Destitution de Trump : après des semaines d’audience, les preuves de mise en accusation se limitent encore aux ouï-dire et aux présomptions

Par Ivan Pentchukov
23 novembre 2019 Mis à jour: 23 novembre 2019

Les législateurs américains qui mènent l’enquête de destitution du président des États-Unis menée par les démocrates n’ont pas encore découvert de preuve directe de l’allégation centrale contre Donald Trump, même après un défilé de témoins et des semaines de dépositions et d’audiences.

Le chef de l’enquête, Adam Schiff (D-Calif.), président de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants, allègue depuis longtemps que M. Trump aurait cherché à augmenter ses chances de réélection soi-disant en refusant d’aider l’Ukraine pour faire pression sur le chef du pays afin qu’il enquête sur Joe Biden et son fils Hunter Biden, ancien vice-président.

Mais les preuves que les témoins ont partagées jusqu’à maintenant s’ajoutent à une pyramide de ouï-dire qui repose principalement sur seulement deux sources originales : l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’Union européenne Gordon Sondland et l’ancien envoyé spécial des États-Unis en Ukraine Kurt Volker.

En contre-interrogatoire le 20 novembre, G. Sondland a déclaré que personne ne lui avait dit que la suspension de l’aide envers l’Ukraine était liée à des enquêtes et qu’il présumait simplement que le lien existait. K. Volker, qui a eu des contacts avec D. Trump et les Ukrainiens, a témoigné que l’aide n’a jamais été conditionnée par des enquêtes.

Bien que les procédures de destitution de la Chambre ne soient pas un procès formel, où le ouï-dire et les présomptions seraient rapidement interrompus par les avocats de la défense, les démocrates et un certain nombre de médias ont néanmoins semblé considérer le ouï-dire et les présomptions comme des preuves de conduite répréhensible.

Lors du témoignage de Fiona Hill, ancienne fonctionnaire du Conseil national de sécurité, le 21 novembre, le représentant Mike Turner (R-Ohio) a cristallisé le problème des cas fondés sur des preuves par ouï-dire :

« Pour ceux d’entre vous qui comptent les points à domicile, ainsi que l’effort pour accuser notre président de coercition, d’extorsion ou de corruption avec ces témoins, alors que nous arrivons maintenant à la séance de clôture de cette affaire, tout ceci se résume essentiellement comme suit : nous avons [un représentant du ministère des Affaires étrangères] George Kent et l’ambassadeur [en Ukraine] William Taylor qui ont parlé de ouï-dire – leurs ouï-dire sur ces questions qu’ils ont dit avoir entendues – étaient toutes des déclarations qu’ils avaient entendues d’autres personnes qui ont également témoigné devant nous, donc il ne manque plus personne ici, et il n’y a plus personne en dehors non plus », a déclaré Mike Turner.

« Kent et Taylor ont déclaré qu’ils avaient tout entendu de MM. Morrison et Sondland. M. Morrison a indiqué qu’il avait tout entendu de M. Sondland. M. Sondland a témoigné hier qu’il n’avait rien entendu de personne d’autre sur la planète. »

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky et le ministre ukrainien des Affaires étrangères Vadym Prystaiko, les premiers concernés, ont également tous deux déclaré qu’il n’y avait pas de lien entre la suspension de l’aide envers l’Ukraine et la demande d’enquête sur Donald Trump ; M. Trump a lui aussi réfuté tout lien.

Comme l’a fait remarquer Mike Turner, Fiona Hill a témoigné plus tôt au cours de l’audience que « d’après les questions et les déclarations que j’ai entendues, certains d’entre vous au sein de ce comité semblent croire que la Russie et ses services de sécurité n’ont pas mené de campagne contre notre pays ». La déclaration de Fiona Hill semblait viser les républicains membres du comité qui ont interrogé des témoins au sujet de l’ingérence de l’Ukraine dans les élections américaines de 2016.

Au cours de l’audition, Mike Turner a produit une copie du rapport compilé par les républicains de la commission sur les mesures actives russes à l’élection présidentielle de 2016 ; les républicains ont voté à l’unanimité début 2018 pour rendre le rapport public. La première phrase du rapport dit : « En 2015, la Russie a commencé à s’engager dans une campagne d’influence secrète en vue des élections présidentielles américaines. » M. Turner a noté qu’avec un peu de recherche, Mme Hill aurait pu éviter l’erreur de se fier aux « questions et déclarations que j’ai entendues ».

« C’est un problème, peu importe à quel point nous sommes convaincus, Mme Hill. Peu importe à quel point nous croyons que ce que nous avons entendu est vrai, cela reste tout de même seulement ce que nous avons entendu », a déclaré M. Turner.

Un certain nombre de témoins qui pourraient faire la lumière sur les événements qui sont au coeur de l’enquête ont refusé de comparaître devant le comité. Les personnages clés dans cette affaire seraient M. Trump lui-même, Rudy Giuliani, l’avocat personnel de Donald Trump, et Rick Perry, le secrétaire à l’énergie.

Mike Turner a également souligné l’unique élément de preuve qui pourrait s’avérer direct. Dans un témoignage contredit par M. Volker, M. Sondland a déclaré qu’on lui avait dit qu’une réunion de la Maison-Blanche entre MM. Trump et Zelensky était conditionnée par des enquêtes.

« Vous voulez être la risée de l’histoire pour avoir voulu destituer un président des États-Unis parce qu’il n’a pas participé à une réunion ? » demanda Mike Turner. « S’il vous plaît, essayez donc. »

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