Faut-il craindre la Chine ?

Par Jean-Philippe Delsol
29 janvier 2020 Mis à jour: 31 janvier 2020

La Chine poursuit sa politique totalitaire pour bâillonner la liberté.

Le 30 décembre, le pasteur Wang Yi a été condamné à neuf ans de prison parce que sa congrégation était trop connue. Il y aurait eu plus de 10 000 arrestations de chrétiens ou, accessoirement, autres croyants en 2019. La loi interdit aux mineurs d’entrer dans les églises, même dans celles qui ont fait allégeance au Parti.

L’accord conclu imprudemment en septembre 2018 entre le Vatican et Pékin pour intégrer l’Église souterraine, fidèle à sa foi, dans l’Église inféodée au pouvoir n’a donc été qu’un piège. Le Directeur exécutif de l’ONG des droits humains HRW, refoulé en janvier sur ordre de Pékin du territoire de Hong Kong, a été à Washington pour présenter son dernier rapport sur la situation du million de Ouïgours du Xinjiang internés dans des camps de « rééducation » : « l’offensive la plus intense du gouvernement chinois contre le système international de protection des droits humains » a-t-il dit. Mais les camps eux-mêmes ne sont que le reflet d’une politique attentatoire à tous les droits humains les plus élémentaires, qui surveille tous les individus, les note, les punit, les exproprie… dans la pure tradition maoïste.

L’Occident soutient pourtant la Chine comme si de rien n’était. Il croit, ou voudrait croire, que la liberté économique existe en Chine et que cela suffit à la blanchir. La réalité est tout au contraire que c’est le pire des régimes parce qu’il repose sur la connivence permanente entre l’État et les entrepreneurs qui acceptent de s’y soumettre pour s’enrichir sans foi ni loi.

Toutes les entreprises, chacune à son niveau, sont encadrées de diverses façons par la machine étatique. Un représentant du Parti est présent ou référent dans toute entreprise et y a plus de pouvoir que le dirigeant. Par ailleurs les entreprises souvent très endettées vivent sous l’épée de Damoclès des banques qui peuvent les lâcher, sur ordre du pouvoir, à tout moment si elles n’obéissent pas à la ligne du Parti. Tous les inconvénients d’un mauvais et faux capitalisme d’une part et du collectivisme d’autre part sont réunis, à la manière du système nazi.

Comme dans l’Allemagne d’Hitler, les entreprises privées peuvent exister en Chine, pour autant qu’elles fassent la politique du Parti. À partir de 1934, Hitler avait installé en Allemagne un système de « capitalisme d’état » où l’économie était entièrement contrôlée par le parti nazi via un immense cartel présidé par Gustav Krupp et dirigé en fait par le ministère de l’Économie. Dans le cadre de plans quadriennaux, le parti y fixait les approvisionnements, les investissements, immenses, les niveaux de production, les prix et l’utilisation des bénéfices. Par ailleurs l’agriculture était aussi mise en coupe réglée. Il s’agissait de préparer la guerre contre le monde, comme la Chine se prépare aujourd’hui à une autre forme de domination.

Car alors qu’elle est longtemps restée confinée à son immense empire, la Chine cherche désormais à régner sur le monde. Pour mettre en œuvre les projets gigantesques de ses routes de la soie, elle endette sans retenue les pays qui y participent et les transforme en obligés. Elle investit partout, à la manière de l’URSS qui soutenait à bout de bras de très nombreux tyrans africains pour implanter le marxisme léninisme et gagner des voix à l’ONU. Elle crée encore, à coups de milliards publics, des géants industriels à l’échelle mondiale capables de devenir ses vitrines, voire ses espions comme Huawei.

Heureusement la Chine a aussi ses faiblesses. La démographie est à un niveau plus bas que jamais, avec un taux de natalité de 10,48 ‰ (2019) et son taux de fertilité doit être de l’ordre de 1,5. Car en plus les Chinois taisent les vrais chiffres, ce qui signe leur inquiétude et leur impuissance. Ils annoncent que leur population serait désormais de plus de 1,4 milliard d’habitants alors que selon les spécialistes de la question elle serait plutôt de l’ordre de 1,279 milliards. Et cette population vieillit énormément. La politique de l’enfant unique a été levée, mais les familles ont pris l’habitude de vivre sans enfants et les jeunes privés de la liberté de l’esprit et de toute ouverture spirituelle n’ont plus d’espérance et s’assujettissent à de petits plaisirs matériels plus encore, si c’est possible, qu’en Occident. À ce rythme, dans 40 ans, la Chine sera un peuple de vieillards désespérés, s’il en reste encore qui ne se seront pas suicidés !

La chance de l’Occident et de la liberté serait que la Chine s’enlise dans sa super puissance, que comme Napoléon en Russie, et selon les mots de Victor Hugo, elle soit finalement « vaincue par sa conquête ». De nombreux pays séduits par ses projets de route de la soie s’aperçoivent qu’ils ont été dupés et se rebellent. Le christianisme continue, semble-t-il, de progresser malgré la répression, ou peut-être à cause d’elle.

De nombreux intellectuels chinois se battent encore à l’intérieur ou à l’extérieur de la Chine contre son totalitarisme, comme la chaîne sino-américaine NTD qui joue le rôle que Radio Free Europe et Radio Liberty avaient pour les Soviétiques. Certes, nous pouvons croire que la tyrannie ne peut régner qu’un temps car tout pouvoir mauvais pourrit par là où il domine.

Mais il serait temps néanmoins que l’Occident prenne conscience du risque que représente désormais la Chine pour le monde encore libre, et qu’il s’en prémunisse. A cet égard, Trump, tout populiste et grossier qu’il soit parfois, est peut-être mieux avisé et plus courageux que nos Européens policés qui ménagent la Chine jusqu’à en paraître couards.

Docteur en droit et licencié ès lettres, Jean-Philippe Delsol est avocat au Barreau de Lyon spécialisé en droit des sociétés et fiscalité internationale. Fondateur du cabinet Delsol Avocats, il est Président de l’IREF.

Auteur de plusieurs livres, dont « A quoi servent les riches », il est un interlocuteur privilégié des médias sur les sujets touchant à la fiscalité, au patrimoine et à l’entreprise. Autres ouvrages publiés : Au risque de la Liberté (FX de Guibert, 2007), Pourquoi je vais quitter la France (Tatamis, 2013), Anti-Piketty (libréchange, 2015), L’Injustice fiscale (Desclée de Brouwer, 2016).

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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