La diminution rapide de la main-d’œuvre en Chine va bouleverser son statut d’usine mondiale

Par Gao Zitan et Luo Ya
22 mai 2021
Mis à jour: 22 mai 2021

Le marché du travail chinois subit des changements structurels, avec une diminution de la main-d’œuvre et une augmentation du coût du travail. Les jeunes hésitent à entrer dans les usines, et le marché international du travail se déplace vers l’Asie du Sud-Est et d’autres endroits. Certains analystes craignent que le statut de la Chine en tant qu’« usine du monde » ne prenne fin d’ici un an.

Selon le septième recensement national publié par les autorités chinoises, la population active de la Chine est en baisse. Les personnes âgées de 15 à 59 ans, qui représentent 63 % de la population totale, ont diminué de 7 points de pourcentage par rapport à la décennie précédente. En revanche, 18 % de la population totale, les personnes âgées de 60 ans ou plus, ont augmenté de 5 points de pourcentage par rapport à la décennie précédente.

Ren Zeping, économiste en chef chez Soochow Securities, a déclaré que les résultats du recensement indiquent que la population chinoise vieillit à une vitesse et à une échelle sans précédent, les baby-boomers du pays – nés entre 1962 et 1976 – quittant le marché du travail à un rythme accéléré. L’économie chinoise a beaucoup profité de ce supplément démographique par le passé. Toutefois, ce même groupe d’âge (60 ans et plus) prendra sa retraite dans un avenir proche.

La Chine comptait 286 millions de travailleurs migrants en 2020, soit 5 millions de moins que l’année précédente, selon le Rapport sur la surveillance et l’enquête sur les travailleurs migrants publié par le Bureau des statistiques du régime en 2020. Parmi eux, les travailleurs migrants occupant des emplois dans le secteur manufacturier représentaient 27 %.

Les données statistiques ont montré que de 2008 à 2018, le nombre de travailleurs migrants dans les emplois manufacturiers de la Chine a diminué à un taux annuel moyen de 2,8 %.

Selon M. Ren, au cours des 5 prochaines années, la Chine sera non seulement confrontée aux problèmes du vieillissement de la population, de la diminution du nombre d’enfants dans chaque ménage et du fait que les jeunes ne se marient pas, mais elle connaîtra également une croissance démographique négative. C’est l’un des plus grands dangers qui pèsent sur le développement économique et social de la Chine.

La forte baisse de la population active remet directement en cause le statut de la Chine en tant qu’usine du monde.

Augmentation du coût de la main-d’œuvre

La diminution de la main-d’œuvre entraîne directement un changement dans l’offre et la demande du marché. Les augmentations de salaire des ouvriers sont également inévitables. En outre, le Parti communiste chinois a imprimé davantage de billets de banque ces dernières années, ce qui a entraîné une grave inflation. Le coût de la vie, tel que l’habillement, la nourriture, le logement et le transport, étant de plus en plus élevé, le coût de la main-d’œuvre a naturellement augmenté lui aussi.

Selon les données publiées par le Bureau chinois des statistiques le 30 avril, les travailleurs migrants occupant des emplois dans le secteur manufacturier ont gagné en moyenne 637 $ (523 €) par mois en 2020, soit une augmentation de 21,50 $ (18 €) soit une augmentation de 3,5 % par rapport à l’année précédente, ce qui en fait le secteur qui connaît la plus forte croissance. En 2006, le revenu mensuel moyen des travailleurs migrants travaillant dans le secteur manufacturier ou dans les villes était de 150 $ (123 €). Le salaire mensuel ayant à peu près quadruplé en 15 ans, le coût de la main-d’œuvre des entreprises manufacturières a également augmenté.

Wang Jinqiu, un dirigeant d’entreprise basé à Shanghai, a dit à Epoch Times que le coût élevé de la main-d’œuvre représentait une grosse dépense pour les entrepreneurs chinois. Les employeurs sont également tenus de fournir aux travailleurs des assurances et des pensions essentielles, ce qui représente environ un tiers de leur salaire. Par exemple, pour un travailleur qui gagne 777 dollars par mois, l’employeur doit payer environ 200 dollars de frais divers en plus de la contribution propre du travailleur au système de sécurité sociale, ce qui rend le coût de l’emploi très élevé pour les propriétaires d’entreprises.

