Des scientifiques chinois produisent des porcs génétiquement modifiés pour des transplantations humaines

Par JENNIFER BATEMAN ET JENNIFER ZENG
7 juillet 2021
Mis à jour: 7 juillet 2021

Alors que les prélèvements forcés d’organes sur les prisonniers de conscience en Chine ont suscité une condamnation mondiale, le Parti communiste chinois (PCC) a investi massivement dans des recherches controversées qui utilisent des porcs génétiquement modifiés comme source de transplantation d’organes humains, présentant la chose comme une « première mondiale ».

Selon les médias chinois, en 2020, les jeunes entreprises liées à la modification de gènes, en Chine seulement, ont reçu environ 2 milliards de yuans (261 millions d’euros) en financement.

Le 22 septembre 2020, l’agence de presse Xinhua, porte-parole du PCC, a publié un article spécial indiquant que les scientifiques chinois avaient fait une autre percée dans la technologie de xénotransplantation de porcs génétiquement modifiés.

La xénotransplantation est une procédure médicale par laquelle des organes animaux sont transplantés sur des humains.

Selon Xinhua, l’équipe de Yang Luhan, fondateur de Qihan Biotech à Hanzhou, en Chine, et cofondateur et scientifique en chef de la société d’édition génétique eGenesis à Boston, a créé un prototype de xénogreffe présentant un potentiel clinique, en résolvant avec succès deux défis majeurs en matière de sécurité des xénogreffes : l’élimination des rétrovirus endogènes porcins et l’amélioration de l’immunocompatibilité des xénogreffes.

Les recherches de M. Yang ont également été publiées dans Nature Biomedical Engineering le 21 septembre 2020. Les coauteurs de cet article sont Qihan Biotech, l’Université de Harvard, le Massachusetts General Hospital, eGenesis à Boston et l’Université agricole du Yunnan en Chine.

L’article décrit comment les technologies d’élimination CRISPR-Cas9 et d’insertion de gènes par transposon ont été utilisées pour modifier un groupe de cassettes génétiques chez les porcs afin d’améliorer davantage « la compatibilité immunologique et la compatibilité de la coagulation sanguine des porcs avec les humains ».

L’article précise que « les porcs modifiés présentent une physiologie, une fertilité et une transmission germinale normales des 13 gènes et 42 allèles modifiés ».

Des cochons génétiquement modifiés pour la transplantation d’organes humains

Avant cela, il y avait eu plusieurs percées technologiques dans la modification génétique des porcs pour rendre leurs organes plus adaptés à la transplantation humaine, dont plusieurs résultaient des travaux du mentor de Yang Luhan à la Harvard Medical School, le professeur George Church.

En 2015, Yang et Church ont fondé eGenesis à Boston, qui a reçu 38 millions de dollars et 100 millions de dollars en deux tours de financement en 2017 et 2019, et 125 millions de dollars supplémentaires en mars 2021 lors d’un troisième tour d’investissement.

En 2017, eGenesis a annoncé qu’elle avait produit les premiers porcs génétiquement modifiés au monde qui ne sont pas porteurs de rétrovirus endogènes, éliminant ainsi le risque de transmission de virus du porc à l’homme ; et en 2018, eGenesis a produit le premier porc immunoplexe, réduisant le rejet immunitaire des greffes d’organes allogéniques de porc.

En plus des deux problèmes susmentionnés, il y avait un autre défi technique, celui de la compatibilité fonctionnelle : on ne savait pas encore si l’organe de porc pouvait remplir les fonctions d’équilibre hormonal et métabolique de l’organe humain original après la transplantation.

Après avoir résolu ces problèmes, l’étape suivante consistait à réaliser un grand nombre d’essais cliniques. Dans un premier temps, les organes de porc seraient transplantés sur des singes ; ensuite, des essais cliniques devraient être réalisés sur des greffes humaines.

Cependant, la commercialisation de la xénotransplantation porcine s’est heurtée à des défis éthiques et réglementaires.

Défis éthiques et réglementaires de la xénotransplantation

Dès le début, la xénotransplantation s’est accompagnée de controverses éthiques concernant la vie privée des receveurs de greffes, l’allocation des ressources, les droits des animaux, la justice distributive, le risque potentiel pour la santé publique des humains dû au rétrovirus endogène porcin, et l’acceptation publique et religieuse de la transplantation d’organes animaux sur des humains.

