Désabusés par l’installation d’éoliennes géantes, ils vendent le château qu’ils ont passé plusieurs années à restaurer

Par Séraphin Parmentier
9 janvier 2020 Mis à jour: 9 janvier 2020

S’estimant trahis par la municipalité, deux mécènes ont décidé de vendre le château de Falloux après qu’un projet d’implantation d’éoliennes géantes à proximité de la prestigieuse bâtisse a refait surface.

En 2016, William et David O’Neil, deux Américains originaires de Californie, rachètent le château de Falloux, sur la commune de Bourg-d’Iré (Maine-et-Loire).

La superbe bâtisse du XVIIIe-XIXe siècle tombe en ruine et les nouveaux propriétaires vont débourser près de cinq millions de dollars (environ 4,5 millions d’euros) dans de vastes travaux de rénovation qui dureront trois ans, donnant du travail à des dizaines d’entreprises locales.

À l’époque, les deux mécènes auraient passé un accord avec la commune de Bourg-d’Iré avant de se lancer dans la restauration du château, selon Ouest-France.

Les travaux ne devaient en effet se faire qu’à condition qu’un projet d’implantation d’éoliennes géantes, à l’étude depuis plusieurs mois, soit abandonné afin de ne pas ternir l’écrin naturel où se dresse l’imposante bâtisse.

Plus de trois ans après, la donne a radicalement changé : non seulement le projet d’éoliennes est toujours d’actualité, mais celles-ci devraient désormais être au nombre de quatre au lieu des trois dont il était question il y a quelques années.

Si elles sont censées être installées à environ trois kilomètres du château de Falloux, les éoliennes devraient mesurer 150 mètres de haut et seront donc visibles en arrière-plan de la bâtisse.

« Nous ne sentons pas le soutien de la nouvelle municipalité »

Depuis 2017, la ville de Bourg-d’Iré est d’ailleurs devenue l’une des quinze communes déléguées de la commune nouvelle de Segré-en-Anjou Bleu.

« Nous ne sentons pas le soutien de la nouvelle municipalité. Elle ne respecte pas le vote de 2016 », regrette David O’Neil dans les colonnes de Ouest-France.

Si le château de Falloux a bien accueilli quelques manifestations et évènements depuis sa restauration, les deux Américains s’estiment trahis par les autorités et ont décidé de mettre la propriété en vente pour 3,5 millions d’euros.

Les deux mécènes considèrent en effet que le projet d’installation d’éoliennes géantes risque d’échauder les investisseurs potentiels et ils préfèrent donc se désengager, quitte à « perdre des millions ».

« Des châteaux, des sites de caractère, des gîtes : les histoires comme celles-là sont légion. J’ajoute que la focalisation sur le patrimoine prestigieux, assez efficace médiatiquement, ne doit pas faire oublier le massacre silencieux de la France profonde. Chaque année, des arbres centenaires sont arrachés, des haies sont détruites, des chemins creux, l’âme de nos campagnes, sont rasés au bulldozer pour être élargis et remplacés par des routes destinées à construire et entretenir ces usines électriques plantées dans les champs », a expliqué Jean-Louis Butré, président de la Fédération environnement durable, à nos confrères de Valeurs actuelles.

Des associations locales vent debout contre le projet éolien

Alors que les propriétaires du château de Falloux se préparent à rentrer aux États-Unis, plusieurs associations locales continuent de se battre contre le projet d’éoliennes.

C’est notamment le cas de « Vivre au Bourg-d’Iré », qui appelle sur sa page Facebook à préserver « la carte postale pittoresque » du village.

« Elle est notre identité territoriale et en marketing, elle vaut son pesant d’or », ajoute l’association. « Soyons fiers de la beauté et l’attractivité de nos territoires ruraux et misons sur sa préservation, la valorisation de notre patrimoine bâti et naturel et notre ‘Art de vivre à la française’ qui séduit tant les touristes, les clientèles étrangères et les porteurs de projets ! »

L’association « Bien Vivre en Anjou ABVEA Méthanisation éolien et autres » lance également un appel à la mobilisation, rappelant au passage les propos de Stéphane Bern dans le cadre d’un entretien accordé à Valeurs actuelles il y a quelques mois.

« Les Français n’en peuvent plus de voir leurs paysages défigurés ! Veut-on devenir un pays laid ? » s’interrogeait alors l’animateur.

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