Les psychiatres et autres médecins doivent-ils aider au suicide des malades mentaux ?

Par Wesley J. Smith
17 avril 2021
Mis à jour: 18 avril 2021

Les psychiatres et autres médecins doivent-ils aider au suicide des malades mentaux ? Il n’y a pas si longtemps, la réponse à cette question aurait été un non sans équivoque.

Le travail d’un professionnel de la santé mentale consiste à sauver la vie des patients suicidaires, pas à les aider à mourir.

Mais c’était avant que le suicide assisté ne devienne une cause culturelle en plein essor. La plupart des gens pensent que le mouvement pour le « droit de mourir » se limite aux personnes atteintes de maladies incurables. Bien que cela soit vrai dans ce pays – jusqu’à présent – ce n’est que le nez du chameau sous la tente, comme dit le proverbe. Une fois que les gens acceptent la prémisse mortelle selon laquelle le meurtre et le suicide sont des réponses appropriées à la souffrance, il n’y a aucun moyen permanent de limiter logiquement la « mort dans la dignité » aux personnes diagnostiquées mourantes.

Il existe déjà un abondant plaidoyer dans les revues professionnelles et parmi les militants de l’euthanasie pour autoriser l’injection létale ou le suicide sur ordonnance comme « traitement » de la souffrance causée par la maladie mentale. Bienvenue au concept subversif de santé mentale connu sous le nom de « suicide rationnel », un concept désormais jugé tout à fait respectable et digne d’une discussion et d’un débat raisonnés dans les revues médicales savantes.

Selon cette théorie, les professionnels de la santé mentale ont uniquement le devoir absolu d’arrêter les suicides impulsifs ou frivoles. Si le professionnel de la santé mentale estime que la personne suicidaire a une base rationnelle pour s’autodétruire – c’est-à-dire si le patient « est capable de raisonner, possède des informations suffisantes, a une vision réaliste du monde et agit [pour mettre fin à sa propre vie] en fonction de ses propres intérêts essentiels » – le devoir du professionnel se transforme pour finalement aider, sans jugement, le patient à s’engager dans des techniques de prise de décision appropriées pour décider de se suicider.

En effet, certains défenseurs estiment que la réponse appropriée au désir « rationnel » de mourir d’un patient est que le professionnel de la santé mentale facilite le suicide comme si la mort était un traitement médical palliatif.

Le mouvement du suicide rationnel semble gagner du terrain, ce qui contribue à faire progresser l’acceptabilité publique du suicide assisté bien au-delà de la limite de la maladie terminale. Une fois que la société rejette l’éthique du caractère sacré de la vie humaine, cela a du sens. Si le meurtre/suicide est une réponse acceptable et respectable à la souffrance, pourquoi devrait-il être limité aux mourants ? Après tout, les personnes atteintes de maladies mentales peuvent souffrir de manière bien plus intraitable – et pendant bien plus longtemps – que les malades en phase terminale.

C’est en tout cas ce que pense l’influent bioéthicien de Princeton Peter Singer. Dans une récente chronique, il a écrit : « Il ne fait guère de doute que certains malades mentaux ne sont pas aidés par le traitement et souffrent énormément. »

Par conséquent, il ne voit aucune raison pour laquelle « une maladie mentale incurable ne devrait pas également être un motif suffisant » pour faciliter la mort. Selon lui, même le désaccord d’un professionnel de la santé mentale avec le suicide ou la perspective d’une amélioration ne devrait pas constituer une interdiction de l’euthanasie : « En fin de compte, seul le patient peut juger du caractère insupportable de la souffrance et, par conséquent, du poids à accorder à la possibilité qu’elle prenne fin, soit avec un traitement supplémentaire, soit d’elle-même. »

Oh, Wesley !, me dis-je, c’est juste un argument de « pente glissante » ! Les docteurs ne tueront jamais réellement les malades mentaux ?

Faux ! La Belgique et les Pays-Bas autorisent légalement l’euthanasie pour cause de maladie mentale uniquement. Cette situation est particulièrement inquiétante pour la France, la Belgique et les Pays-Bas étant des cousins culturels proches. Par ailleurs, le Parlement canadien vient de légaliser les injections létales sur les malades mentaux, après une période d’attente permettant d’élaborer des protocoles de mort bureaucratiques.

Et voici un rebondissement insidieux : l’euthanasie pour les maladies mentales a été associée au don d’organes aux Pays-Bas et en Belgique. Ces procédures de mise à mort et de récolte ont même fait l’objet d’articles favorables – ou du moins non critiqués – dans des revues médicales internationales de renom consacrées aux transplantations d’organes.

Par exemple, une étude traite de l’euthanasie et du prélèvement de quatre patients en phase non terminale avec des détails bouleversants : « Les donneurs ont été admis à l’hôpital quelques heures avant la procédure d’euthanasie prévue. Une ligne veineuse centrale a été placée dans une pièce adjacente à la salle d’opération. Les donneurs ont été héparinés[administration d’un médicament destiné à maintenir la viabilité des organes] immédiatement avant qu’un cocktail de médicaments soit administré par le médecin traitant qui a accepté de pratiquer l’euthanasie. Le patient a été annoncé mort sur des critères cardiorespiratoires par 3 médecins indépendants, comme l’exige la législation belge pour chaque donneur d’organes. […] Le défunt a ensuite été rapidement transféré, installé sur la table d’opération et intubé [en vue du prélèvement d’organes]. »

Réfléchissez à l’énormité de ce qu’ont fait ces médecins ! Quatre personnes – qui n’étaient pas en train de mourir – ont été tuées, puis transportées rapidement dans une salle de chirurgie pour que leurs organes soient prélevés. L’une d’entre elles souffrait de troubles mentaux. Dans une ironie particulièrement amère, le dernier patient était un automutilateur chronique, dont le « traitement » était l’administration du mal ultime : la mort.

Certains pourraient se demander : si les malades mentaux veulent l’euthanasie, pourquoi ne pas tirer profit de leur mort en prélevant leurs organes utilisables ?

Mais le fait de coupler le prélèvement d’organes avec le « meurtre par compassion » des malades mentaux crée une forte incitation émotionnelle au suicide pour les personnes dans un état mental angoissé. En effet, cela pourrait être le point de basculement qui pousse les patients dans l’abîme.

Pire encore, l’acceptation de la mise à mort et du prélèvement conjoints envoie un message cruel aux malades mentaux et à la société : « Votre mort a plus de valeur que votre vie ». Dans un tel milieu, les platitudes autojustificatrices sur le « choix » et la nature « volontaire » « du processus » deviennent de simples rationalisations.

Voici l’essentiel : Le suicide assisté et rationnel est en réalité une question d’abandon. Cela peut commencer lentement avec des restrictions. Mais une fois qu’une société accepte la prémisse mortelle que tuer est une réponse acceptable à la souffrance, la logique pure nous mènera là où la Belgique, les Pays-Bas et le Canada sont déjà. Nous nous engageons dans cette voie à notre grand péril moral.

Wesley J. Smith, auteur primé, est président du Center on Human Exceptionalism du Discovery Institute, un think tank chrétien international. Il est également consultant auprès du Conseil des droits des patients, un organisme mondial.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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