Des soldats chinois ont utilisé des bâtons cloutés pour tuer des soldats indiens, dont des officiers

Par Venus Upadhayaya
20 juin 2020
Mis à jour: 24 juin 2020

Des vétérans indiens ont accusé l’Armée populaire de libération de Chine (APL) de « barbarie » et de violation des protocoles pour avoir utilisé des armes rudimentaires contre des soldats indiens non armés, lorsque 20 d’entre eux ont été tués sur le terrain inhospitalier de la vallée de Galwan, au Ladakh, dans la nuit du 15 juin.

« Notre peuple ne porte pas de bâtons ou d’autres équipements de ce type, mais les Chinois, avec préméditation, portaient des gourdins – vous savez, des gourdins métalliques, dont certains munis de pointes, ou des gourdins en bois avec du fil de fer barbelé, et des poings américains, et toutes ces sortes d’équipements – et ils ont frappé le commandant et notre peuple », a déclaré le lieutenant à la retraite Rakesh Sharma, qui a servi dans l’armée indienne à cet endroit, au journal Epoch Times par téléphone depuis New Delhi.

Le 18 juin, le colonel à la retraite Ajai Shukla, un analyste stratégique et de défense, a partagé sur Twitter une image montrant les armes qui ont été utilisées.

« Les bâtons cloués – saisis par les soldats indiens de la vallée de Galwan – ont été utilisés par les soldats chinois pour attaquer une patrouille de l’armée indienne et tuer 20 soldats indiens », écrit-il. « Une telle barbarie doit être condamnée. C’est de la brutalité pure, et non un esprit militaire. »

Le lieutenant général Gurmeet Singh, chef d’état-major adjoint de l’armée à la retraite, qui a servi pendant 40 ans et s’est rendu en Chine à sept reprises dans le cadre de ses fonctions, a déclaré au téléphone au journal Epoch Times que l’APL avait violé les protocoles militaires qu’elle avait signés avec l’armée indienne et que cette attaque témoignait de son manque de professionnalisme.

« Est-ce l’œuvre d’une armée ? Est-ce le travail d’un soldat ? Cela prouve que l’APL est loin d’être une armée comme en possèdent les nations », a déclaré M. Singh. « Ils n’apprécient pas la façon dont les troupes de combat opèrent. Et à juste titre, car l’APL est l’armée d’un parti politique. »

Les travailleurs et les partisans du Congrès allument des bougies pour rendre hommage aux soldats qui ont perdu la vie lors d’un récent affrontement entre l’Inde et la Chine, à Calcutta, en Inde, le 17 juin 2020. (DIBYANGSHU SARKAR/AFP via Getty Images)

À la suite du massacre des soldats, le Premier ministre indien Narendra Modi a déclaré dans un message à la nation le 17 juin que « en toutes circonstances », l’Inde protégerait « chaque centimètre » de son territoire.

« Protéger l’intégrité et la souveraineté de notre pays est notre priorité, et personne ne peut nous empêcher de le faire. Personne ne doit avoir de doutes ou d’illusions à ce sujet. Nous voulons la paix, mais si on nous provoque, nous sommes capables de nous défendre en toutes circonstances », a-t-il déclaré.

Bien que les autorités chinoises n’aient pas fait de déclaration officielle sur le nombre de victimes du côté chinois, le journal indien de langue hindi Navbharat Times a annoncé le 17 juin que 43 soldats chinois ont également été tués lors de cet incident. Selon M. Sharma, d’après l’activité des hélicoptères du côté chinois, les Indiens estiment que le nombre de soldats chinois tués devrait se situer entre 30 et 43.

Que s’est-il passé à Galwan ?

Les vétérans indiens affirment qu’il est important de comprendre le terrain et l’activité qui se déroule sur la frontière contestée, appelée ligne de contrôle réelle (LAC), entre l’Inde et la Chine pour appréhender l’incident qui a entraîné la mort de tant de soldats.

Selon M. Sharma, l’incident s’est produit à un ou deux miles (1,6 ou 3,2 km) de l’endroit où la rivière Galwan, un affluent de l’Indus, rejoint la rivière Shyok. Ce territoire himalayen, situé à plus de 5 100 mètres au-dessus du niveau de la mer et dont les températures sont inférieures à zéro, est extrêmement inhospitalier. L’armée indienne construit dans la région une route, mais les Chinois en sont mécontents.

Il a expliqué que ni les Indiens ni les Chinois n’ont d’accès routier à la rivière Galwan, et que les deux camps patrouillent à pied jusqu’à récemment.

« Au cours des trois ou quatre dernières années, nous avons construit une grande route qui longe l’ouest de la rivière Shyok, et construit un pont sur la rivière Shyok », a déclaré M. Sharma.

La récente escalade a commencé il y a quelques semaines, lorsque l’Inde a commencé à construire une route de liaison vers la vallée de Galwan. Le 15 juin, les militaires indiens ont constaté que les Chinois étaient passés du côté indien de la LAC (ligne de contrôle réelle ) et des « zones occupées », provoquant un affrontement entre les deux armées.