Les jeunes hésitent à faire carrière dans les usines

Une autre réalité qui affecte le marché du travail en Chine est que les jeunes d’aujourd’hui sont réticents à travailler dans les usines.

La plupart des jeunes d’aujourd’hui sont le seul enfant de leur famille. Beaucoup sont très instruits et n’ont guère envie de travailler comme cols bleus. Même ceux des zones rurales ne sont pas prêts à quitter leur ville natale et leurs parents pour travailler dans des endroits où les horaires sont longs, la sécurité minimale et l’environnement médiocre.

Le média chinois Caijing a également rapporté que l’industrie manufacturière perdait de son attrait pour les jeunes. Davantage de jeunes préfèrent travailler dans leur ville natale dans des industries de services émergentes telles que la livraison de nourriture, la conduite de taxi, la livraison express et la diffusion en direct, qui offrent à la fois flexibilité et revenus rapides.

En 2020, 170 millions de travailleurs migrants ont quitté leur domicile, soit 5 millions de moins que l’année précédente, indique Caijing dans son rapport. Le Zhejiang, le Jiangsu, le Guangdong et d’autres grandes provinces manufacturières, qui connaissaient autrefois un afflux important de travailleurs étrangers, sont désormais confrontés à des « difficultés de recrutement » et à une « pénurie de main-d’œuvre ».

Dong Sheng, propriétaire de Guangzhou Renyi Labor Dispatch Co, a déclaré à Caijing qu’en 2006, les entreprises pouvaient « en trouver autant qu’elles le voulaient » grâce à son service de répartition de la main-d’œuvre, mais à partir de 2019, trouver des travailleurs est devenu plus difficile chaque année. L’année dernière, plus de 200 personnes étaient embauchées par jour, mais à la fin du mois d’avril de cette année, ce nombre était tombé à environ 70.

Afin de recruter des travailleurs qualifiés, les employeurs de Guangzhou étaient prêts à s’aligner dans les rues et à brandir des pancartes, en attendant que les travailleurs les sélectionnent. Ce geste était considéré comme inhabituellement humble de la part de ces propriétaires d’entreprises, ont rapporté les médias chinois.

Le marché international du travail se déplace vers l’Asie du Sud-Est et d’autres endroits

Ces dernières années, les entreprises étrangères ont quitté la Chine en masse et déplacé leurs usines vers les pays d’Asie du Sud-Est. Panasonic, par exemple, va fermer son usine de batteries sèches à Shanghai et transférer une partie du travail dans ses usines d’Amérique centrale pour le marché nord-américain. Sony a déplacé son usine de smartphones de Pékin à la Thaïlande. Apple déplace 8 usines de fonderie de la Chine vers l’Inde. Samsung a fermé des usines en Chine qui fabriquent des téléphones, des ordinateurs et des téléviseurs et les a déplacées au Vietnam. Auparavant, Nike, Adidas, Uniqlo, Muji et d’autres marques internationales avaient déplacé leurs usines au Cambodge, au Vietnam, en Indonésie, au Bangladesh et dans d’autres pays.

Selon Caijing, un président d’une entreprise du Zhejiang s’est rendu en Ouzbékistan en 2019 pour étudier l’environnement d’investissement du pays pour l’industrie manufacturière. Il a constaté qu’il pouvait bénéficier de politiques préférentielles sur les terrains, les usines, les taxes et d’autres aspects s’il investissait en Ouzbékistan. Le salaire mensuel de chaque employé local est d’environ 155 dollars, et « ils sont également très compétents et peuvent faire des heures supplémentaires tous les jours ».

En économie, lorsque la main-d’œuvre excédentaire d’un pays disparaît, entraînant une forte hausse des salaires, on parle de « tournant de Lewis ». De nombreuses entreprises étrangères ont repéré le « tournant de Lewis » en Chine et délocalisent rapidement leurs sites de production.

La société japonaise Daiwa Securities a prédit que la Chine perdra son statut d’usine du monde au plus tard en 2022.

Zhang Jinglun, un chercheur américain spécialisé dans la finance, les affaires et l’économie, a dit à Epoch Times que la dégradation de l’environnement économique et l’exode massif des usines de fabrication entraîneront une armée de chômeurs – ce qui réduira les coûts de main-d’œuvre – mais qu’une main-d’œuvre en diminution et une société vieillissante pèseront également sur l’économie, créant un cercle vicieux.

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