Où vont les États-Unis, l’Europe et l’Iran?

Par David Kilgour
3 juillet 2019 Mis à jour: 19 juillet 2019

Donald Trump a prudemment bloqué une riposte militaire américaine contre l’Iran qui avait abattu un drone de surveillance américain.

Bien que le régime iranien soit depuis longtemps l’initiateur de la violence et de la terreur au Moyen-Orient et au-delà de cette région, la guerre avec Téhéran est la dernière chose dont Washington a besoin.

Dans le New York Review of Books, Jessica Mathews évoque le point suivant :

« Au cours des trente dernières années, l’Amérique a été engagée dans des conflits pendant presque tous les mois… La brève guerre du Golfe de 1990-1991 a été un… succès, mais celle qui l’a suivie en Irak a été une erreur catastrophique. La guerre qui dure maintenant depuis 18 ans en Afghanistan se soldera probablement par un échec… comme la plus longue guerre de l’histoire américaine et, avec celle d’Irak, la plus coûteuse… Toutes les approches que les États-Unis ont essayées – changement de régime, formation de la nation, lutte contre le terrorisme, lutte contre l’insurrection, lignes rouges, responsabilité de protéger… ont échoué à atteindre les résultats souhaités. »

Mme Mathews ajoute que cela a été « une décision incroyablement imprudente de la part du président américain de se retirer de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) ».

Les sanctions économiques supplémentaires américaines imposées à l’Iran depuis que Trump s’est retiré de ce pacte des six nations ont eu un effet paralysant sur les revenus pétroliers du régime iranien. En même temps, effectuer une frappe militaire sans aucun soutien international mettrait les Américains en danger dans tout le Moyen-Orient.

Pour empêcher l’Iran de quitter le JCPOA, l’Union européenne (EU) a annoncé la création d’une ligne de crédit de plusieurs millions d’euros destinée à faciliter les échanges commerciaux entre l’Europe et l’Iran. Le retrait de Téhéran de cet accord aggraverait la crise du Golfe et inciterait les États-Unis à demander aux pays de l’UE de se joindre à Washington pour imposer des sanctions à l’Iran.

Le 7 juillet, Téhéran s’est engagé à augmenter le niveau de pureté de l’enrichissement de l’uranium au-delà de la limite de 3,67 % prévue par le JCPOA. Il pourrait s’agir d’une augmentation symbolique à 3,68 %. Pourtant, les Européens craignent que le temps nécessaire à l’Iran pour enrichir suffisamment d’uranium pour fabriquer une bombe nucléaire puisse être inférieur à un an.

Téhéran soutiendra que le non-respect de cette limite ne viole pas le JCPOA, affirmant qu’il a le droit de prendre des mesures réversibles pour suspendre certaines parties de l’accord si un autre signataire n’a pas respecté son engagement, notamment celui de renforcer les échanges commerciaux entre l’UE et l’Iran. L’UE peut répondre à cela que la ligne de crédit proposée devrait être considérée par Téhéran comme une intention de lancer un mécanisme commercial qui permettra aux sociétés de commercer avec un accès minimum au système bancaire.

La plupart des observateurs reconnaissent que la situation pourrait rapidement devenir incontrôlable et que l’Agence internationale de l’énergie atomique pourrait rapidement déclarer que l’Iran a violé l’accord. La France, l’Allemagne et l’Italie ont déjà fait part de leurs préoccupations concernant le programme de missiles balistiques de l’Iran, affirmant que ces missiles sont conçus pour être capables de transporter une charge nucléaire.

Les participants du récent sommet du G-20 au Japon ont sans doute profité de cette occasion pour faire pression sur Trump afin de désamorcer la situation et de lui faire clarifier les exigences qu’il pose à Téhéran. Cependant, le président iranien Hassan Rouhani a déclaré qu’il ne négocierait pas tant que l’Iran serait sous sanctions.

Pendant ce temps, les opposants au régime iranien ont protesté à Bruxelles. L’Écossais Struan Stevenson, coordinateur de la Campagne pour le changement en Iran, a appelé les gouvernements européens « à se réveiller, à abandonner leur politique d’apaisement scandaleuse et à suivre l’exemple des États-Unis en mettant sur la liste noire le Corps des gardiens de la révolution iranienne. L’Amérique et l’UE devraient… mettre sur la liste noire leur ministère des Renseignements et de la Sécurité… L’Iran utilise ses ambassades comme usines à bombes et cellules terroristes, complotant des atrocités… ».

Pour M. Stevenson et de nombreux membres de la diaspora iranienne, l’Europe devrait également fermer les ambassades iraniennes, expulser les diplomates et faire savoir au peuple iranien que l’Occident les soutient. Depuis la révolution de 1979, le régime iranien a dépensé d’énormes montants pour essayer d’écraser l’opposition, en cherchant à emprisonner ou à exécuter ceux qui s’alignent sur la résistance.

« Pendant quatre décennies, explique Struan Stevenson, le peuple iranien a enduré une corruption endémique et les violations incontrôlées des droits de l’homme, y compris des droits des femmes. Quatre-vingts millions d’Iraniens sont en colère, frustrés et demandent un changement de régime. Des milliards d’euros sont dépensés pour soutenir la guerre civile brutale de Bachar al-Assad en Syrie et pour financer le Hezbollah et d’autres groupes terroristes. »

Une telle terreur n’est pas quelque chose de nouveau. L’ONU dispose de preuves irréfutables sur les exécutions massives par les mollahs d’environ 30 000 partisans de l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien pendant l’été 1988. Ces exécutions ont été effectuées sur la base d’une fatwa émise par l’ayatollah Ruhollah Khomeini. Les « comités de la mort » les ont approuvées. Ali Khamenei, le successeur d’ayatollah Khomeini, a présidé une dictature des mollahs qui a exécuté plus de personnes par habitant que tout autre régime dans le monde.

Alors que les tambours de la guerre retentissent à nouveau, la chose la plus utile que les démocraties du monde entier peuvent faire est de soutenir les Iraniens dans leur quête non violente pour changer leur régime et, en même temps, d’essayer de baisser la tension diplomatique dans la région.

David Kilgour, avocat de profession, a été pendant presque 27 ans député au Parlement du Canada. Il a également servi dans le gouvernement canadien aux postes de Secrétaire d’État (Amérique latine et Afrique) et Secrétaire d’État (Asie-Pacifique). Il est l’auteur de plusieurs livres et co-auteur avec David Matas du livre Bloody Harvest : The Killing of Falun Gong for Their Organs (Prélèvements meurtriers : l’assassinat des pratiquants du Falun Gong pour leurs organes).

Le point de vue exprimé dans cet article est celui de son auteur et ne reflète pas nécessairement celui d’Epoch Times.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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