Une épidémie de pneumonie virale «inconnue» en Chine inquiète Hong Kong et Taïwan dans un contexte de dissimulation du SRAS

Par Nicole Hao
3 janvier 2020 Mis à jour: 3 janvier 2020

Hong Kong et Taïwan sont en état d’alerte après que les autorités chinoises ont annoncé que 27 personnes avaient contracté une « pneumonie virale inconnue » dans la ville centrale de Wuhan.

Comme certains internautes ont comparé l’épidémie à celle du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) qui a tué près de 800 personnes en 2002-2003 après avoir été dissimulée par les autorités chinoises, les gouvernements de Hong Kong et de Taïwan ont demandé que des tests médicaux soient effectués plus rapidement après que les autorités chinoises ont déclaré qu’elles n’avaient pas encore confirmé la cause de l’épidémie.

Comme la Chine dispose de la technologie nécessaire pour identifier les virus dans les 48 heures, la lenteur de la réaction des autorités a amené beaucoup de gens à se demander pourquoi la maladie n’avait pas encore été identifiée.

Avis d’urgence d’une nouvelle épidémie

Le 30 décembre, la Commission de santé de la ville de Wuhan a publié un « Avis d’urgence concernant une pneumonie inconnue« . L’avis indiquait que plusieurs hôpitaux de Wuhan avaient reçu des patients atteints de pneumonie présentant des symptômes similaires et qu’aucun autre détail n’était disponible.

L’avis a rapidement été diffusé par des internautes chinois via différentes plateformes de médias sociaux. Bien que le gouvernement ait rapidement censuré cette information, l’avis a été largement diffusé parmi les communautés chinoises d’outre-mer.

Le 31 décembre, les médias d’État ont confirmé cette épidémie, mais sans avoir d’informations sur la cause des infections.

Selon le rapport, les symptômes des patients comprenaient de la fièvre, des difficultés respiratoires et des lésions invasives dans les deux poumons. 27 personnes de Wuhan sont tombées malades, dont sept dans un état grave.

La plupart des patients étaient vendeurs au marché de fruits de mer de Huanan, situé près de la gare de Hankou, dans le quartier Jianghan de la ville. Ce même marché était lié à tous les cas de SRAS observés à Wuhan en 2003. Le marché ne se limite pas à la vente de fruits de mer, selon les internautes, mais voit aussi divers animaux, dont des chats, des serpents et des marmottes.

L’avis ajoute que les hôpitaux prévoient de libérer 2 des 27 personnes infectées dans les prochains jours après un traitement supplémentaire, tandis que 18 autres patients sont dans un état stable.

Le Quotidien du peuple, un journal d’État, a rapporté dans l’après-midi du 31 décembre que l’équipe d’enquête initiale n’avait pas trouvé de transmission interhumaine évidente et que, jusqu’à présent, aucun membre du personnel médical n’avait été infecté.

« La cause de la maladie n’est pas claire », a déclaré le journal sur la plateforme populaire de médias sociaux Weibo, citant des responsables de l’hôpital, sans les nommer. « Nous ne pouvons pas confirmer que c’est ce que l’on propage en ligne, que c’est le virus du SRAS. Une autre pneumonie sévère est plus probable. »

La Commission nationale chinoise de la santé, un département exécutif du cabinet pour l’assainissement et la santé, a déclaré qu’elle a envoyé un groupe d’experts à Wuhan le 31 décembre pour mener d’autres tests et une autre enquête.

Pendant ce temps, Hong Kong et Taiwan ont intensifié les contrôles aux frontières et les hôpitaux sont en alerte.

Hong Kong

Chaque jour, il y a quatre trains qui circulent entre Hong Kong et Wuhan. Par conséquent, la présence de la maladie à Wuhan inquiète les Hongkongais.

David Hui Shu-cheong, professeur de médecine respiratoire à l’université chinoise de Hong Kong, a déclaré aux médias locaux le 31 décembre que la situation critique de la pneumonie virale de Wuhan lui rappelait ce que Hong Kong avait dû affronter avec le SRAS en 2003.

David Hui a souligné qu’en 2003, un patient sur quatre atteints du SRAS était dans un état grave. Il a dit que les autorités continentales devraient organiser des tests de dépistage du virus le plus rapidement possible. En attendant, les gens devraient porter un masque facial et se laver les mains fréquemment s’ils prévoient de se rendre à Wuhan, a-t-il ajouté.

Yuen Kwok-yung, professeur de microbiologie à l’université de Hong Kong, a tenté de calmer le public après avoir reconnu que l’épidémie présentait des similitudes avec l’épidémie de grippe aviaire de 1997 et l’épidémie de SRAS de 2003.

Il a déclaré lors d’une conférence de presse organisée par le gouvernement le 31 décembre : « Maintenant à Hong Kong et sur le continent, la protection est meilleure qu’en 2003 […] Donc je pense que les gens ne doivent pas paniquer mais doivent être vigilants, doivent suivre les instructions du département de la Santé et de l’Autorité hospitalière de Hong Kong. »

Taïwan

Les craintes concernant la maladie ont été un sujet de grande préoccupation à Taïwan. Les gens craignent qu’avec la fête du nouvel an chinois le 25 janvier, il y ait un risque accru que le virus soit propagé par des hommes d’affaires taïwanais revenant de Chine.

Les Centers for Disease Control (CDC : centres de contrôle des maladies) de Taïwan ont organisé une conférence de presse dans l’après-midi du 31 décembre. Lo Yi-Chun, le directeur adjoint du CDC, a donné un exposé sur la situation et a déclaré que l’agence avait envoyé un courriel à la Chine pour demander des informations.

Lo a indiqué qu’une fois que de son côté Wuhan aurait confirmé le type de virus, le gouvernement taïwanais mettrait en place une équipe de travail d’urgence pour coordonner les départements qui font face à d’éventuelles infections.

Le 2 janvier, Taiwan News a rapporté qu’un enfant de 6 ans qui est arrivé à Taiwan le 31 décembre après être passé par Wuhan a développé une fièvre et est surveillé de près. Cependant, l’enfant a été autorisé à rentrer chez lui, car il n’avait pas voyagé à Wuhan et n’avait pas été en contact avec des animaux.

Depuis la première épidémie de SRAS, aucun autre cas de ce virus n’a été signalé à ce jour dans le monde.

Le virus a été découvert pour la première fois dans la province chinoise de Guangdong en 2002, après quoi il s’est propagé à Hong Kong et dans d’autres villes. Au moins 1 755 Hongkongais ont été infectés par le virus du SRAS, dont 299 sont morts. Dans la région voisine de Taiwan, 307 personnes ont contracté le virus, dont 47 sont mortes.

Au total, 8 096 personnes de 31 pays ont contracté le SRAS, dont Singapour, les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Australie et les Philippines.

Il n’existe actuellement aucun remède contre le SRAS.

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