Des archéologues auraient-ils découvert le tombeau de Romulus, fondateur de Rome ?

Par Epoch Times avec AFP
21 février 2020
Mis à jour: 22 février 2020

Une découverte jugée « exceptionnelle » par les archéologues.

Dans le parc archéologique du Colisée, des archéologues ont récemment découvert ce qui pourrait être le tombeau de Romulus, le roi fondateur de Rome. Cette découverte jugée « exceptionnelle » par les scientifiques a été présentée pour la première fois au public le 21 février, faisant remonter ainsi la Ville éternelle à ses origines il y a… 3 000 ans.

C’est au XIXe siècle que l’Italien Giacomo Boni (1859-1925) avait émis l’hypothèse qu’un « heroon », un  monument érigé à la mémoire d’un personnage illustre ou héroïque, en l’occurrence le fondateur de la ville, pouvait se trouver sur le Forum romain, autour du Comitium – espace prévu pour les réunions publiques dans l’antiquité.

Un sarcophage et un autel datant du VIe siècle av. J.-C.

Des fouilles récentes, effectuées par le Parc archéologique du Colisée, ont permis de confirmer cette hypothèse en remettant au jour « un sarcophage de tuf (connu de Giacomo Boni) d’environ 1,40 mètre de long, associé à un élément circulaire, probablement un autel », les deux éléments remontant au VIe siècle av. J.-C., a annoncé le Parc dans un communiqué.

Autel circulaire du VIe siècle av. J.-C.  a été découvert dans le parc archéologique du Colisée à Rome. (Photo by FILIPPO MONTEFORTE/AFP via Getty Images)

« Dans ses travaux, Giacomo Boni n’avait pas interprété ce lieu, il l’avait seulement décrit en disant qu’il y avait vu une caisse ou une vasque (qui correspond au sarcophage) et un cylindre en pierre », a déclaré vendredi la directrice du Parc, Alfonsina Russo, en présentant pour la première fois le site à la presse.

S’agit-il vraiment du tombeau de Romulus ?

« Cette information a ensuite été oubliée pendant un siècle, tout comme la localisation précise du lieu et ça a été pour nous une grande découverte de le retrouver tel que Boni l’avait décrit », a-t-elle ajouté. Les responsables du Parc archéologique ont tenu à préciser qu’il était impossible « d’affirmer scientifiquement » qu’il s’agit bien du tombeau de Romulus.

« C’est seulement une suggestion basée sur des sources antiques qui, toutes, pour cette zone du Forum, évoquent la présence du sépulcre de Romulus », a expliqué la responsable des fouilles, Patrizia Fortini. « C’est à coup sûr un monument important, la forme de caisse fait penser à un mémorial, à un lieu de mémoire mais ce qu’il fut réellement, on ne peut pas le dire », a ajouté cette archéologue.

Un tombeau antique qui aurait appartenu au fondateur de Rome Romulus a été présenté au monde entier le 21 février 2020. (Photo : FILIPPO MONTEFORTE/AFP via Getty Images)

Un mythe qui divise les historiens

La fondation légendaire de Rome fut fixée au 21 avril de l’an -753 av. J.-C. par Romulus, ce dernier ayant tué son frère Remus pour avoir franchi le sillon qu’il avait tracé afin de marquer l’enceinte de la cité nouvelle. Popularisée par des auteurs antiques comme Tite-Live (-59,17), Ovide (-43,17) ou encore Plutarque (46-125), l’existence des deux jumeaux allaités par une louve – figure devenue le symbole de Rome – a toujours divisé les historiens.

Plutôt qu’une vérité historique certains auteurs, comme l’Allemand Théodore Mommsen (1817-1903), ont considéré cette gémellité comme le symbole du double consulat romain tandis que l’Italien Ettore Pais (1856-1939) y voyait l’opposition plèbe-patriciat.

Un sillon sacré

Un épisode de cette légende a été mis en lumière par l’archéologie à la fin des années 1980 par une équipe de scientifiques, dirigée par l’archéologue italien Andrea Carandini, qui dans une zone incomplètement explorée du Forum découvrit une longue et profonde entaille jalonnée de grosses pierres. Pour Carandini, il s’agissait bien là du pomoerium, le « sillon sacré » tracé par Romulus.

« Le fait que Romulus ait existé ou pas n’est pas l’essentiel »

La mort de Romulus elle aussi oscille entre mythe et réalité. La version la plus souvent retenue est qu’il aurait été tué par des sénateurs en colère qui, après l’avoir démembré, auraient dispersé les morceaux de son corps dans différents endroits de la ville. Une théorie qui plaide pour une absence de cadavre, et donc de tombe. Selon une autre tradition, portée par l’auteur antique Varron (au Ier siècle av J.-C.), la tombe de Romulus se trouverait dans un lieu situé sur le Comitium et où le premier des sept rois de Rome aurait été tué.

« Le fait que Romulus ait existé ou pas n’est pas l’essentiel, ce qui importe c’est que cette figure soit considérée comme le point de départ choisi par les anciens pour marquer la naissance politique de la ville », explique l’archéologue Paolo Carafa. « Les archéologues du Parc du Colisée proposent de reconnaître ces deux objets – le sarcophage et cylindre de pierre – comme la tombe de Romulus mais je dirais qu’à partir de cette découverte doit à présent s’ouvrir un débat scientifique », estime ce spécialiste de l’antiquité romaine à l’université La Sapienza de Rome.

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