[Édito] Éric Zemmour prépare son passage du pont d’Arcole

Par La Rédaction
11 juillet 2021
Mis à jour: 18 juillet 2021

Le populaire et controversé polémiste, dont les interventions font le bonheur et les scores d’audimat de la chaîne CNews, aurait pris la décision de franchir un cap en se présentant à l’élection présidentielle française de 2022.

La sphère médiatique s’emballe devant la possible transformation en homme politique de l’essayiste à succès ; le Point assure que sa candidature serait un cadeau fait à Emmanuel Macron puisqu’elle siphonnerait des voix aujourd’hui acquises, par défaut, à Marine Le Pen ou au futur représentant des Républicains. Pour l’hebdomadaire Marianne par contre, la candidature Zemmour « inquiète la Macronie », peut-être parce que le débatteur serait, sur un plateau, un adversaire autrement pugnace pour le président sortant que les actuels candidats pressentis, tous prisonniers de leur langage de parti. Valeurs Actuelles poursuit en offrant sa Une aux « secrets d’un candidat » tandis que Paris Match affirme la décision du journaliste déjà prise, et prouvée par la décision de son éditeur, Albin Michel, de mettre fin à leur collaboration. On n’attendrait plus maintenant que la date-symbole du 11 novembre pour une annonce officielle, théâtralisée et soutenue par la création d’un mouvement-parti dont beaucoup croient savoir qu’il s’appellera Vox Populi, la voix du peuple.

Plusieurs éléments de l’hypothèse Zemmour sont d’un intérêt sociologique qui dépasse le seul phénomène d’émergence d’un candidat non issu de la fermentation interne des partis :  Éric Zemmour est violemment et frontalement opposé à l’Islam ; il n’hésite pas à défendre des personnages que l’histoire a décrétés indéfendables, comme le maréchal Pétain, dont le seul nom évoque la collaboration avec le régime nazi ; il peut, tout aussi frontalement, affirmer que la majorité des criminels en France sont « noirs ou arabes. » Si le mouvement qui doit le porter s’appelle bien Vox populi, il fait de plus symboliquement un appel à la France « d’avant » – celle qui a précédé la révolution culturelle qu’a été mai 1968 ; la France de l’ordre ancien … et des messes en latin.

Autrement dit, le possible candidat assume les principaux traits de la caricature que les oeuvres artistiques et l’éducation nationale, massivement influencés par le progressisme et l’idéologie de gauche soixante-huitarde, ont donné aux gens de droite conservatrice, des « collabos », des « fachos » et des « cathos ».  La France du général  De Gaulle, dans cette caricature, a elle aussi l’image rétrograde d’un monde inculte que ne devraient pouvoir regretter que des décatis aigris – avec la mort desquels les souvenirs du vieux monde s’évanouiront.

Il est donc proprement fascinant de voir, avec Éric Zemmour, des  valeurs oubliées voire conspuées devenir un programme politique. On s’attend presque à un slogan de type « travail, famille, patrie » tant son bonapartisme est revendiqué et attaque sous tous les angles le politiquement correct : le programme d’Éric Zemmour a démarré par des coups de masse contre le règne du dire commun et de « l’acceptable. » Si on repense aux plus grandes controverses qu’il a déclenchées, il disait vrai en affirmant que la majorité des criminels en France sont – tout en étant Français – « noirs ou arabes. » Cette vérité est depuis des années inacceptable dans tout discours public, elle est même intentionnellement dissimulée pour éviter un stigma racial et l’augmentation des tensions entre communautés. Éric Zemmour semble vouloir affirmer qu’on ne guérit pas les maux par le silence. Une des grandes questions va être de savoir si, dans sa volonté encyclopédique, il sera assez complet pour rappeler aussi que la majorité des Français socialement défavorisés, parqués dans des cités, sont « noirs ou arabes. » Ceci permettrait de tracer une voie de justesse évitant les erreurs de l’angélisme et de l’auto-flagellation sur le passé colonial français autant que le rejet haineux et ignorant de tout ce qui se rapproche du « noir » ou de l’ « arabe. »

Les sondages, avec leur fiabilité limitée, créditent aujourd’hui Éric Zemmour de 5% des intentions de vote. Sur CNews, Robert Ménard anticipe un plantage : Zemmour « fait une énorme bêtise avec cette aventure. Je le lui ai dit. On ne confond pas un journaliste utile talentueux avec un homme politique, c’est pas les mêmes qualités ». On a, cependant, vu des « manias » temporaires faire grimper en flèche des popularités en l’espace de quelques mois. Est-ce un de ces courants d’air ascendants que le parapentiste Zemmour pense pouvoir exploiter ?  Ou bien son véritable programme est-il de planter en 2022 une banderille dans la structure du paysage politique français pour – après le nouvel échec anticipé de la droite et du Rassemblement National – construire d’ici à 2027 un bloc de droite conservatrice rassemblant tous les patriotes libéraux, de Marion Maréchal-Le Pen au Général de Villiers en passant par Nicolas Dupont-Aignan ?

Il reproduirait alors bien l’aventure du passage du pont d’Arcole où celui qui n’était pas encore Empereur, s’il eut l’audace de faire la moitié du chemin drapeau à la main, ne passa pas le pont et fut sauvé par ses troupes. La victoire de l’armée de France, plus tardive, fut permise par une ruse militaire déstructurant la défense ennemie et par la moins flamboyante découverte, par le général Massena, d’un passage à gué. L’histoire commune n’aura gardé que le pont, et le drapeau.

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