Des militants et des experts préoccupés par les activités de déforestation menées par la Chine en Afrique

Par Amindeh Blaise Atabong
21 janvier 2020
Mis à jour: 21 janvier 2020

YAOUNDE, Cameroun – Des experts et des activistes tirent la sonnette d’alarme sur la hausse de la déforestation en Afrique en raison des projets financés par la Chine sur le continent.

La Chine a considérablement accru son influence en Afrique au cours des dernières années. Selon les données de la China Africa Research Initiative, les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Chine ont été multipliés par huit au moins depuis les années 2000.

Selon Liu Kyong de l’Administration nationale des forêts et des prairies de Chine, environ 180 sociétés d’exploitation forestière chinoises opèrent en Afrique.

« La coopération sino-africaine et le commerce qui en découle ne feront que s’accroître », a déclaré M. Liu.

L’appétit de la Chine pour les produits forestiers tels que le bois de rose a fait de l’Afrique une destination majeure pour les matériaux provenant de zones vulnérables, et dans certains cas même de sites du patrimoine mondial de l’UNESCO, comme les nations du bassin du Congo, dont le Cameroun.

L’Institut international pour l’environnement et le développement a estimé qu’en 2017, 75 % du bois africain a été expédié en Chine, et la tendance devrait continuer à augmenter avec la demande croissante en Chine.

Dans de nombreux cas, les produits destinés à la Chine sont le résultat d’une exploitation forestière illégale. L’Agence d’investigation environnementale (EIA), basée aux États-Unis, affirme que la Chine est le plus grand importateur de bois illégal.

« La préférence de la Chine pour le bois brut afin d’alimenter ses usines a […] créé une situation sans précédent où de longues chaînes d’approvisionnement en provenance d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Asie ont émergé pour acheminer le bois dans le pays pour sa transformation », a déclaré l’EIA dans un rapport.

Samuel Nguiffo, secrétaire exécutif du Centre pour l’environnement et le développement basé au Cameroun, déclare que la présence de la Chine au Cameroun augmente en raison de la forte dépendance de ce pays africain vis-à-vis du soutien financier chinois.

Selon M. Nguiffo, les importants investissements chinois au Cameroun, notamment dans des projets miniers des régions orientales du pays, ont créé les conditions pour que les zones forestières soient exploitées par des entreprises chinoises.

Comme l’a déjà rapporté Epoch Times, depuis 2011, Sud Cameroun Hévéa (Sudcam), une société contrôlée par un groupe chinois opérant au Cameroun, a remplacé près de 10 117 hectares – l’équivalent de la taille de Paris – de forêt tropicale dense par une plantation de caoutchouc en monoculture. Le projet d’expansion de Sudcam s’est rapproché de la réserve de faune du Dja, un site du patrimoine mondial de l’UNESCO, et a déplacé les habitants de la région de leurs terres et de leurs ressources.

Selon Samuel Assembe-Mvondo, consultant en recherche basé au Cameroun, les Chinois de la capitale économique du pays, Douala, se livrent à des flux financiers illicites pour faciliter leurs activités illégales dans le secteur du bois. Il affirme que ces entreprises violent impunément les lois commerciales locales, tandis que les fonctionnaires locaux, qui ne veulent pas contrarier les Chinois, détournent le regard.

M. Assembe-Mvondo, qui a enquêté sur la question, a déclaré que les transactions financières dans le commerce sont réalisées par des négociants expédiant des produits forestiers en Chine, pour ensuite que la partie qui reçoit les produits en Chine les paie en renvoyant des biens de consommation tels que des vêtements et des appareils électroniques au Cameroun.

« La Chine exporte maintenant effectivement la déforestation dans le monde entier », a déclaré Faith Doherty, responsable de la campagne sur les forêts de l’EIA, dans un communiqué.

Dans le rapport, les chercheurs de l’EIA affirment que les entreprises d’État chinoises « jouent un rôle stratégique » dans l’acheminement des ressources forestières vers la Chine, représentant environ la moitié des produits forestiers qui sont expédiés de différentes parties du monde vers la Chine.

« 45 % du bois en provenance de Papouasie-Nouvelle-Guinée a été expédié à des entreprises d’État chinoises et 44 % au Mozambique », selon le rapport de 2012.

RECOMMANDÉ