Une éthicienne du domaine des transplantations soutient la tenue d’une enquête en Chine

3 octobre 2016 Mis à jour: 3 octobre 2016

STOCKHOLM – La Dre Annika Tibell est l’une des voix les plus respectées dans le domaine de l’éthique des transplantations d’organes. Actuellement médecin en chef pour le projet d’hôpital New Karolinska Solna dans la capitale suédoise, la Dre Tibell est l’auteure principale du premier énoncé de politique de la Société de transplantation sur la Chine en 2006 et elle est l’un des fondateurs du Declaration of Istanbul Custodian Group, une organisation importante en matière d’éthique des transplantations.

Dans une récente entrevue, la Dre Tibell a uni sa voix aux appels pour la tenue d’une enquête internationale sur les pratiques de transplantation d’organes en Chine, alors que des chercheurs avancent que les prisonniers d’opinion sont la source principale d’organes depuis plus d’une décennie pour alimenter une immense et profitable industrie.

Le sujet a refait surface l’été dernier lorsqu’un rapport produit par les enquêteurs Ethan Gutmann, David Kilgour et David Matas a présenté des données indiquant que plus d’un million de transplantations ont été réalisées en Chine depuis l’an 2000. Ils estiment que la source principale de tous ces organes est les pratiquants de Falun Gong, une discipline spirituelle que le régime chinois veut éliminer depuis 1999.

Elle affirme que le nouveau rapport est exhaustif et approfondi, bien qu’il soit difficile à digérer étant donné la quantité d’informations. Selon elle, l’estimation de 60 000 à 100 000 transplantations par année est « stupéfiante » et elle appelle à la tenue d’une enquête rigoureuse par une organisation bien établie et reconnue comme l’ONU ou le Conseil de l’Europe.

« J’aurais aimé que les appels à l’action auprès d’organisations importantes produisent plus de résultats. C’est honteux que ce ne soit pas le cas », affirme-t-elle.

Selon la Dre Tibell, lorsque la Société de transplantation (ST) révisera sa politique sur la Chine en 2017, elle devrait, autant que possible, inclure les conclusions du rapport Kilgour-Gutmann-Matas dans ses délibérations. Elle affirme que la ST devrait aussi contribuer à l’évaluation du rapport et de la situation générale concernant l’approvisionnement en organes en Chine.

La Chine dément catégoriquement ces allégations sans s’y pencher en détail et elle affirme que, dans le passé, les organes provenaient principalement de condamnés à mort et qu’il y a maintenant un système de dons volontaires.

Cette affirmation est remise en doute par des spécialistes des transplantations, dont les actuels dirigeants de la ST.

« Dans plusieurs secteurs demeure un profond manque de confiance envers vos programmes de transplantations », a déclaré Philip O’Connell, ex-président de la ST, lors d’une conférence de presse à Hong Kong le 19 août dernier. « Il est important que vous compreniez que la communauté internationale est consternée par les pratiques auxquelles vous avez adhéré dans le passé. »

« Beaucoup de gens dans la communauté internationale ne sont pas convaincus que la Chine a changé », a-t-il ajouté.

L’événement à Hong Kong était la conférence biennale de la Société de transplantation et elle devait au départ coïncider avec des promesses de réformes en Chine visant à mettre fin à l’approvisionnement en organes chez les prisonniers exécutés.

Lorsqu’il est devenu évident que ces réformes n’allaient pas voir le jour, les dirigeants de la ST ont mal digéré les promesses chinoises.

Mon avis est que toute interaction avec la Chine devrait avoir pour objectif le changement. Il n’y a aucune autre raison d’interagir avec la Chine.

– Dre Annika Tibell

Interagir avec la Chine sur les questions des transplantations est « extrêmement difficile », affirme la Dre Tibell. D’un côté, elle croit dans le dialogue qui fait pression sur la Chine pour changer, mais elle estime qu’il s’agit d’un « exercice d’équilibriste ».

« Mon avis est que toute interaction avec la Chine devrait avoir pour objectif le changement. Il n’y a aucune autre raison d’interagir avec la Chine », dit-elle.

Lorsque la ST a choisi Hong Kong comme lieu pour sa conférence de 2016 – et qu’elle a planifié une session au sujet d’une supposée « nouvelle ère » du système de transplantation chinois – plusieurs ont senti que la Chine avait réussi à tirer le rideau sur un crime immense et qu’elle était dorénavant acceptée par la communauté internationale des transplantations.

Une enquête réalisée par Epoch Times avant la conférence a déterminé qu’il y a avait au moins une dizaine de panélistes, de présentateurs et de coauteurs chinois hautement controversés. Ceci a été communiqué à la ST.

Un exemple est Shen Zhongyang, l’architecte derrière le centre de transplantation en plein essor du Premier hôpital central de Tianjin. Ce dernier fait l’objet des critiques de la ST en raison de ses temps d’attente extrêmement courts pour recevoir un organe. Selon des enquêteurs, cela est impossible sans l’existence d’une banque de « donneurs » vivants sur qui des organes peuvent être prélevés sur demande.

Commentant les informations d’Epoch Times, la Dre Tibell se demande pourquoi M. Shen a été en mesure de participer à la conférence comme coauteur d’un article, qualifiant sa présence de « surprenante ».

Un autre cas est celui de l’important chirurgien en greffes de foie Zheng Shusen, qui préside une organisation du Parti communiste dévouée à diffamer le Falun Gong. Il a aussi publié des articles démontrant la capacité d’obtenir des foies en l’espace de 24 heures, une chose pratiquement impossible à faire selon les experts à moins d’avoir un bassin de donneurs vivants prêts à être exécutés. Zheng, contrairement à Shen, était présent à la session, mais la ST semble avoir tenté de le remplacer comme présentateur et s’est plus tard distancée de lui.

La Dre Tibell affirme que le cas de Zheng « semble très troublant ».

Bien que le comité responsable du programme de la conférence ait révisé les articles avant leur présentation, la Dre Tibell a reconnu que « si les gens nous mentent en pleine face, ça devient difficile ».

Elle n’a pas voulu dire si elle pense qu’un chirurgien chinois qui fait partie d’un système secret qualifié de crime contre l’humanité par des enquêteurs aurait de la difficulté de mentir à la ST.

« Je n’aime pas spéculer sur comment c’est de vivre sous une dictature », dit-elle.

Le chirurgien des transplantations israélien et ex-membre du comité d’éthique de la ST, le Dr Jacob Lavee, a choisi de boycotter la conférence. La Dre Tibell affirme qu’elle respecte sa position, mais que la ST est allée dans l’autre direction de toute évidence.

« Seulement à l’avenir, peut-être dans plusieurs années, pourrons-nous déterminer si cela a contribué à un développement positif ou bien à une plus grande acceptation [du système de transplantation chinois] », ajoute-t-elle.

La Dre Tibell n’a pu participer à la conférence en raison de son implication avec l’hôpital New Karolinska.

Lorsqu’on lui a demandé si elle aurait participé advenant un emploi du temps différent, elle a marqué une longue pause avant de répondre.

« J’aurais eu besoin d’y songer longuement, étant donné le choix du lieu. Est-ce que j’aurais contribué à un changement positif en assistant ou bien est-ce que j’aurais contribué à une plus grande acceptation de pratiques que je juge inacceptables ? »

Version originale : Prominent Transplant Ethicist Supports Investigation Into Organ Sourcing in China

 

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