Des fuites de courriels confirment que l’ONU a donné des noms de dissidents au PCC

Par Alex Newman
27 février 2021
Mis à jour: 10 mai 2021

La fuite de courriels dont il est question ici prouve que, contrairement aux dénégations des Nations unies, les responsables des droits de l’homme de l’ONU ont en fait donné les noms de dissidents chinois au régime communiste de Pékin avant que ces militants ne soient appelés à témoigner à Genève contre les violations du Parti communiste chinois.

En fait, à en croire les documents ayant récemment fait l’objet d’une fuite, il semble que la pratique consistant à communiquer les noms des dissidents chinois aux autorités chinoises dictatoriales était considérée comme une « pratique habituelle » par toutes les parties concernées. Le dénonciateur a déclaré à Epoch Times que cette pratique se poursuit encore aujourd’hui, malgré les réfutations de l’ONU.

Les autorités communistes chinoises ont utilisé les noms reçus de l’ONU pour empêcher les dissidents de quitter la Chine. Au moins un dissident identifié par l’ONU et détenu par le PCC avant son départ pour Genève, Cao Shunli, est mort en détention.

Si le dissident qui devait compromettre Pékin à l’ONU était déjà à l’étranger, le PCC a fréquemment menacé, voire enlevé et torturé la famille de la personne, selon Emma Reilly, dénonciatrice de l’ONU, qui a été la première à révéler le scandale.

Parmi les critiques du régime dont les noms ont été communiqués par l’ONU, on trouve des militants préoccupés par le Tibet, Hong Kong et la minorité islamique ouïghoure de Chine occidentale, tous visés par le PCC pour diverses raisons.

En février 2020, Epoch Times a publié un article sur le scandale et sur les représailles dont a fait l’objet Emma Reilly pour avoir tenté de dénoncer et de faire cesser cette pratique. L’affaire Reilly à l’ONU est en cours. Elle y est toujours employée mais fait l’objet d’une « enquête ».

D’importantes organisations de défense des droits de l’homme dans le monde entier ont dénoncé la pratique des Nations unies qui met en danger la vie des dissidents et de leurs familles.

Dans des commentaires à Epoch Times, la dénonciatrice Emma Reilly a qualifié cette pratique de « criminelle » et a même affirmé qu’elle rendait l’ONU « complice de génocide ».

Pendant des années, l’ONU a nié que ses agents fournissaient les noms des dissidents au PCC.

Cependant, grâce à des fuites de courriels sur cette pratique, il est maintenant clair que l’ONU a induit en erreur ses gouvernements membres et la presse autour de ce scandale.

L’un des courriels explosifs en question a été envoyé le 7 septembre 2012 par un diplomate de la mission du PCC auprès de l’ONU à Genève, demandant des informations sur les dissidents chinois qui devaient témoigner devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

« Selon la pratique habituelle, pourriez-vous me demander de vérifier si les personnes figurant sur la liste ci-jointe demandent l’accréditation pour la 21e session du Conseil des droits de l’homme », a demandé le diplomate du PCC dans un courriel adressé à un agent de liaison de l’ONU avec les organisations non gouvernementales. « Ma délégation a des inquiétudes quant à la sécurité de ces personnes. »

Le fonctionnaire de l’ONU, dont le nom a été expurgé du courriel divulgué, a répondu en confirmant que deux des dissidents figurant sur la liste du PCC étaient en fait accrédités et prévoyaient de participer à la session.

« Selon votre demande, veuillez noter que Dolkun Isa et He Geng ont été accrédités par le Parti radical non violent, transnational et transparti (NRPtt) pour la 21e session du Conseil des droits de l’homme », a confirmé le fonctionnaire de l’ONU au régime, sans aucune préoccupation apparente pour la sécurité des dissidents ou de leurs familles qui se trouvent encore en Chine.

M. Isa est le président du Congrès mondial ouïghour, qui défend les intérêts de la population ouïghoure de la région du Xinjiang, en Chine occidentale, population qui est brutalement prise pour cible par le PCC.

Le fonctionnaire de l’ONU, dont le nom a été expurgé du courriel divulgué, a répondu en confirmant que deux des dissidents figurant sur la liste du PCC étaient en fait accrédités et prévoyaient d’y assister.

De nombreuses sources officielles dans le monde entier affirment que le régime retient plus d’un million d’Ouïghours dans des camps de « rééducation ». D’anciens détenus qui se sont entretenus avec Epoch Times ont révélé qu’ils avaient été violés, torturés, soumis à un lavage de cerveau et sauvagement maltraités.

