En Espagne, agriculture et pêche mises K.O par le coronavirus

Par Epoch Times avec AFP
3 avril 2020
Mis à jour: 3 avril 2020

Le début du printemps est normalement prospère pour Sergio Gomez, exportateur de fraises du sud de l’Espagne, mais cette année la pandémie de Covid-19 perturbe complètement la récolte.

La demande a été divisée par deux, selon les syndicats agricoles et, en raison de la fermeture des frontières, seul un tiers des travailleuses saisonnières marocaines – qui effectuent l’essentiel de la cueillette – ont pu venir.

90% du marché européen en cette période 

« Tout le secteur est mort d’inquiétude » dans la région de Huelva, en Andalousie, qui fournit plus de 90% du marché européen à cette période de l’année, car la demande fait « les montagnes russes », explique Sergio Gomez, qui exporte 70% de sa production en France, en République Tchèque et en Pologne.

« Un jour, j’ai une commande et je dois faire une heure sup, le lendemain je me tourne les pouces », raconte-t-il.

-Jose Antonio Martin Ortiz Espagnol, propriétaire de la ferme Agromartin, regarde des saisonniers ramasser des fraises à Lepe, dans le sud de l’Espagne. Cependant à cause du confinement généralisé, l’absentéisme des salariés agricoles est important. Photo ABDELHAK SENNA / AFP via Getty Images.

« Le consommateur a complètement changé ses habitudes » et achète « tous les cinq à huit jours, voire dix jours », ce qui « plombe les ventes de nos produits » périssables, explique pour sa part Manuel Piedra, secrétaire général du syndicat UPA à Huelva.

En andalousie les producteurs résistent un peu mieux

Dans la province andalouse d’Almérie, les producteurs résistent un peu mieux, même si l’incertitude règne dans la « mer de plastique », où s’étendent à perte de vue les serres de culture intensive de fruits et légumes.

« Nous ne savons pas comment va réagir le marché, c’est une loterie », craint Juan Antonio Criado, sur le point de récolter ses pastèques, destinées principalement à l’Allemagne.

-Les pastèques sont traitées à l’usine de transformation Agrupa Ejido à Las Norias près d’Almeria, en Espagne. Photo par Denis Doyle / Getty Images.

L’absentéisme des salariés agricoles

Adoracion Blanque, dirigeante locale du syndicat Asaja, assure elle que la demande étrangère « est restée presque la même pour les légumes » mais s’inquiète en revanche de l’absentéisme des salariés agricoles en raison du confinement général.

Se voulant rassurant, le ministre de l’Agriculture, Luis Planas, a assuré que « tous les produits alimentaires arrivent (au consommateur) en quantité et en qualité absolument normale ».

Pour parer au manque de main-d’oeuvre dans le pays surnommé le « garde-manger de l’Europe » en raison de l’importance de ses exportations de produits agricoles, le gouvernement va débloquer 236 millions d’euros pour subventionner l’embauche de travailleurs locaux.

La pandémie affecte aussi l’élevage.

Gaspar Gonzalez, gérant de la coopérative Fovex Sat en Estrémadure (sud-ouest), attendait comme chaque année une équipe de travailleurs uruguayens pour tondre 100.000 moutons entre avril et juin. Mais ils arriveront au plus tôt en mai si les mesures extraordinaires destinées à lutter contre le Covid-19 sont levées.

Dommage, car les tondeurs uruguayens « donnent de très bons résultats ». Et il n’y a pas d’alternative locale, car « ici malheureusement ce métier a disparu », regrette-t-il.

-La transhumance du bétail en Espagne est une pratique traditionnelle utilisée par les éleveurs de moutons et de vaches pour trouver de meilleures conditions météorologiques et des pâturages naturels en hiver et en été pour leurs animaux. La transhumance contribue également à préserver les paysages naturels et à conserver sa biodiversité. Photo by Pablo Blazquez Dominguez/Getty Images.

Les prix de la viande s’effondrent de leur côté, en particulier l’agneau qui a perdu près de 40%.

Car la viande, comme le poisson, souffrent de l’absence de clients cruciaux: les bars et restaurants qui ont dû fermer.

« Tout se vend, mais avec des prix à la baisse », se désole José Malvido, un pêcheur de Galice (nord-ouest), qui a perdu presque la moitié de ce que lui rapportent normalement ses soles et ses turbots.

-Un pêcheur décharge les prises du jour dans le port de Bueu, dans le nord-ouest de l’Espagne, le 2 avril 2020. L’Espagne a imposé une interdiction à l’échelle nationale le 14 mars pour lutter contre le coronavirus, les gens n’étant autorisés qu’à aller travailler, acheter de la nourriture et des médicaments, chercher soins médicaux et promener brièvement leur chien. Photo par MIGUEL RIOPA / AFP via Getty Images.

90% des bateaux sont à l’arrêt en Méditerranée

Son épouse doit « beaucoup se déplacer » pour réussir à écouler toute la pêche, en la vendant par exemple à domicile à des personnes âgées, raconte-t-il.

Globalement, le poisson capturé par les bateaux espagnols dans les eaux européennes souffre « d’une baisse des prix supérieure à 50% », explique Javier Garate, président de l’organisation patronale Euro-pêche.

En Méditerranée, « plus de 90% des bateaux sont à l’arrêt » par peur de la contagion au sein des équipages manquant d’équipements de protection, explique Basilio Otero, président de la Fédération nationale de pêche artisanale.

Dans le golfe de Gascogne, la campagne du maquereau continue mais les prix ont fortement chuté.

Même hors d’Europe, les pêcheurs espagnols ont des problèmes: « au Pérou, la flotte avait accosté pour décharger  et ils se sont retrouvés coincés 15 jours dans un hôtel » en quarantaine, raconte M. Garat.

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