Fuite de documents : le régime chinois censure à grande échelle les informations sur l’épidémie de peste porcine

Par Nicole Hao
23 octobre 2020
Mis à jour: 24 octobre 2020

Une série de documents internes provenant des autorités chinoises chargées de la censure a révélé comment des trolls Internet sont mobilisés pendant les périodes où la publicité est mauvaise pour manipuler l’opinion publique en faveur du régime chinois.

Les archives de la division de Luoyang de l’Administration du cyberespace – la principale agence de censure du Net en Chine – montrent que les autorités ont engagé des trolls pour rédiger des articles sur les médias sociaux afin de faire l’éloge des autorités. Les documents ont été transmis au journal Epoch Times par une source fiable.

Ces trolls ont été payés 11 ¥ (environ 1,37 €) pour chaque message qu’ils ont envoyé.

Modifier l’opinion publique

Luoyang est une ville située dans la province du Henan, au centre de la Chine.

À la mi-février 2019, un scandale de sécurité alimentaire a éclaté autour de la société Sanquan Food, basée dans le Henan. On a découvert que les boulettes de viande de la marque contenaient des traces du virus qui provoque la peste porcine africaine (PPA).

La peste porcine africaine a fait son apparition parmi la population porcine chinoise en août 2018 et s’est rapidement répandue dans tout le pays. La peste porcine africaine est mortelle pour les porcs, mais on ne sait pas si elle affecte les êtres humains. Le bétail est généralement abattu afin d’empêcher la propagation de la maladie.

De nombreux agriculteurs chinois utilisent les selles humaines comme engrais pour la terre. Si elles contiennent des virus actifs de la peste porcine africaine, elles peuvent polluer les sources d’eau et potentiellement propager la maladie à un plus grand nombre de porcs.

L’information sur les boulettes de viande contaminées s’est rapidement répandue sur les plateformes de médias sociaux chinois, forçant les autorités à admettre publiquement l’incident.

Le 16 février 2019, toutes les épiceries en ligne et physiques du pays ont retiré les boulettes de viande de Sanquan de leurs rayons.

Selon l’administration du cyberespace de Luoyang, des trolls en ligne engagés ont tenté de manipuler l’opinion publique à la suite du scandale alimentaire de Sanquan.

Un troll portant le surnom de « Qingqi Suoyou » a déclaré : « Depuis la première épidémie de peste porcine africaine il y a environ cent ans, aucun être humain n’a été infecté par le virus de la peste porcine africaine. Le virus de la peste porcine africaine n’affectera donc pas les produits à base de porc. Vous pouvez manger la viande et les produits dérivés. »

Capture d’écran d’un commentaire posté par un troll recruté, pour contrer les nouvelles négatives concernant les produits de porc d’une entreprise alimentaire chinoise contenant le virus de la peste porcine africaine. (Capture d’écran fournie au journal Epoch Times)

Un autre troll recruté, nommé « Ruguo », a déclaré : « Le virus de la peste porcine africaine meurt à haute température. Vous pouvez manger [les boulettes] en les faisant cuire complètement. »

D’autres ont essayé de dédramatiser les nouvelles en les transformant en rumeurs. Un troll engagé sous le nom de « Qinghe » a déclaré : « Ne croyez pas aux rumeurs et ne répandez pas les rumeurs. Toutes les grandes entreprises peuvent retracer la provenance des matières premières qu’elles utilisent. »

Certains ont tenté de profiter de cette occasion pour faire l’éloge des autorités.

Le troll « Kantaiyang » a écrit : « Notre pays considère toujours la sécurité alimentaire comme quelque chose de très important. Je crois que le gouvernement donnera une réponse à notre peuple [sur la source du virus]. »

« Hai’ai » a publié : « Nous ne pouvons pas douter du fait que la Direction nationale chinoise des aliments et des médicaments et Sanquan Food soient proactifs face à ce problème. La chose la plus importante est de résoudre le problème. Nous ne devrions pas remettre en question les choses et devrions attendre tranquillement. »

À ce jour, les autorités locales et Sanquan Food n’ont pas encore expliqué comment le virus est arrivé dans les produits alimentaires. Plusieurs semaines après l’apparition du scandale, Sanquan a tranquillement recommencé à vendre ses boulettes de viande.

Une copie des dossiers de la ville de Luoyang d’août à décembre 2019, contenant des informations sur les cyber-censeurs embauchés et la rémunération qu’ils ont perçue. Les noms ont été expurgés afin de protéger leur vie privée. (Document fourni au journal Epoch Times)

Les personnes recrutées ont également supprimé les messages des médias sociaux qui ne correspondaient pas à la version officielle, à savoir que le gouvernement local et Sanquan Food faisaient du bon travail pour contenir l’épidémie.

Messages de censure

L’administration du cyberespace de Luoyang a également fait part de ses « réalisations » aux autorités municipales dans un ensemble de documents datés du 15 août 2016.

L’administration a expliqué qu’elle a classé les différents sites web et plates-formes en ligne qu’elle surveille : « censure manuelle », « censure automatique » et « censure manuelle + automatique ».

La liste des sites web et des plates-formes que l’administration du cyberespace de Luoyang surveille. La feuille du tableur contient également des informations sur le nombre de cyber-censeurs chargés de cette tâche et sur les types de surveillance (manuelle, automatique ou les deux) nécessaires. Les informations personnelles ont été expurgées. (Document fourni au journal Epoch Times)

Dans la première catégorie, les cyber-censeurs examinent manuellement toutes les publications sur les plates-formes et sites web relativement actifs et importants.

La censure « automatique » serait appliquée aux sites web de petite taille et aux plates-formes de médias sociaux moins actifs, comme Yiyang Online, une plate-forme destinée aux habitants du comté de Yiyang, de la ville de Luoyang. L’administration utiliserait une technologie d’intelligence artificielle (IA) pour filtrer et surveiller les messages.

Pour les sites web et les plates-formes de médias sociaux de taille moyenne, l’administration utiliserait une combinaison de censure « manuelle + automatique » : les messages seraient principalement filtrés par la technologie de l’IA, mais des spécialistes de la censure recrutés surveilleraient les messages pour s’assurer qu’aucune « information préjudiciable » n’est publiée.

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