Emmanuel Macron, Alain Juppé… les outsiders vont-ils mener le jeu ?

13 octobre 2015
Mis à jour: 18 octobre 2015

L’institut Elabe a réalisé un sondage pour Les Échos dans lequel il apparaît qu’Alain Juppé, Emmanuel Macron et François Bayrou se partagent le podium des personnalités politiques préférées des Français – respectivement 48%, 37% et 35% d’opinions favorables. L’enquête pointe également la dégradation de la popularité du président, qui ne convainc que 22% des sondés, ainsi que de son Premier ministre (34% d’opinions positives).

Si les deux premiers favoris du classement se ressemblent malgré des expériences et des bords politiques différents, c’est d’une part parce qu’ils doivent faire face aux appareils politiques de leurs partis, et d’autre part parce qu’ils sont encore considérés comme outsiders.

« Saut générationnel » au PS

Contrairement à Manuel Valls, Emmanuel Macron n’a jamais été élu et n’a d’expérience au pouvoir que celle que le Premier ministre a bien voulu lui accorder. Sûrement un atout de choix pour le locataire de Bercy, qui peut se permettre ses prises de positions. Des confidences qui finissent souvent par être étalées aux quatre vents. Au point de susciter les crispations de Manuel Valls. « Il y a une grande fébrilité du Premier ministre sur le saut générationnel qui s’opère, ça hystérise totalement ses réactions », commente un proche d’Emmanuel Macron.

Au PS, la philosophie politique n’est pas le souci premier. Dans un milieu politique verrouillé par les discours bien pensants et la langue de bois, il n’en faut pas plus pour jouer l’agitateur : « Il nous manque un Roi », « il faut déverrouiller les 35 heures », le statut des fonctionnaires est « inadéquat »… Aucun des symboles socialistes n’est épargné par le ministre de l’Économie. Certains voient un esprit libre, d’autres un communiquant bien sûr de lui.

Dans une sortie récente, Emmanuel Macron qualifie le processus du suffrage parlementaire comme « le cursus honorum d’un ancien temps ». À quoi Manuel Valls a répondu : « L’expérience d’élu de terrain est irremplaçable ». À ceux qui en douterait, le ministre de l’Économie ne joue pas dans la même cour que ses pairs. Manuel Valls, qui doit rassembler la majorité derrière le gouvernement, ne dispose pas de la liberté de son ministre. « Macron veut montrer qu’il est le penseur de la nouvelle gauche moderne, mais, à ce jeu-là, Valls est beaucoup plus politique, Macron n’a aucune chance », déclare un ministre. L’effet de popularité du ministre de l’Économie franchirait difficilement les portes du siège de Solférino. Pour l’instant. Quand les journalistes demandent à Bruno Le Roux si ce dernier ne donne pas un coup de vieux aux grands pontes du PS, le patron du groupe socialiste à l’Assemblée acquiesce.

Alain Juppé, la « goutte qui fait déborder le vase » ?

Côté Républicains, celui qui fait figure de personnalité préférée des Français prépare ses réseaux. Samedi dernier, Alain Juppé réunissait ses comités de soutien à Paris, dont les représentants des 600 comités locaux établis par l’ancien Premier ministre dans toute la France. Une «étape importante de structuration», selon l’un de ses proches. Face à Nicolas Sarkozy, qui soumet ses propositions – dont la dernière en date, la réforme du code du travail – aux adhérents Républicains, Alain Juppé fait encore figure d’outsider.

« On ne me parle que de lui. Je ne suis pas le porte-voix des antisarkozystes », rouspétait-il récemment aux journalistes du Figaro. Pour éviter une nouvelle guerre fratricide avant les régionales de décembre, le maire de Bordeaux limite ses interventions au strict nécessaire. «J’ai ma théorie sur la goutte qui fait déborder le vase», répète-t-il à qui veut l’entendre. La stratégie de sa « start-up » politique ne prend pas le chemin des grands discours et autres effets d’annonces.

« Il faut sortir des clivages traditionnels », explique-t-il encore. L’opposition n’est pas le caractère premier de l’ancien Premier ministre, plus intéressé par le rassemblement que par la compétition. « Il a des compétences, de l’envergure », reconnaît Alain Duhamel, analyste politique à France Télévision. Mais il n’a ni la « spécialité » de la campagne, juge-t-il, « ni forcément le goût ».

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