Il était une fois : l’importance des contes de fées pour les enfants

Par Jeff Minick
27 février 2020
Mis à jour: 28 février 2020

J’ai peu connu la mère de ma mère, qui est décédée lorsque j’étais en CE1, mais encore aujourd’hui subsiste dans ma mémoire une image vivante de son visage.

Trois ans avant son décès, nous étions dans une pièce à l’étage de notre maison, et grand-mère me racontait l’histoire du Petit Chaperon rouge. Ses dents de devant étaient un peu longues, et dépassaient un peu, et lorsqu’elle est arrivée au moment où le petit chaperon rouge dit au loup : « Mère-grand, que vous avez de grandes dents », ma grand-mère m’a fait très peur en criant : « C’est pour mieux de te manger, mon enfant ! » et a claqué les dents.

En racontant l’histoire à mes propres enfants et petits-enfants, chaque fois que j’arrive à ce moment, dans mon esprit, je ne vois pas de loup. Je vois grand-mère.

Ce n’est pas un manque de respect envers elle. C’est un hommage à ses talents de conteuse et aux contes de fées.

Des feux de camp aux salles de cinéma

Depuis des générations, les êtres humains racontent des histoires de fées et de gobelins, de princesses en détresse, de sorcières, de sorts, d’animaux transformés en hommes et vice versa. Certains folkloristes comme les frères Grimm ont recueilli et consigné ces contes. D’autres, comme Hans Christian Andersen, ont composé leurs propres contes de fées.

Aujourd’hui encore, les écrivains remodèlent ou inventent des contes de fées. Après tout, le bien-aimé Seigneur des anneaux de Tolkien n’est-il pas un conte de fées par excellence ?

Certains de ces contes sont aussi familiers aux Occidentaux que les arches dorées du M de McDonald’s. Cendrillon, La Belle au bois dormant, La Belle et la Bête, La Petite Sirène – Disney a fait fortune en sortant ces films, parmi d’autres. Les contes de fées sont également apparus fréquemment dans des séries télévisées, allant du Shirley Temple’s Storybook [le Livre d’histoires de Shirley Temple] dans les années 1950, à la série Il était une fois, plus récente.

Nuisibles, les contes de fées ?

Tout le monde ne trouve pas de valeur à ces histoires.

Dans Cinq raisons d’arrêter de lire les contes de fées à vos enfants maintenant, Olivia Petter s’en prend aux contes de fées, les qualifiant de « criblés de stéréotypes préjudiciables et archaïques », affirmant qu’ils perpétuent « des personnages misogynes, des intrigues dégradantes et une uniformité raciale ». Elle est particulièrement critique à l’égard de ce qu’elle considère comme du sexisme dans ces histoires, des femmes qui restent à la maison, des princesses qui ont besoin d’être sauvées, des belles-mères malfaisantes et des sorcières.

Elle écrit : « Dans une culture où l’on se marie plus tard que jamais et où beaucoup choisissent de ne jamais se marier du tout, le récit systématique de ‘marions-nous et vivons heureux pour toujours’ semble pratiquement médiéval. »

Malgré le fait que de nombreuses femmes souhaitent toujours se marier et fonder une famille, il y a une ironie non voulue dans cette critique. Les femmes d’aujourd’hui, dont la plupart ont sûrement entendu des contes de fées quand elles étaient enfants ou les ont vus au cinéma, appartiennent à la génération de femmes la plus indépendante que le monde ait jamais vue. Les contes de fées semblent donc n’avoir causé que peu de dommages à la psyché féminine.

Et alors que de nos jours, le politiquement correct s’infiltre dans tous les recoins de notre vie, cette critique semble oublier l’essentiel, en particulier la valeur des contes de fées pour les enfants.

Voici quatre bonnes raisons de raconter des contes de fées à nos enfants.

