Des jardins d’exception en Ille-et-Vilaine

Par Christiane Goor et Charles Mahaux
30 août 2020
Mis à jour: 30 août 2020

Qu’ils soient jardins biologiques, parcs publics ou labellisés remarquables, les jardins du département breton d’Ille-et-Vilaine -dont le nom provient du fleuve Vilaine et de son affluent l’Ille qui se rencontrent à Rennes- sont autant de lieux étonnants, voire insolites à découvrir au fil des saisons.

Le parc du Thabor à Rennes

(Christiane Goor et Charles Mahaux)

En plein centre de la capitale bretonne, cet ancien jardin des moines bénédictins devenu public après la Révolution Française a été réaménagé au cours du 19ème siècle pour devenir un écrin de verdure exceptionnel au cœur de la ville. Si l’ancienne abbaye abrite aujourd’hui une école, l’église paroissiale Notre-Dame-en-Saint-Melaine surmontée d’une haute tour-clocher couronnée d’une statue de la Vierge en plomb doré se dresse toujours à une des entrées du parc, dotant la promenade d’une ambiance paisible qui rappelle quelque peu les déambulations silencieuses des moines sous ce couvert arboré. Le parc situé sur une colline porte d’ailleurs le nom de Thabor qui évoque une colline de Palestine où aurait eu lieu la transfiguration du Christ.

(Christiane Goor et Charles Mahaux)

Ce parc d’une dizaine d’hectares abrite quelques arbres remarquables comme un sequoia qui aligne en fait 3 troncs dessinant une silhouette en colonne ou deux spécimens de ginkgo biloba, un arbre chinois particulièrement robuste qui doit son implantation au goût pour l’exotisme au 19ème siècle sans oublier un cèdre bleu de l’Atlas et des tulipiers de Virginie. Le parc compterait un millier d’arbres dont certains âgés de plus de 200 ans.

(Christiane Goor et Charles Mahaux)

Outre des arbres, le parc abrite également un jardin à la française avec des massifs floraux développés dans des figures géométriques calquées sur les serres de l’orangerie qui les surmonte. Une impressionnante roseraie de près de deux mille variétés de fleurs des plus courtes aux plus hautes, des grimpantes et des buissons, odorantes ou non sont alignées le long de courbes ou prennent d’assaut des tonnelles et des pergolas. Pour les passionnés, un jardin botanique organisé de manière circulaire en onze plates-bandes permet de découvrir quelque 300 espèces toutes identifiées avec un petit panneau. Une jolie volière, une aire de jeux, un enclos à canards et un kiosque émaillent le site, attirant toujours les promeneurs d’autant que des sculptures inattendues viennent égayer le site saison après saison comme cette monumentale Cathode de Maxime Thoreau qui a tout l’air d’une balise échouée loin des côtes.

Les Jardins Rocambole de Corps-Nuds

(Christiane Goor et Charles Mahaux)

A quelque 18 km de Rennes, sur le territoire de la petite bourgade de Corps-Nuds s’étirent sur le lieu-dit La Lande aux Pitois des jardins potagers et botaniques inattendus sur près de 7000 m2. De quoi se perdre sur les sentiers étroits qui déambulent d’un espace à l’autre (on en compte au moins 17) tout en sachant que chacun d’eux se laisse aussi découvrir comme un jardin secret.

(Christiane Goor et Charles Mahaux)

Tout a commencé en 1988 quand Luc Bienvenu s’installe sur ce terrain comme maraîcher biologique alimentant ainsi les marchés de la région de sa production horticole. Quand sa compagne le rejoint sur le terrain en abandonnant sa profession d’institutrice, ils décident de diversifier leur activité avec la création de jardins familiaux sous la houlette de Luc comme formateur. En 2008, Luc et Christine troquent leurs habits de producteurs horticoles pour celui de créateur de rêves végétaux. C’est bien à un voyage éco-artistique voire même poétique que nous convie Luc aujourd’hui.