Une image satellite du point de rencontre entre la rivière Galwan et la rivière Suyok. Selon le lieutenant général à la retraite Rakesh Sharma, le conflit qui a entraîné la mort de 20 soldats indiens s’est déroulé à une distance de 1,6 à 3,2 kilomètres de l’intersection. (Google Maps)

M. Sharma a déclaré que les deux pays ont signé cinq traités entre 1993 et 2013 qui définissent des protocoles d’engagement sur la LAC litigieuse chaque fois qu’une controverse ou un conflit survient.

« Nous sommes censés nous désengager et retourner dans notre propre région, puis nous rencontrer au cours de réunions de travail pour résoudre les problèmes, et cela perdure depuis 1993. Cependant, au cours des cinq à six dernières années, l’APL n’a pas suivi ce protocole », a déclaré M. Sharma.

Le 15 juin, le commandant indien, qui fait partie des 20 soldats décédés, avait rendu visite à l’ALC et avait constaté la présence de soldats chinois du côté indien. « Il a rapidement demandé à ces soldats de quitter les lieux et de rentrer […] c’est à ce moment-là que l’APL a décidé de passer à l’offensive » et a attaqué, a déclaré M. Sharma.

L’escarmouche s’est déroulée sur une « petite corniche […] au-dessus des rives de la rivière », et lorsque les soldats indiens non armés ont été attaqués, il faisait nuit et les températures étaient inférieures à zéro. Beaucoup sont tombés de la corniche et sont morts, selon M. Sharma, qui a ajouté que d’autres informations continuent d’arriver.

Un autre vétéran indien, le brigadier Amul Asthana, qui a servi sur un territoire tout aussi inhospitalier, a déclaré par téléphone au journal Epoch Times que la Chine voulait prendre des positions élevées sur la LAC pour bénéficier d’un avantage militaire stratégique.

Un grand nombre de ces positions privilégiées sont actuellement sous le contrôle de l’Inde. Tandis que les Chinois ont développé des infrastructures sur la LAC, l’Inde, jusqu’à récemment, dans de nombreux secteurs, patrouillait surtout à pied et n’a commencé que dernièrement à y construire des installations.

Selon M. Asthana, le terrain devient de plus en plus inaccessible à partir du mois d’octobre et les patrouilles terrestres ne peuvent plus intervenir si la neige dépasse une hauteur de 6 mètres. L’Inde dispose également de « postes vacants pour l’hiver » et de « postes de coupure hivernale » sur le territoire, car elle ne dispose pas des infrastructures adéquates et de la logistique nécessaire pour assurer sa présence tout au long de l’année.

« Si j’ai un accès, pourquoi devrais-je partir ? » a-t-il dit, expliquant pourquoi l’APL pose des problèmes chaque fois que l’armée indienne tente de construire des infrastructures sur la LAC.

Des soldats de la Force indienne de sécurité des frontières (BSF) gardent une route menant à Leh, à la frontière chinoise, à Gagangir, en Inde, le 17 juin 2020. (TAUSEEF MUSTAFA/AFP via Getty Images)

Les conséquences

Selon certains analystes indiens, cet incident va changer la manière dont les deux pays vont s’engager l’un envers l’autre sur ce territoire contesté et va entraîner un renforcement militaire du côté indien.

M. Sharma a déclaré que la situation va changer la façon dont l’Inde gère ces questions avec I’APL et qu’elle va mener un débat approfondi au sein de son armée quant à la manière de protéger ses troupes.

« Comme les Chinois disposaient de toutes ces armes médiévales que les gens utilisaient il y a deux siècles, et qu’ils se sont préparés à un moment où nous allions simplement négocier et leur parler, je pense que nous devons réfléchir à l’avenir aux raisons qui ont conduit à cette situation », a déclaré M. Sharma. « Je suis sûr que ce point doit être sérieusement abordé avec l’armée. »

Girish Kant Pandey, professeur spécialisé dans les questions de défense à l’université Pt. Ravishankar Shukla de Raipur, en Inde centrale, a déclaré au journal Epoch Times que cet incident va amener l’Inde à développer davantage d’infrastructures sur la frontière et va entraîner une augmentation des effectifs militaires spécialisés dans les opérations en montagne.

« L’Inde est en train d’augmenter ses effectifs militaires en montagne pour atteindre un total de 200 000 soldats. Il est possible que ce nombre augmente encore », a déclaré M. Pandey.

L’Inde va probablement augmenter le nombre de missiles à longue portée et la puissance de sa flotte navale orientale.

« Les risques d’escalade dans ce conflit sont faibles », a déclaré M. Pandey. « Une guerre ne servirait les intérêts d’aucun des deux pays. Plus une économie est puissante, plus les pertes causées par la guerre sont importantes. »

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