En Irak, la sécheresse pousse les agriculteurs à quitter les champs

Par Epoch Times avec AFP
14 novembre 2021
Mis à jour: 14 novembre 2021

La culture du blé, « c’est devenu une loterie », lâche Khamis Ahmed Abbas. Agriculteur dans le nord de l’Irak, il a abandonné ses terres devenues inexploitables à cause de la sécheresse pour tenter sa chance à Mossoul, grande ville la plus proche.

M. Abbas, 42 ans, voyait déjà venir le déficit en pluies depuis quelques temps dans la plaine de Ninive, au cœur du Croissant fertile, là où les hommes auraient découvert l’agriculture il y a 10.000 ans.

-Le producteur de blé irakien Khamis Ahmad Abbas lors d’un entretien dans un café de la vieille ville de Ninive le 9 novembre 2021. Photo de Zaid AL-OBEIDI / AFP via Getty Images.

Mais les champs à Ninive, au Kurdistan d’Irak voisin et en Syrie toute proche se sont progressivement asséchés l’été dernier pour ne plus ressembler qu’à des amoncellements de poussières impropres à la culture. Le mercure a dépassé les 50 degrés par endroits, des températures exceptionnelles, même pour l’Irak.

La pluie une grande absente dans la région

Un peu plus au nord-est de Ninive, le réservoir de Zawita est totalement à sec pour la première fois depuis sa mise en service en 2009, frappant de plein fouet des agriculteurs de la région.

« Aujourd’hui, cultiver de l’orge ou du blé, cela tient de la loterie », raconte Khamis Ahmed Abbas, car « tout dépend de la pluie », qui est devenue une grande absente dans cette région.

Il y a environ trois mois, il a décidé d’abandonner son exploitation et de déménager avec ses deux épouses et ses neuf enfants à Mossoul.

« Ici, je suis au chômage », raconte M. Abbas à l’AFP depuis un café de Mossoul, la deuxième ville d’Irak en pleine reconstruction après l’occupation par le groupe Etat islamique entre 2014 et 2017 et les violents combats entre les jihadistes et l’armée irakienne, épaulée par une coalition internationale.

6.000 km2 de terres agricoles touchées par la sécheresse

La province de Ninive, grenier à blé de l’ancienne Mésopotamie puis de l’Irak, compte environ 6.000 km2 de terres agricoles. Elle a été « la plus touchée » par la sécheresse qui s’est abattue sur l’Irak cette année, souligne Hamid al-Nayef, porte-parole du ministère de l’Agriculture à Bagdad.

En 2020, Ninive a produit 927.000 tonnes de blé « ce qui lui a permis d’être auto-suffisante », explique le directeur du Comptoir céréalier de la province, Abdelwahab al-Jarjari, à l’AFP. Mais « en 2021, ce volume est tombé à 89.000 tonnes, à cause de la sécheresse ».

Les barrages construits en amont en Turquie et en Iran

Outre le déficit en pluies, l’Irak souffre de la baisse du niveau des cours d’eau, dont ceux du Tigre et de l’Euphrate, provoquée par les barrages construits en amont en Turquie et en Iran, souligne Samah Hadid du Norwegian Refugee Council (NRC).

Un agriculteur se tient debout avec une pelle dans un champ agricole de sa ferme de la région de Khanaqin, au nord de Diyala, dans l’est de l’Irak, le 24 juin 2021. Photo AHMAD AL-RUBAYE / AFP via Getty Images.

Au plan mondial, avec le changement climatique, l’intensité et la fréquence des épisodes de sécheresse –qui menace notamment la sécurité alimentaire des populations– risquent encore d’augmenter même si les nations parviennent à limiter la hausse des températures à +1,5°C par rapport à l’ère pré- industrielle.

L’Irak fait face à « la pire sécheresse de son ère moderne » qui pousse par ricochets des familles entières à délaisser la campagne pour s’installer en ville, selon Samah Hadid.

447  familles ont quitté leurs terres à Ninive

En juin et juillet 2021, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a estimé à 447 le nombre de familles ayant quitté leurs terres à Ninive à cause de la sécheresse, après les avoir réinvesties au moment de la chute de l’EI dans la région.

Une vue du lit asséché d’une partie du lac Hamrin dans la région, au nord de Diyala dans l’est de l’Irak. Photo par AHMAD AL-RUBAYE / AFP via Getty Images.

Akram Yacine, 28 ans, pense lui aussi à lâcher l’affaire. Il a déjà vendu une partie de ses 500 moutons « pour survivre » et envisage de tout quitter.

« Je perds plus que je ne gagne »

« Je vais peut-être changer de métier. Je perds plus que je ne gagne. J’ai vendu une partie de mes terres et avec cet argent j’ai planté dans une autre zone », dit-il depuis son champ du village d’Al-Qaïm, au nord de Mossoul.

Mais cet afflux de ruraux vers Mossoul, Kirkouk et Bassora, dans le sud de l’Irak, « risque de créer de l’instabilité, car ces villes ne sont pas préparées pour ces arrivées massives », juge Roger Guiu, chercheur au sein de l’institut de recherches Social Inquiry à Erbil.

Pour Khamis Ahmed Abbas, l’ancien agriculteur nouvellement arrivé à Mossoul, le quotidien se résume à l’inactivité. « Parfois je fais des petits boulots pour nourrir ma famille après avoir vécu du blé, de l’orge et du bétail », lâche-t-il.


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