Deuxième semaine du confinement en France : l’arrivée de la vague ?

Édito
Par Aurelien Girard
22 mars 2020
Mis à jour: 23 mars 2020

La première semaine de confinement en France a vu la population osciller entre décontraction et agacement. Agacement face aux « irresponsables » en promenade de groupe, face aux braquages par des voyous des maigres stocks de masques médicaux, face à toutes les formes d’égoïsme. Et décontraction parce que, hormis pour le personnel hospitalier qui est au cœur de la réponse à la crise, l’atmosphère printanière laisse encore penser à beaucoup que tout n’est pas si grave. Cette deuxième semaine confinée en réponse à l’attaque du virus de Wuhan (Covid-19) pourrait faire monter d’un cran les inquiétudes – avec deux vagues successives.

La météo hexagonale de ce virus qui contamine le monde passe par l’observation de l’accumulation des nuages sombres en Italie.  Car la France suit jusqu’à maintenant, avec un peu plus d’une semaine de décalage, la situation de la péninsule. Si ce baromètre continue d’être fiable, il faut donc s’attendre, dans les prochains jours, à constater plusieurs centaines de décès par jour dans le pays à cause de ce virus que de nombreux Chinois appellent maintenant « le virus du Parti communiste. »

Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a annoncé, dans la nuit du samedi 21 au dimanche 22 mars, la fermeture de « toute activité de production sur le territoire non strictement nécessaire. » Car jusque-là, près de 40% des travailleurs italiens ont maintenu leur activité. En Lombardie, les services funéraires commencent à être débordés et le secours de l’armée a dû être demandé pour évacuer et incinérer les corps. En France, où une centaine de personnes décède chaque jour, les sanctions en cas de non-respect du confinement sont alourdies et peuvent aller jusqu’à 6 mois de prison pour les récidivistes.

Une situation « grave », mais pourquoi ?

De nombreux médecins, certains parmi les plus renommés, ont depuis le début du mois de février appelé le virus de Wuhan une « grippette ». Le plus tonitruant d’entre eux est bien sûr le Dr Didier Raoult, de Marseille, promoteur de l’utilisation de la chloroquine comme thérapie pour les formes modérées de la maladie.   La situation « de guerre » que la France doit affronter, semble donner tort à tous ces grands experts et offrir une raison de plus pour douter du pouvoir prédictif de la science. Pourtant, les connaissances sur le coronavirus sont globalement identiques aujourd’hui à ce qu’elles étaient il y a un mois : pour la plupart des personnes, le virus de Wuhan est assez peu dangereux. Ce qui a modifié la perception politique de l’épidémie est sa diffusion extrêmement rapide dans le pays, qui condamne l’ensemble des forces médicales réunies à ne bientôt plus pouvoir gérer l’afflux croissant de ces cas graves. La grippette a grossi.

Deux vagues successives à venir, la seconde bien pire que la première

Si pour le public général la première semaine de confinement a ressemblé à ce moment de retrait des eaux qui précède l’arrivée d’un tsunami, la montée de la vague qui devrait frapper dans les jours à venir va modifier les perceptions. Elle atteindra d’abord principalement les hôpitaux, l’essentiel de la population n’en saura donc que ce qui sera rapporté par les chaînes d’information. Ce seront probablement des images de soignants et de famille en larmes, des couloirs d’hôpitaux bondés, des corps qui, peut-être comme en Italie, s’accumuleront et devront être évacués avec le secours de l’armée.

Mais la seconde vague, quand le virus changera de combat, risque d’être pire : Si Covid réussit à envahir nos esprits et les transformer par la peur, ce ne sera alors plus la pneumonie qui représentera le vrai danger mais notre irrationalité. Qui sombrera alors dans la psychose ? Qui produira les anticorps de la raison et s’interrogera sur les raisons profondes de cette « guerre » que mène le virus de Wuhan contre nous ?

Cet événement historique met chacun à l’heure du choix de ce qu’il est – et de ce en quoi il croit : pendant la première semaine du confinement, certains ont applaudi les médecins tous les soirs depuis leur balcon tandis que d’autres organisaient le braquage des maigres stocks de masques chirurgicaux, indifférents au fait qu’ils empêchaient de protéger ceux qui en avaient vraiment besoin. Certains ont apporté nourriture et cadeaux dans les hôpitaux, gardé les enfants des soignants, quand d’autres ont voulu expulser de leur voisinage le personnel soignant pour ne pas risquer d’être contaminés. Certains organisent des chaînes de soutien pour les plus faibles, d’autres pillent les magasins d’alimentation pour finalement jeter la nourriture achetée en trop grande quantité et rapidement avariée.

Au niveau étatique aussi, quand certains couvrent leur responsabilité par une campagne de propagande sur le « soutien » qu’ils apporteraient à l’Europe, d’autres comme l’Allemagne ouvrent des chambres pour les malades français d’Alsace et de Lorraine. Et quand certains prétendent en dépit de tous les éléments factuels n’avoir plus ni décès ni contagion, d’autres comme l’Italie assument leur situation et informent de manière transparente le monde pour lui permettre de se préparer.

Le pire, sauf si ?

La première vague monte déjà ; au mieux des connaissances actuelles nous devrons l’affronter… mais sa gravité n’est pas encore certaine. Certes, le nombre de contaminations rapportées en France croît plus vite qu’en Italie (3,4 fois plus de cas en une semaine, contre 2,7 en Italie). Mais il est plus faible qu’aux États-Unis et dans la plupart des autres pays européens dont l’Allemagne, l’Espagne, le Royaume-Uni et même la Suisse. La violence du choc est peut-être aussi plus grande pour la population italienne, la deuxième plus âgée au monde après la population japonaise.

Ce que sera la seconde vague dépendra de nous. Le pasteur Thiebault Geyer, du mouvement évangélique qui a involontairement accéléré la diffusion du virus dans l’Est de la France, a cette semaine exprimé son sentiment de culpabilité devant les confrères de BFM et du Point : « Alors que le virus n’était pas du tout en France et qu’on en parlait en Chine, on en a parlé légèrement. Je voudrais demander pardon. Pardon d’avoir pris à la légère cette crise. Pardon d’avoir regardé légèrement tous ces articles qui essayaient de nous alerter. Je n’ai pas su écouter. Pardon à Dieu pour mon égoïsme. »

C’est une parole de croyant – quelle que soit notre croyance ou notre éthique, la véritable question que pose le virus de Wuhan est peut-être celle, fondamentale, de notre humanité. Lorsque les Chinois de Wuhan et de toute la province du Hubei ont subi l’épidémie, amplifiée par le fait que le régime l’a dissimulée pendant presque trois mois, personne ou presque n’a réagi. Ceux qui l’ont fait ont été accusés d’exagération ou d’être ‘anti-Chine’. Auparavant, quand étaient transmises les preuves des assassinats de masse de prisonniers de conscience dans le même pays, personne ou presque n’avait non plus réagi.  Chacun s’est occupé de soi, a fermé les yeux, et a continué à commercer avec le pire des régimes, construisant ainsi sa propre dépendance et soumission.

Aujourd’hui que tout arrive ici, comprendrons-nous que cette crise a des causes plus profondes que le hasard des zoonoses ? Cette épidémie, bien sûr, passera. Elle aura alors montré ceux qui parmi nous savent encore être humains… et ceux qui ne le savent plus.

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