Ces premiers points peuvent être résolus par des améliorations spécifiques et une réglementation stricte, mais s’ajoute le fait que la xénotransplantation augmente sérieusement le risque pour la santé publique par le biais de maladies. L’acceptation par le public de la transplantation d’organes d’animaux sur des humains varie considérablement en fonction des contextes culturels et religieux.

Lorsque ces défis sont devenus trop difficiles à résoudre, la Chine, où les réglementations éthiques et juridiques sont nettement en retard sur le développement technologique, a offert une opportunité. Les chercheurs concernés ont alors été transférés en Chine pour poursuivre leurs travaux.

En 2017, Yang Luhan et M. Church ont cofondé Qihan Biotech en Chine, « avec la mission de tirer parti de la technologie CRISPR pour faire de la xénotransplantation une procédure médicale de routine pour la livraison de cellules, de tissus et d’organes humains transplantables sûrs et efficaces ». Le moment était exactement celui où les essais cliniques devaient commencer – une étape où l’examen éthique est généralement plus rigoureux que dans la seule phase de recherche.

« Les avancées technologiques sont souvent en avance sur la réglementation, les normes éthiques et l’acceptation du public. En tant que chercheurs et facilitateurs technologiques, nous avons la responsabilité de bien réfléchir à ces questions et de partager la logique issue de notre réflexion avec le public », a déclaré Yang Luhan à Xinhua en 2019.

« Toutes les avancées technologiques, qu’il s’agisse de savoir si elles peuvent être appliquées à certains scénarios et dans quelles circonstances elles peuvent l’être, doivent être explorées en permanence afin d’élaborer un cadre utile qui conduira véritablement la technologie à changer la société », a-t-elle ajouté.

À l’heure actuelle, la réglementation éthique mondiale des nouvelles biotechnologies, telles que la xénotransplantation, est généralement en retard sur le développement technologique.

Toutefois, en comparaison à l’examen éthique opaque et pratiquement inexistant en Chine, les réglementations légales et la supervision éthique aux États-Unis sont relativement strictes. Dans les domaines où les réglementations n’ont pas encore rattrapé leur retard, la recherche et le développement occidentaux essaient généralement de ne pas aborder les sujets les plus controversés sur le plan éthique.

Par exemple, le premier essai clinique de bébés immunisés contre le sida par modification génétique mené par l’équipe du scientifique chinois He Jiankui en 2018 a été condamné par la communauté chirurgicale chinoise et internationale dès sa publication – non pas à cause de sa technologie, mais pour les problèmes éthiques évidents qu’elle soulève.

Les 122 scientifiques chinois qui ont signé une lettre ouverte pour s’opposer aux recherches de He ont critiqué l’examen éthique de la recherche biomédicale par les autorités communistes chinoises, le qualifiant de « simulacre ».

En fait, le PCC a bien mis en œuvre l’ « examen éthique de la recherche biomédicale impliquant des êtres humains » le 1er décembre 2016. Les exigences étendues en matière de droits de l’homme et de bioéthique qui y sont énumérées sont essentiellement une réplique de la Déclaration universelle sur la bioéthique et les droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, mise en place en 2005.

Contrairement à la réglementation américaine sur les modifications génétiques, qui émane de la Food and Drug Administration (FDA), l’examen biomédical éthique du PCC est adopté et mis en œuvre par la Commission nationale de la santé et du planning familial du PCC – la même agence qui a tué des centaines de millions de bébés avant leur naissance en Chine, au cours des 40 dernières années, par le biais de sa politique controversée d’enfant unique.

Le 15 décembre 2020, la FDA a approuvé les porcs GalSafe, génétiquement modifiés pour éliminer le sucre alpha-gal, en vue de leur utilisation dans les médicaments, les transplantations d’organes et de tissus corporels et les aliments.