(Christiane Goor et Charles Mahaux)

Il faut dire que ce jardinier est aussi un visionnaire passionné de recyclage de différents matériaux qu’il transforme en structures paysagères insolites autour desquelles croissent des parterres de fleurs soigneusement aménagés pour donner l’impression de bouquets sauvages. On traverse entre autres un jardin appelé avec humour des Tuileries car il est entièrement conçu avec des tuiles qui tapissent le sol et grimpent pour dessiner des tours fictives, le jardin bigarré un des rares où s’épanouissent de multiples fleurs colorées qui se marient avec la clôture en bois taillé comme de hauts crayons de couleur ainsi que la vieille caravane tout aussi habillée de couleurs chamarrées, le coin du bassin tonnelle où des sièges vous tendent les bras pour vous inviter à contempler les nénuphars qui s’épanouissent sur l’eau et à découvrir les nombreuses grenouilles qui s’y cachent.

(Christiane Goor et Charles Mahaux)

La récupération étant le maître-mot de Luc Bienvenu, les objets insolites émaillent le parcours comme ce claustra construit avec des fourchettes tordues et blanchies qui devient un arbre à oiseaux entre deux espaces jardins, ou cette famille de hauts personnages façonnés avec des calebasses séchées qui semblent arpenter les lieux à nos côtés, ou encore une palissade ronde créée avec quelque 3500 pots en terre cuite emboîtés par dizaines les uns sur les autres. Quelques miroirs cernés de plantes surprennent en ouvrant de nouvelles perspectives. On est charmé par ce patchwork qui mêle le végétal et le minéral en ouvrant la porte aux rêves. « Pour faire un jardin il faut un morceau de terre et d’éternité », une phrase de Gilles Clément qui sonne ici dans la bouche de Luc comme un adage.

(Christiane Goor et Charles Mahaux)

En effet Luc est sans doute un jardinier qui observe beaucoup pour jardiner moins ou comment créer un écosystème jardin le plus autonome possible. Tout est en fait très organisé malgré l’apparence naturelle là où les fleurs vivaces ou annuelles sont mêlées aux légumes. Une rotation des cultures attentive aux saisons car ajoute Luc, « le potager est un jardin qui court tout le temps et il ne s’agit pas de manquer des rendez-vous ». Un compostage des surfaces permanent avec des déchets de cultures de fleurs et de légumes, rien ne « sort » du jardin en fait. Enfin un paillage important surtout en automne et en hiver qui simplifie le travail du sol en permettant une bonne reprise au printemps. Autant de secrets qui sous-tendent cette création ludique.

(Christiane Goor et Charles Mahaux)

Le jardin est ouvert au public de mai à octobre avec une belle zone de pique-nique aménagée dans le verger habité par de multiples oiseaux. Un espace récréatif avec des cabanes en saule et des jeux de société grandeur nature a été aménagé pour les plus jeunes. Paradis pour les papillons qui volettent de fleurs en fleurs et pour les insectes qui y trouvent plusieurs hôtels à leur disposition pour le plaisir des visiteurs curieux, ce jardin labellisé Jardin Remarquable mérite son nom qui rappelle un personnage fictif du 19ème siècle quelque peu extravagant aux aventures incroyables et donc rocambolesques. Tout comme ce jardin hors du commun qui offre une escapade inoubliable.

(Christiane Goor et Charles Mahaux)

Y aller : Comme tous les sites sont proches de la capitale bretonne, autant s’y rendre en TGV https://be.oui.sncf Depuis Rennes rien de tel que la location d’une petite Zoé électrique pour partir en excursion https://rennesmetropole.citiz.coop
Sites à consulter : www.tourisme-rennes.com; www.jardinsrocambole.fr

Se loger : à Rennes, à 5 minutes de la gare et de la vieille ville, le Garden Hotel, un hôtel à taille humaine autour d’un patio verdoyant paisible, une véritable oasis dans la ville www.hotel-garden.fr

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