[Édito] Les leçons des grands cycles

Par La Rédaction
29 août 2021
Mis à jour: 29 août 2021

Le Covid-19 a irrémédiablement bouleversé les certitudes et la confiance dans une science capable de comprendre et prévenir les grands phénomènes. Les différentes rumeurs fantastiques qui, mois après mois, agitent les esprits et les réseaux sociaux en suivant une relation inversement proportionnelle à leur pertinence illustrent puissamment à quel point la recherche d’explications et de nouveaux repères est devenue une question de survie psychologique. Comme si tout valait mieux que d’accepter notre incapacité à comprendre, à prévoir, à maîtriser. Après deux siècles de positivisme et de tentatives de mise en équations du monde visible, il faut aujourd’hui apprendre à vivre avec, et apprivoiser, un monde incertain. Partout et dans à peu près tous les domaines, celui-ci semble avoir décidé de nous dessiller et de nous mettre face au fait que, petits et fragiles, nous affirmons tout alors que nous ne comprenons rien.

Mais qu’il est déstabilisant de devoir accepter que la connaissance scientifique n’offre pas plus de protection que l’armure en carton d’enfants jouant à la guerre ! L’actualité scientifique de l’été en a apporté de nouvelles illustrations : un article très relayé de la prestigieuse revue scientifique Nature constate que le Gulf Stream faiblit « plus vite que prévu. » Ceci n’a l’air de rien sans la connaissance du fait que ce courant marin chaud est le garant de notre mode de vie actuel. De l’Atlantique  Sud, il fait remonter vers les côtes européennes une eau chaude qui tempère notre climat, permet notre agriculture, crée cette « douceur angevine » des climats océaniques, dont Du Bellay avait la nostalgie. En une phrase, le discret gulf stream, des profondeurs de l’Atlantique jusqu’à sa surface, est le réservoir de la douceur, le bon génie de la régulation du climat dans notre hémisphère. Si l’on savait qu’il connait un cycle de plusieurs milliers d’années, on ignorait avec quelle rapidité celui-ci pouvait changer : les scientifiques parlent aujourd’hui « d’effondrement. » La fonte accélérée de la banquise et l’eau douce que celle-ci libère dans les océans seraient l’explication de ce phénomène non anticipé.

Autre cycle des courants, dans le Pacifique cette fois-ci : El Nino (le chaud) et la Nina (le froid), dont le ballet bien orchestré a été régulier pendant les dix mille dernières années, pourraient prochainement « disparaitre », croient une équipe de chercheurs internationaux dont les super-ordinateurs ont réalisé des calculs intensifs sans précédent en météorologie. Les conséquences mondiales seraient, là aussi, majeures.

Toujours cet été, de nouvelles données ont montré que les inversions de champ magnétique terrestre sont des phénomènes cycliques, réguliers et d’une période de l’ordre de la centaine de millions d’années. Grand mystère autour des lois gérant ce phénomène. Mais ce champ magnétique, outre son intérêt pour nos boussoles, protège surtout la terre des radiations cosmiques. Or, il « perd le Nord » indique National Geographic en citant plusieurs travaux scientifiques décrivant son déplacement « accéléré et inexpliqué. »

Les cycles de l’eau, de l’air, du ciel suivent donc des lois trop complexes pour être saisis comme on le fait en calculant les trajectoires des corps célestes. Toutes ces informations cumulées sur une accélération incompréhensible de grands phénomènes célestes ou terrestres pourraient stimuler chez certains la recherche d’une cabane dans les bois et chez d’autres une envie de construction d’éoliennes. Si pourtant certains de ces phénomènes sont, comme on le suppose, liées à l’activité de l’homme, il est sans doute trop étroit de ne voir comme solution que la gestion des émissions CO2. La pollution des sols, des rivières, des corps, des esprits, sont autant d’autres manifestations de la perte de boussole morale du monde moderne. Les anciens Chinois comprenaient les grands cycles comme faisant partie des mécanismes métaboliques d’un univers vivant. Penser que les phénomènes actuels seront forcément catastrophiques est un hypothèse qui frappe l’imaginaire. Mais que savons-nous de ce que sera la réalité de demain ? Passée l’illusion de vouloir enfermer le monde dans la technologie, le temps pourrait venir d’apprendre à le respecter et de reprendre notre place dans le flux des choses. Ceci implique ce qu’un esprit scientifique appellera de la pensée magique : accepter qu’une logique supérieure s’applique, que l’on peut entrevoir en s’imprégnant de la sagesse des anciens. Avec vérité et tradition.

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