Des milliers de Taïwanais se mobilisent contre l’infiltration de Pékin dans les médias

Par ritalynn
26 juin 2019 Mis à jour: 13 juillet 2019

Le 23 juin, des dizaines de milliers de citoyens taïwanais ont bravé la pluie pendant plus de quatre heures pour assister à un rassemblement à Taipei appelant à l’interdiction des médias pro-Pékin qui font avancer l’agenda du régime chinois.

Pékin considère que l’île autonome fait partie de son territoire, bien que Taïwan ait son propre gouvernement démocratiquement élu, sa propre force militaire et sa propre monnaie. Le régime chinois a recruté du personnel militaire taïwanais pour faire de l’espionnage en son nom et a engagé des membres de gangs locaux pour intimider les critiques de la Chine.

Ces dernières années, le régime chinois a infiltré les médias locaux, les partis politiques et d’autres aspects de la société taïwanaise afin de persuader les citoyens taïwanais d’accepter un avenir dans lequel l’île serait « unifiée » avec le continent. Mais l’énorme participation ce week-end fut un rejet peu commun des tactiques de Pékin.

Des manifestants organisent un rassemblement contre les médias taïwanais pro-Pékin à Taipei, Taiwan, le 23 juin 2019. (Chen Pochou/The Epoch Times)

Des politiciens, des vedettes de la télévision, un réalisateur de cinéma et des enseignants étaient parmi ceux qui ont prononcé des discours en faveur de la démocratie et de la liberté à Taiwan. Ils ont condamné Chung T’ien Television, China Times et d’autres médias pro-Pékin qui ont minimisé la couverture récente des manifestations de masse à Hong Kong contre un projet de loi controversé sur l’extradition qui permettrait à la Chine continentale de demander l’extradition de toute personne de Hong Kong. Les locaux les appellent les « médias rouges », d’après la couleur symbolique du Parti communiste chinois.

La présidente de Taiwan, Tsai Ing-wen, a exprimé son soutien au rassemblement lors de la cérémonie d’ouverture d’une réunion d’une association internationale de femmes au début du 23 juin.

« Je pense que le rassemblement peut réveiller la société taïwanaise », a-t-elle conclu.

Holger Chen, une célébrité de YouTube, et Huang Kuo-chang, un législateur du Parti du nouveau pouvoir de Taiwan s’adressent aux manifestants lors d’un rassemblement à Taipei, Taiwan, le 23 juin 2019. (Chen Pochou/The Epoch Times)

Rassemblement sous la pluie

Holger Chen, une célébrité de YouTube, s’est associé à Huang Kuo-chang, un législateur du Parti du nouveau pouvoir de Taiwan, pour organiser le rassemblement.

Malgré de fortes pluies, des dizaines de milliers de personnes sont arrivées sur le boulevard Ketagalan devant l’immeuble du bureau présidentiel avec des parapluies et des imperméables avant le début du rassemblement à 14 h. Les organisateurs n’ont pas fourni d’estimation de participation.

Huang Yizhong, un enseignant de collège, a déclaré aux manifestants : « Deux millions de Hongkongais sont descendus dans la rue à l’encontre de la loi d’extradition. Trois des quatre plus grands journaux de Taiwan ont rapporté l’événement. »

L’événement n’a pas fait la Une du China Times. Cependant, d’autres reportages  sur la manifestation ont été diffusés en faveur du gouvernement de Hong Kong, qui est actuellement dirigé par une responsable choisie par Pékin.

Des manifestants organisent un rassemblement contre les médias taïwanais pro-Pékin à Taipei, Taiwan, le 23 juin 2019. (Chen Pochou/The Epoch Times)

Depuis l’acquisition de China Times par la société alimentaire taïwanaise Want Want Holdings en 2008, la publication se tourne de plus en plus vers Pékin.

D’autres médias appartenant à Want Want Holdings, tels que Chung T’ien Television, China Television, Want Daily et Commercial Times, sont également pro-Pékin. La Chine est le plus grand marché de Want Want Holdings, dont plus de 100 usines de fabrication.

Kevin H.J. Lee, un documentariste local, a mis en garde contre le risque de fausses nouvelles créées par les médias pro-Pékin.

« Si le régime chinois lance 2 000 missiles visant Taïwan, les médias rouges ne le signaleront pas, mais tromperont les gens avec de fausses nouvelles », a déclaré M. Lee à la foule. « Les médias rouges se camouflent sous le couvert de la liberté d’expression, mais ils œuvrent pour le régime chinois et mettent en danger le pouvoir administratif et la souveraineté de Taiwan. »

Un manifestant brandit une pancarte avec les mots « À bas les médias rouges à Taiwan » en chinois lors d’un rassemblement à Taipei, Taiwan, le 23 juin 2019. (Chen Pochou/The Epoch Times)

Wang Ding-yu, un législateur du Parti démocratique progressiste (PDP), a déclaré : « Les médias rouges ne peuvent être appelés médias, mais des groupes de pression du régime chinois à Taiwan. »

Luo Wen-jia, secrétaire du PDP, a appelé l’île à établir une loi d’enregistrement des agents étrangers, similaire à celle des États-Unis.

« On ne trouve aucune nouvelle du massacre de la place Tiananmen sur le site web de la télévision Chung T’ien », a déclaré une jeune mère à des journalistes du Bureau taïwanais d’Epoch Times, soulignant que sa couverture ressemblait à celle des médias publics chinois. « Si nous ne nous levons pas maintenant,[Taiwan] deviendra l’actuel Hong Kong dans 10 ou 20 ans. »

Des manifestants brandissent des pancartes lors d’un rassemblement contre les médias taïwanais pro-Pékin à Taipei, Taiwan, le 23 juin 2019. (Chen Pochou/The Epoch Times)

Luo Wen-jia, secrétaire du PDP, a souligné que le grand nombre de Hongkongais protestant contre le projet de loi sur l’extradition et la perception que Pékin érode davantage l’autonomie de la ville ont encouragé les Taïwanais à se dresser contre Pékin.

La présidente Tsai Ing-wen appelle à une réglementation appropriée

L’homme politique local Huang Kuo-chang a rappelé qu’en 2012, une foule beaucoup moins nombreuse avait protesté contre le projet de Want Want Holdings d’acquérir China Network Systems, un fournisseur local de services Internet, citant son approche pro-Pékin. En mars 2013, le régulateur des télécommunications de l’île a mis fin à l’accord.

« Regardez la scène ici. Il y a tellement de gens debout sous la pluie battante pour protester », s’est exclamé M. Huang.

Un manifestant brandit une pancarte portant les mots « Rejeter le Parti communiste chinois et les médias rouges, soutenons les protestations contre le projet de loi d’extradition à Hong Kong », lors d’un rassemblement à Taipei, le 23 juin 2019. (Chen Pochou/The Epoch Times)

Il a exhorté la foule à contacter leurs législateurs locaux et à leur demander d’appuyer les futurs projets de loi qui interdisent les médias rouges et protègent la liberté d’expression.

Mme Tsai Ing-wen a également appelé à une réglementation appropriée pour lutter contre l’infiltration de Pékin.

« Éloignons les fausses nouvelles de la société taïwanaise grâce à une meilleure application de la loi, à des bases juridiques plus solides et à la coopération avec la société internationale », a-t-elle soutenu le 23 juin.

Le 23 juin 2019, à Taipei, des enfants en compagnie de leurs parents, brandissent des pancartes sur lesquelles on peut lire « À bas les médias rouges » et « Soutenons la démocratie de Taiwan » lors d’une manifestation à Taipei. (Eugenia Lee/The Epoch Times)
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