[Édito] Emmanuel Macron foudroyé lors d’un concert électro (de trop)

Par La Rédaction
20 juin 2021
Mis à jour: 4 juillet 2021

La France épuisée, mais la France enfin déconfinée vit son premier moment d’union avec la fête de la musique. Géniale trouvaille de l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, celle-ci permet de rencontrer dans les rues des différentes villes le meilleur comme le pire – et bien souvent le pire – des tentatives artistiques de groupes musicaux méconnus. Malgré les exotismes de cette journée, cette fête de l’été est depuis plus de 30 ans un extraordinaire moment de rencontres, de partages et de rires pour tous les Français. Le précieux de ce moment porte, en 2021, une valeur cathartique encore plus importante qu’à l’accoutumée avec un soir qui enfin ne s’est arrêté ni à 21 h, ni à 23 h, et où les sourires ont été visibles ailleurs que dans les yeux.

La fête n’était cependant pas le tout de cette journée, qui a également assumé le rôle de plateforme d’expression politique, à moins d’un an de l’élection présidentielle. Les choix de programmation dans le palais de l’Élysée devaient dire « qui » est le président, à qui il parle, comment il voit le monde et quelle direction il entend donner au pays. La solennité du lieu, celle de la fonction, le fait que l’esprit de ce qui fait « la France » est censé vivre en ces murs aurait donc pu laisser espérer une programmation haute et solennelle, un rappel de la grandeur de la nation. Tout en célébrant la diversité des formes culturelles et en donnant un espace d’expression à tous, aux musiques urbaines, expérimentales ou militantes, l’exécutif aurait pu, dans le premier lieu du pays, faire le choix de la musique la plus exigeante, qui aurait symbolisé son ancrage, donné en modèle l’effort dans la recherche du beau, célébré la longueur et l’exigence de la formation artistique. Les concerts pop auraient davantage, comme toujours, attiré la foule. Mais on eut inspiré avec une direction haute.

Cette vision était trop simple : une nouvelle fois, la présidence de la République a offert en 2021 un concert « électro » porté par les presque fondateurs de la tendance, les compositeurs Jean-Michel Jarre et Cerronne. En 2018 au même endroit et toujours avec de l’électro, on avait vu le président et son épouse entourés d’hommes en talons aiguilles, vêtus de cuir et résille noire. Devant toute la presse, ces danseurs surexcités dont on apprenait qu’il s’agissait de DJ et d’artistes électro se contorsionnaient en tenues moulantes sur le perron de l’Élysée sur des paroles évoquant exclusivement haschich et parties génitales.

Certains alors considéraient la présidence Macron comme finie puisqu’elle jetait aux égouts, en même temps que la dignité du lieu, la promesse d’un pouvoir politique plus vertical et plus droit. Lui qui un an plus tôt avait provoqué la démission du chef d’état-major des armées, le général de Villiers, en le discréditant devant ses troupes pour rappeler aux militaires qu’il était leur chef et le gardien de la nation, devenait en une soirée le porte-parole exclusif du mouvement LGBTQ.

« C’est un classique de la communication politique sous la Ve République », tentaient alors d’expliquer les commentateurs, rappelant que le président Giscard d’Estaing était en son temps critiqué parce qu’il allait dîner chez les Français, et qu’il était donc rétrograde de ne pas voir dans les choix du président Macron un gage donné à la modernité et, par conséquence, la garantie d’emmener la nation vers des jours meilleurs.

C’est après le président Pompidou – Pompidou qui s’était donné pour plus grande transgression le fait de citer Éluard – qu’aurait commencé cette longue entreprise visant à faire des présidents des gens d’abord accessibles, puis normaux, et enfin des personnes qu’il est naturel d’insulter ou de gifler.

Faut-il être surpris de cette désacralisation progressive de la fonction, des haut-le-cœur que donne le monde politique quand on observe, avec chaque jour pire que le précédent, ce besoin de générer de la « sympathie » qui met les représentants de l’État dans une spirale de concessions à la dignité ? On a, progressivement, créé des lois non parce qu’elles étaient utiles mais parce qu’elles donnaient l’impression d’agir. La légion d’honneur a été attribuée à des stars de la musique pop, reçues à l’Élysée à l’égal de chefs d’État. Puis, des gamins populaires sur YouTube se sont invités dans le palais présidentiel, traitant le président comme leur égal, parlant de leur consommation de drogue en ne suscitant de lui qu’un rire amusé. Oubliait-il que celle-ci est illégale ou la fête de la musique 2018 avait-elle déjà tout rendu acceptable ? On a, enfin, pu amener dans les jardins de l’Élysée le groupe de hard rock « Ultra vomit » (ça ne s’invente pas), dont le concert de hurlements a été salué par un éloquent « putain » du président.

Pour avoir ainsi servi la grandeur de leur pays, les deux jeunes influenceurs sont maintenant invités dans les avions de la patrouille de France pour la cérémonie du 14 juillet ; leur portrait sera également affiché pendant le discours présidentiel, le même jour, sans doute pour évoquer à travers eux le souvenir des grands serviteurs de la nation.

Les déviances du besoin de popularité ont fait du travail pour être « président de tous les Français » une questionnable démarche de réponse à une tendance du marché. Il faudrait alimenter l’électeur-client de ce qui le distrait et l’amuse plutôt que de ce dont il a besoin. À la façon des algorithmes d’intelligence artificielle des réseaux sociaux qui enferment leurs utilisateurs dans le pire parce que le pire est populaire, Emmanuel Macron a entamé et poursuit sa course vers la popularité. Le « clic », la musique électro et la foi aveugle en la modernité ont foudroyé l’homme d’État.

Le Président est ainsi passé du « je suis votre chef » pour l’armée à un « je suis comme vous » pour la jeunesse des réseaux sociaux. Tout le cercle parisien continue d’assurer qu’il est un homme exceptionnellement brillant ; que son intelligence permet de concilier la capacité à gouverner et celle de parler aux nouvelles générations avec leurs modes de communication ; que c’est en cassant les codes et les standards de la politique qu’il a été élu et que de nouvelles « disruptions » pourraient lui valoir un nouveau mandat. Quelle différence immense pourtant entre celui qui, ministre de l’Économie, reconnaissait publiquement avoir fait une erreur d’analyse sur un dossier, la corrigeait, et l’homme d’aujourd’hui. Celui-là laissait présager un grand homme d’État. Celui-ci, harassé, navigue avec les outils des experts en communication, brille dans la technicité… mais ne réussit plus à dissimuler l’artifice. La communication non verbale l’emporte, et ceux qui espéraient un autre type de dirigeant ont devant les yeux un séducteur fatigué, et le goût amer de voir la France abaissée.

« Comprenne qui voudra ! Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d’enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés. »

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