces pilules qu’ils font passer pour des herbes », a dit l’inspecteur Odero.  « Ils les vendent ensuite aux résidentes locales qui ne savent pas du tout dans quoi elles s’embarquent. »

En Zambie, les autorités sanitaires tentent de sensibiliser les citoyens aux effets secondaires de la pilule.

Tout en reconnaissant la présence de la pilule dans la capitale Lusaka, Ludovic Mwape, responsable des relations publiques à la Zambia Medicines Regulatory Authority, a déclaré que les contraceptifs sont courants mais n’ont pas été approuvés pour utilisation en Zambie.

« Le fait que la langue sur l’emballage soit en chinois confirme que la pilule n’a pas été approuvée », a déclaré M. Mwape au Global Press Journal en 2016. « L’une des conditions préalables à l’enregistrement et à l’approbation des médicaments est que le nom et les instructions soient en anglais. »

Marché noir

L’obtention de la pilule dans ces villes et dans d’autres régions d’Afrique où elle a été déclarée illégale doit se faire par l’intermédiaire d’une personne en qui le vendeur a confiance.

À Nairobi, par exemple, une femme peut entrer dans une « clinique de plantes médicinales », appeler un numéro ou commander en ligne si elle cite un client que le vendeur connaît déjà. Sans autre contrôle, elle peut commencer à recevoir des pilules une fois par mois pour seulement 200 shillings kenyans (2 $) par pilule.

Un rapport de l’agence de presse Inter Press Service en 2010 indique que les clients devaient prendre la pilule à la clinique et qu’ils n’étaient pas autorisés à la sortir des lieux avant de l’avoir ingérée. Cette méthode de distribution fait qu’il est difficile pour les autorités de procéder à des arrestations et de freiner la propagation du « médicament ».

M. Odero affirme qu’il ne serait pas logique d’arrêter quelqu’un en possession d’une seule pilule. L’agence se concentre donc sur la source et la façon dont les pilules sont introduites clandestinement dans le pays.

« Je ne voudrais pas voir mon enfant souffrir et se déformer juste pour avoir utilisé cette pilule », a déclaré Mme Mwende. « Le gouvernement devrait réglementer l’importation de ces médicaments, mais aussi nous donner une alternative par une pilule que nous pouvons prendre une fois par mois et qui est bon marché. De cette façon, nous arrêterons d’utiliser les Sofia.

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