Désolé Darwin, mais les bactéries ne sont pas en compétition pour survivre

Les bactéries révèlent que la coopération, et non la compétition, est la clé du succès et de la survie
Par Michael Skov Jensen
25 octobre 2019 Mis à jour: 26 octobre 2019

Selon de nouvelles recherches, « la survie des bactéries les plus amicales » l’emporte sur celle des « plus performantes. »

La recherche révèle que les bactéries préfèrent s’unir contre les menaces externes, comme les antibiotiques, plutôt que de se battre entre elles. Cette découverte constitue une étape importante dans la compréhension des interactions complexes entre les bactéries et la mise au point de nouveaux modèles de traitement pour un large éventail de maladies humaines et de nouvelles technologies vertes.

Depuis un certain nombre d’années, les chercheurs étudient comment les combinaisons de bactéries se comportent ensemble dans un espace confiné. Après avoir étudié plusieurs milliers de combinaisons, il est devenu clair que les bactéries coopèrent pour survivre et que ces résultats contredisent ce que Darwin disait dans sa théorie de l’évolution.

« Dans la mentalité darwinienne classique, la compétition est le maître mot. Ceux qui sont les mieux armés survivent et surpassent ceux qui sont moins bien armés. Cependant, lorsqu’il s’agit de micro-organismes comme les bactéries, nos découvertes révèlent que les plus coopératifs survivent », explique Soren Johannes Sorensen, professeur de microbiologie à l’université de Copenhague.

La survie des bactéries en tant que sport d’équipe

En isolant les bactéries avec une petite enveloppe de maïs (où elles ont été forcées de « se battre » pour l’espace), les scientifiques ont pu déterminer dans quelle mesure les bactéries sont en compétition ou coopèrent pour survivre. Ils ont sélectionné des souches bactériennes en fonction de leur capacité à se développer ensemble. Les chercheurs ont mesuré le biofilm bactérien, une couche protectrice visqueuse qui protège les bactéries contre les menaces externes comme les antibiotiques ou les prédateurs. Lorsque les bactéries sont saines, elles produisent plus de biofilm et deviennent plus fortes et plus résistantes.

À maintes reprises, les chercheurs ont observé le même résultat : au lieu que les bactéries les plus fortes surpassent les autres dans la production de biofilms, les bactéries laissaient de l’espace aux plus faibles pour que ces dernières puissent croître mieux qu’elles ne l’auraient fait seules. En même temps, les chercheurs ont pu constater que les bactéries se répartissent les tâches laborieuses en supprimant les mécanismes inutiles et en les partageant avec leurs voisins.

« Il se peut bien qu’Henry Ford ait pensé qu’il avait trouvé quelque chose d’exceptionnel lorsqu’il a introduit la chaîne de montage et la spécialisation des ouvriers, mais les bactéries profitent de cette stratégie depuis un milliard d’années », a dit le Pr Sorensen, faisant référence aux plus anciens fossiles bactériens connus présentant un biofilm.

« Notre nouvelle étude démontre que les bactéries s’organisent de façon structurée, répartissent le travail et s’entraident. Cela signifie que nous pouvons savoir quelles bactéries coopèrent et, éventuellement, lesquelles d’entre elles dépendent de […] en regardant qui se tient à côté de qui », a-t-il déclaré.

Tout seul ou faisant partie d’une équipe

Les chercheurs ont également étudié les propriétés des bactéries lorsqu’elles étaient seules par opposition à celles qui étaient en présence d’autres bactéries. Les humains discutent souvent de la synergie du milieu de travail ou du groupe et de la façon dont les gens s’inspirent les uns les autres. Les bactéries vont encore plus loin lorsqu’elles survivent dans de petites communautés.

« Les bactéries portent notre compréhension de la synergie et de l’inspiration de groupe à un tout autre niveau. Elles induisent chez leurs voisins des attributs qui, autrement, resteraient dormants. De cette façon, des groupes de bactéries peuvent exprimer des propriétés qui ne sont pas possibles lorsqu’elles sont seules. Quand elles sont ensemble, des caractéristiques totalement nouvelles peuvent surgir soudain », a déclaré le Pr Sorensen.

Cet article a été publié à l’origine par l’université de Copenhague au Danemark. Republié via Futurity.org sous Creative Commons License 4.0.

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