Faire la distinction entre l’obscurité et la lumière

Considérons la version de Cendrillon des frères Grimm. Contrairement au dessin animé de Disney, la mère mourante de Cendrillon lui enjoint d’être « bonne et pieuse ». Ses sœurs « étaient belles et se présentaient bien, mais au fond elles étaient sombres et laides ». Au fil de l’histoire, nous assistons à une véritable lutte entre le bien et le mal. (À la fin du récit original, deux pigeons arrachent les yeux des méchantes demi-sœurs. Les contes de fées peuvent être violents).

Non seulement les contes de fées illustrent l’abysse entre le bien et le mal, mais ils montrent aussi aux enfants que le mal peut être vaincu, que le bien peut finir par l’emporter. Lorsque je regarde mes petits-enfants brandir leurs bâtons d’épée devant des ennemis imaginaires, et que je leur demande d’identifier leurs adversaires, ils répondent toujours : « Les méchants. »

Plus tard, lorsqu’ils seront plus âgés, ils seront capables de discerner l’ambiguïté morale, mais ils doivent d’abord apprendre la distinction fondamentale entre les « bons » et les « méchants ».

Une citation de G.K. Chesterton (l’idée générale – pas les termes exacts) offre cette sagesse : « Les contes de fées ne racontent pas aux enfants que les dragons existent. Les enfants savent déjà que les dragons existent. Les contes de fées racontent aux enfants que les dragons peuvent être tués. » Lorsque Jack tue le géant en coupant le haricot, lorsque le Gretel pousse la sorcière dans le four, lorsque le chevalier de la Croix-Rouge décapite le dragon, les enfants voient triompher le bien sur le mal.

Les contes de fées stimulent l’imagination

Nous adorons laisser libre cours à notre imagination. Voyez la popularité de la Guerre des étoiles ou des nombreux films de super-héros des vingt dernières années.

Les enfants ont ce même besoin. La fantaisie des contes de fées les aide non seulement à comprendre la réalité, mais leur permet aussi d’élargir l’imagination. Tout comme un terrain de jeu développe les muscles, l’équilibre et la motricité d’un enfant, les contes de fées peuvent également développer les pouvoirs de l’imagination.

Les contes de fées offrent des leçons de vie à un niveau que les enfants peuvent comprendre

Le conte Les habits neufs de l’empereur enseigne aux enfants que les êtres humains peuvent s’induire en erreur. Boucle d’or et les Trois Ours met en garde contre le fait de prendre ce qui ne nous appartient pas. Les Trois Petits Cochons souligne l’importance du travail bien fait. Pinocchio décourage les enfants de mentir.

Ces contes font passer leur message d’une manière amusante plutôt que d’une manière moralisatrice. L’enfant qui les écoute absorbe ces leçons en même temps que l’enchantement de l’histoire.

« Quelqu’un a mangé ma bouillie, et a tout mangé ! » Extrait de English Fairy Tales (1918) de Flora Annie Steel, illustré par Arthur Rackham. (Domaine public)

Les contes de fées font partie de notre culture et de nos traditions

Le mot tradition vient du latin tradere, qui signifie « remettre », « transmettre ». Lorsque nous ne parvenons pas à transmettre une partie de cette culture aux enfants, nous manquons à notre devoir. Par exemple, de nombreux jeunes ignorent la Bible, et peuvent manquer de références littéraires ou conversationnelles, même pour les références les plus connues telles que le « Sermon sur la montagne » ou « L’offrande de la veuve ».

Il en va de même pour les contes de fées. Grâce aux films, la plupart des jeunes connaissent Cendrillon ou Aladin, mais combien connaissent La Princesse au petit pois ou Nain tracassin (Rumplestiltskin) ? En partageant ces histoires avec nos enfants, nous leur enseignons la culture générale.

« Il était une fois… », mis ensemble, ces quatre mots sont certainement les plus magiques de la langue française.

Assurons-nous que nos enfants les entendent.

Jeff Minick a quatre enfants et un nombre croissant de petits-enfants. Pendant 20 ans, il a enseigné l’histoire, la littérature et le latin à Asheville, en Caroline du Nord. Aujourd’hui, il vit et écrit à Front Royal, en Virginie. 

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