Élections européennes 2019 : la désinformation aurait influencé la moitié des électeurs

Les défenseurs de la liberté d'expression avertissent du risque de censure
12 mai 2019 Mis à jour: 12 mai 2019

BRUXELLES — Des experts d’internet tirent la sonnette d’alarme et avertissent que près de la moitié des Européens pourraient avoir été influencés, via les réseaux sociaux, par des campagnes de désinformation lancées par des forces étatiques.

Dans son nouveau rapport, la société SafeGuard Cyber ​​divulgue la preuve du travail de 6 700 « mauvais acteurs » liés au gouvernement russe, qui ont publié suffisamment de contenu pour toucher jusqu’à 241 millions d’utilisateurs dans toute l’Europe.

Les chercheurs soulignent que les réseaux de « robots » qui diffusent de fausses informations sont de plus en plus sophistiqués, les messages étant désormais adaptés aux différents pays de l’Union Europénnes et livrés dans plusieurs langues.

Ils ont en particulier découvert que des comptes liés au Kremlin ajoutent activement à la « confusion » liée au Brexit au Royaume-Uni, tout en « poussant et amplifiant dans d’autres États membres de l’UE les contenus encourageant d’autres sorties de l’Union. »

Le rapport recommande que l’U.E se dote d’un nouveau « centre d’excellence doté d’analystes » en réponse aux nouvelles menaces de désinformation.

« Ce rapport souligne les dangers de la désinformation en ligne. Les acteurs malveillants, qu’ils soient gouvernementaux ou non, n’hésiteront pas à utiliser Internet pour tenter d’influencer nos processus démocratiques et s’ingérer dans leurs processus », commente Julian King, commissaire européen à la Sécurité.

Les politiciens européens ont à plusieurs reprises laissé craindre que les élections européennes, qui se dérouleront du 23 au 26 mai, pourraient subir des ingérences organisées à un niveau industriel par la Russie et d’autres rivaux mondiaux, tels que la Chine.

Les hauts responsables de l’UE sont déjà aux prises avec des géants des médias sociaux, tels que Facebook, Google et Twitter, pour ce qu’ils perçoivent comme une réponse inadéquate à la propagation de fausses informations et de contenus terroristes.

Guy Verhofstadt, le chef du groupe libéral paneuropéen, a averti que les géants de la technologie subiraient des conséquences législatives si la désinformation affectait l’issue des élections européennes.

« La désinformation fait partie de la guerre de Poutine contre les démocraties européennes, contre notre sécurité et contre notre mode de vie », a déclaré l’ancien Premier ministre belge en réaction au rapport. « Cet assaut pervers sur nos valeurs ne peut pas continuer. Les grandes plates-formes Internet doivent être tenues pour responsables de toute défaillance constatée lors des élections européennes de 2019. »

En mars, le Parlement européen a adopté une résolution appelant à de nouvelles lois pour « permettre une réponse ferme » aux propagandes étatiques, notamment par des sanctions sévères à l’encontre des entreprises de médias sociaux qui ne parviennent pas à supprimer rapidement ces contenus.

Dans leur rapport, les députés ont explicitement critiqué la Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du Nord pour leurs tentatives de plus en plus agressives de « saper les fondements et les principes des démocraties européennes ».

Cependant, certains politiciens conservateurs et militants de la liberté d’expression craignent que des actions précipitées dans la lutte contre la désinformation ne conduise à de mauvaises lois qui ouvriraient la porte à la censure de certaines opinions.

« Trop souvent, la législation se concentre sur les arbres, pas sur la forêt. Cela risque fort de ne pas être pertinent, voire d’aggraver les causes profondes du phénomène des fake news », déclare Alberto Alemanno, professeur de droit européen à l’école de commerce HEC Paris, selon The Guardian.

Le politicien britannique Nigel Farage, qui a été l’une des personnalités militant pour le Brexit, a averti que le débat autour des fake news est exploité par les hommes politiques européens pour bloquer les points de vue de droite sur les médias sociaux.

S’adressant au dirigeant de Facebook, Mark Zuckerberg, devant le Parlement européen en 2018, il déclarait: « Je parle des personnes qui ont des opinions majoritaires et, franchement, je pense qu’elles font l’objet d’une discrimination volontaire. »

« Ce qui m’intéresse est donc : qui décide de ce qui est acceptable? … Je ne suis généralement pas quelqu’un qui réclame une législation sur la scène internationale. Je commence pourtant à me demander si nous avons besoin d’une charte des droits des médias sociaux pour protéger fondamentalement la liberté d’expression. »

Un point de vue défendu le même jour par Nicolas Bay :

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