Dolkun Isa est également vice-président de l’Organisation des nations et des peuples non représentés (UNPO), qui se veut être la voix des nations et des groupes de personnes sans représentation d’un État-nation propre.

L’année suivante, à la demande de la délégation du régime, la sécurité des Nations unies a tenté de faire sortir Dolkun Isa de la salle du Conseil des droits de l’homme. Cependant, Emma Reilly – et elle seulement – est intervenue et a empêché son expulsion.

L’autre dissident identifié par l’ONU dans son courriel à la mission du PCC, Geng He, est l’épouse de l’avocat chinois des droits de l’homme Gao Zhisheng, un chrétien emprisonné qui a écrit un livre sur les graves tortures que le PCC lui a infligées pour son travail et ses convictions.

L’une des raisons de la torture brutale de Gao était le fait que sa femme s’exprimait à l’ONU, comme l’ont révélé au PCC les fonctionnaires de l’ONU dans ce courriel, ce qui a permis au PCC de l’apprendre plus tôt que prévu.

Un autre e-mail ayant fait l’objet d’une fuite, celui-ci datant de 2013, montrait le même diplomate du PCC cherchant à nouveau à confirmer l’identité de dissidents chinois attendus au Conseil des droits de l’homme pour exposer les mauvais traitements du PCC.

« La mission chinoise a eu une très bonne coopération avec vous et votre section lors des sessions précédentes », a déclaré le diplomate du PCC au fonctionnaire de l’ONU dans le courriel obtenu par Epoch Times et d’autres médias. « Nous vous en sommes très reconnaissants. »

« Maintenant, j’aurais besoin que vous me rendiez encore une fois service », a poursuivi le diplomate du PCC. « Certains sécessionnistes anti-gouvernement chinois essaient de participer à la session du Conseil des droits de l’homme sous le couvert d’autres ONG. Ils pourraient représenter une menace pour les Nations unies et la délégation chinoise. »

« Pourriez-vous vérifier et m’informer si les personnes que j’ai listées ci-dessous ont obtenu une accréditation pour la 22e session [sic] du Conseil des droits de l’homme », a demandé le diplomate du PCC. « Si vous avez des informations, veuillez me contacter par e-mail ou au [numéro expurgé]. »

Parmi les noms de la liste figurait Dolkun Isa, encore une fois.

Selon M. Isa, des agents du PCC se sont présentés chez lui à l’étranger pour essayer de le faire taire. Les agents du PCC ont également arrêté sa famille en Chine, y compris sa mère, qui est ensuite morte dans un « camp de concentration » chinois en 2018. Son frère aîné a également été arrêté. Et son frère cadet est porté disparu depuis 2016. Les médias du PCC ont rapporté que le père de M. Isa est également mort, bien que M. Isa ne sache ni où ni quand.

Epoch Times a tenté de joindre le diplomate du PCC en question au numéro de téléphone portable suisse indiqué dans le courriel, mais sans succès.

Les responsables des droits de l’homme de l’ONU ont répondu à ce courriel de la mission du PCC avec les noms de quatre militants qui devaient assister au Conseil des droits de l’homme.

Epoch Times garde secrets les noms des militants qui ne sont pas encore publics, pour leur protection et leur vie privée.

Emma Reilly était à la fois furieuse et effrayée.

« C’est une pratique hideuse, mais si l’ONU doit le faire, elle doit au moins rendre cela public pour que les gens sachent dans quel danger ils vont être mis », a-t-elle déclaré à Epoch Times lors d’une interview par vidéoconférence depuis Genève. « C’est la décence élémentaire et les normes fondamentales de l’humanité – ne mettez pas secrètement ces personnes en danger. Est-ce trop demander ? »

Dès le début, les courriels révèlent qu’Emma Reilly s’est opposée à ce que les noms des dissidents soient communiqués au PCC. Elle préconise plutôt d’informer les personnes visées.

Cependant, le chef de la branche du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, Eric Tistounet, a fait valoir que la liste des noms était publique et que l’on ne pouvait donc pas refuser les demandes du PCC.

En effet, M. Tistounet a suggéré d’agir le plus rapidement possible pour éviter « d’exacerber la méfiance chinoise », comme le montrent les courriels.

« Depuis quand est-ce devenu une chose à considérer ? » a demandé Mme Reilly de façon rhétorique dans des commentaires à Epoch Times.