Cependant, la FDA a également souligné : « Il est important de noter que ces porcs n’ont pas été évalués pour être utilisés comme produits de xénotransplantation pour la transplantation ou l’implantation chez des sujets humains. Les développeurs de tels produits médicaux humains doivent d’abord soumettre une demande à la FDA et obtenir son approbation avant que ces produits puissent être utilisés en médecine humaine. »

Une « usine » de production de porcs génétiquement modifiés établie dans le Sichuan, en Chine

Alors que Qihan Biotech vient de commencer son essai clinique, Clonorgan Biotechnology, dans la province du Sichuan, avait déjà établi le premier site d’essai de porcs génétiquement modifiés de Chine en juin 2020.

Ce site couvre une superficie totale d’environ 6,67 hectares. La première phase d’environ 0,7 hectare est achevée, y compris les différentes zones fonctionnelles d’élevage de porcs et les salles d’opération, les laboratoires, etc. « Il s’agit d’une base d’essai de haut niveau pour les porcs à des fins médicales, ainsi que d’une usine d’organes », selon un article du Sichuan Daily publié le 15 septembre 2020.

Actuellement, cette base compte plus de 200 porcs avec plus de 10 types de modifications génétiques.

« Il y a quelques jours, un lot de porcs à des fins médicales a été expédié de la base vers un certain hôpital de l’Académie chinoise des sciences médicales pour être utilisé pour la recherche sur les transplantations cardiaques », indique l’article.

Pan Dengke, le fondateur de Clonorgan Biotechnology, a déclaré que ce type d’échelle et de production en usine de porcs génétiquement modifiés pourrait assurer un approvisionnement suffisant pour la xénotransplantation, et le prix est moins cher que les organes humains.

« Les transplantations d’organes humains coûtent 300 000 à 400 000 yuans (39 000 à 52 000 euros), alors que le prix de la xénotransplantation sera certainement inférieure à cela », a déclaré Pan au Sichuan Daily en décembre dernier.

En 2019, l’équipe de Pan a transplanté les reins de porcs génétiquement modifiés dans des singes rhésus et a maintenu les singes en vie pendant 32 jours tout en utilisant des immunosuppresseurs cliniques humains. Pan a déclaré que cela avait établi un record mondial pour la plus longue survie d’une transplantation rénale allogénique dans les mêmes conditions.

Selon Pan, les porcs ont été choisis comme source de greffes d’organes humains plutôt que les singes parce que les organes des porcs sont de taille et de fonction similaires à ceux des humains, et que les porcs ont un cycle de reproduction court et un taux de reproduction élevé.

Une autre raison est que, par rapport aux singes et aux orangs-outans plus intelligents, les porcs posent moins de problèmes éthiques en ce qui concerne les droits des animaux, et il n’y a pas de problèmes de protection des animaux en danger, etc. Les Chinois, dont la viande principale est le porc, sont plus tolérants à l’égard de la mise à mort des porcs et de l’utilisation de leurs organes que les habitants des pays occidentaux.

Cependant, Pan a peut-être négligé le fait que la culture traditionnelle chinoise a beaucoup à dire sur la spiritualité des êtres humains, et que ce qu’un cœur transplanté peut apporter à un être humain n’est peut-être pas aussi simple que lorsqu’il est question d’un virus.

Le soutien du PCC

Malgré les nombreuses controverses entourant la xénotransplantation, le PCC a manifesté un fort soutien.

Par exemple, en plus du soutien financier et de la publicité des médias du PCC, Yang Luhan a été sélectionnée comme l’une des jeunes leaders mondiales au Forum économique mondial en mars 2017, et a été ajoutée à la « China’s Most Influential Women in Business 2020 (Future List) » de Fortune, avec son titre listé comme cofondatrice et directrice scientifique d’eGenesis.

Les projets auxquels Pan Dengke a participé sont tous financés par les principaux fonds officiels du PCC, notamment le Plan national de recherche et de développement de base, le Programme national de recherche et de développement de haute technologie et la Fondation des sciences naturelles de Pékin, pour le clonage transgénique du porc et la recherche sur les cellules souches embryonnaires.

Qihan Biotech à Hanzhou est une société sœur d’eGenesis. Le 29 mars 2021, la société a levé 67 millions de dollars supplémentaires dans le cadre d’un financement de série A++ avec la participation de ses investisseurs stratégiques, notamment Lilly Asia Ventures et Matrix Partners China, ainsi que de ses actionnaires existants, Sequoia Capital et China Merchants Bank International. Le financement cumulé de la série A a dépassé les 100 millions de dollars.

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