La nouvelle des courriels confirmant que l’ONU remettait en fait les noms des dissidents chinois a fait grand bruit dans les médias turcs. Cependant, en Europe et aux États-Unis, le scandale a à peine été mentionné dans la presse.

Dans ses remarques à Epoch Times, Emma Reilly a exhorté les journalistes du monde entier à examiner les documents, les transcriptions des procès internes et autres preuves pour voir qui disait la vérité – et ensuite à rapporter cette vérité afin que les gens du monde entier puissent voir ce qui se passe.

Mais Emma Reilly a déclaré qu’il s’agit d’un problème systémique avec l’ONU.

« Le problème avec l’ONU est qu’il n’y a pas d’adultes dans la salle, et qu’il n’y a pas de contrôle externe », a-t-elle déclaré, citant d’autres exemples de dénonciateurs qui ont été persécutés pour avoir essayé de faire ce qui était juste. « Si les États membres n’agissent pas, cela va continuer. »

Mme Reilly a également exprimé sa profonde inquiétude quant à la relation étroite entre les agents du PCC et les hauts fonctionnaires du système des droits de l’homme des Nations unies chargés de protéger les droits de l’homme.

Pendant des années, les hauts fonctionnaires de l’ONU ont tenté d’induire en erreur les États membres de l’ONU, les médias et le public au sujet du scandale du partage de noms, a déclaré Emma Reilly à Epoch Times.

Entre 2013 et 2017, l’ONU a prétendu que cette pratique n’avait pas lieu. Beaucoup plus tard, en janvier 2021, un porte-parole de l’ONU a été cité pour dire à l’Agence Anadolu, une agence de presse turque, que la pratique avait cessé « depuis 2015 ».

Cependant, dans un communiqué de presse du 2 février 2017 visant à détourner les critiques croissantes, le Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies (HCDH) a admis qu’il confirmait effectivement aux gouvernements l’identité des personnes accréditées pour assister à ses manifestations sur les droits de l’homme.

« Les autorités chinoises, entre autres, demandent régulièrement au Bureau des droits de l’homme des Nations unies, plusieurs jours ou semaines avant les réunions du Conseil des droits de l’homme, si des délégués [d’organisations non gouvernementales] particuliers assistent à la prochaine session », a déclaré le HCDH des Nations unies. « Le Bureau ne confirme jamais cette information avant que le processus d’accréditation ne soit officiellement en cours, et avant d’être sûr qu’il n’y a pas de risque évident pour la sécurité. »

Mme Reilly s’est dite déconcertée par le langage utilisé dans le communiqué.

« Les seuls contrôles de sécurité qui sont jamais effectués sont ceux des diplomates chinois », a-t-elle déclaré à Epoch Times.

En effet, les transcriptions de l’affaire montrent qu’Emma Reilly a exhorté l’ONU à présenter des preuves de ses soi-disant contrôles de « sécurité » avant de remettre les noms. Aucune n’a été fournie.

« Il s’agissait de savoir si ces personnes allaient causer des problèmes aux diplomates chinois à l’ONU », a-t-elle déclaré. « Cela n’avait rien à voir avec la sécurité de qui que ce soit. »

Il s’agit également d’une violation majeure des règles de l’ONU, a déclaré Mme Reilly, notant que si les gouvernements veulent savoir qui est présent, ils sont censés le demander à la plénière devant les autres États membres de l’ONU.

Malgré l’escalade du scandale entourant cette pratique et les représailles de l’ONU contre la dénonciatrice qui l’a exposée, Mme Reilly a déclaré à Epoch Times que la pratique qui consiste à donner des noms de dissidents au PCC se poursuit encore aujourd’hui.

« C’est maintenant devenu ma mission et ma responsabilité personnelles d’empêcher cette complicité de l’ONU dans des génocides », a-t-elle déclaré.

Des documents obtenus par Epoch Times révèlent que certains des plus hauts responsables du système des Nations unies ont été impliqués dans un effort pour réduire Mme Reilly au silence, discréditer ses propos et riposter face à ses démarches.

Le Bureau du Haut Commissaire aux droits de l’homme des Nations unies n’a pas répondu aux demandes de commentaires sur les courriels ayant fait l’objet d’une fuite ou sur le scandale en général.

Début 2020, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a refusé de faire des commentaires à Epoch Times, invoquant un litige en cours. Cependant, Mme Reilly a déclaré cette semaine à Epoch Times qu’elle leur avait donné l’entière autorisation de commenter l’affaire auprès des médias.

De nombreux porte-parole du Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, ont également refusé de commenter.

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