Femme enceinte tuée en forêt : pourquoi les chiens ayant fait l’objet de prélèvements ADN sont-ils passés de 93 à 67 ?

Par Séraphin Parmentier
25 novembre 2019
Mis à jour: 25 novembre 2019

Si le procureur de la République de Soissons a d’abord indiqué que des analyses génétiques avaient été effectuées sur 93 chiens, il est revenu sur le chiffre annoncé dans un autre communiqué publié le lendemain.

Le 16 novembre, Élisa Pilarski était retrouvée morte sur un chemin forestier de la forêt domaniale de Retz situé sur la commune de Saint-Pierre-Aigle, dans l’Aisne.

C’est son compagnon, Christophe Ellul, qui a retrouvé la jeune femme de 29 ans après que celle-ci l’a appelé en début d’après-midi pour lui demander de venir la rejoindre. Selon les déclarations de son conjoint, elle se serait inquiétée de la présence de plusieurs chiens.

« J’étais au travail, je captais mal, il me fallait 45 min pour revenir. Je l’ai cherchée, j’ai vu son 4×4, j’ai croisé des chiens de chasse, un cavalier. J’ai appelé Curtis et c’est là qu’il m’a prévenu en aboyant », a déclaré Christophe Ellul aux journalistes de BFMTV.

Une fois arrivé sur les lieux il se met à chercher sa compagne et finit par s’enfoncer dans les bois. « […] Je me suis rapproché, j’ai vu le ventre de ma femme qui était à découvert car elle a été déshabillée entièrement. J’ai récupéré la laisse de Curtis, je suis descendu auprès d’Élisa, j’ai relâché la laisse pour m’occuper d’elle. Elle était dévorée de partout, elle n’avait plus de cheveux, elle avait le visage découpé, les parties génitales… J’étais perdu, j’ai appelé, mais comme je ne captais pas j’ai repris Curtis qui s’était couché, je l’ai remonté dans ma voiture et j’ai été voir des voisins qui ont appelé la police. »

Des analyses génétiques pour identifier « les chiens mordeurs »

Dans un communiqué publié le 20 novembre, le procureur de la République de Soissons Frédéric Trinh est revenu sur les résultats de l’autopsie pratiquée sur le corps d’Élisa Pilarski par les membres de l’institut médico-légal de Saint-Quentin deux jours après la découverte du corps inanimé de la jeune femme.

« L’autopsie a permis de déterminer que le décès s’était produit entre 13 heures et 13 h 30 et avait pour origine une hémorragie consécutive à plusieurs morsures de chiens aux membres supérieurs et inférieurs ainsi qu’à la tête, certaines morsures étant ante mortem et d’autres post mortem », a indiqué le magistrat.

« Les investigations se poursuivent. Des prélèvements ont été effectués sur 93 chiens, ceux appartenant à la victime ainsi que des chiens ayant participé à une chasse à courre qui était organisée à proximité. Les analyses génétiques et la comparaison des prélèvements auront notamment pour finalité d’identifier le ou les chiens mordeurs », avait-il ajouté.

« Une erreur dans le décompte au moment de la communication »

Le 21 novembre, Frédéric Trinh a ouvert une information judiciaire contre X du chef « d’homicide volontaire par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de prudence ou de sécurité imposée par la loi ou le règlement résultant de l’agression commise par des chiens ».

Dans son nouveau communiqué, le procureur de la République de Soissons précisait cette fois-ci que 67 chiens avaient fait l’objet de prélèvements génétiques : les 5 chiens d’Élisa Pilarski ainsi que les 62 chiens de l’équipage de vènerie Le Rallye La Passion, qui organisait une chasse à courre dans la forêt de Retz le jour où la jeune femme de 29 a été tuée.

Un écart important qui a suscité de nombreuses questions. Une pétition intitulée « Où sont passés les 31 chiens de chasse qui manquent au comptage ? » a même été mise en ligne, recueillant plus de 5000 signatures en l’espace de trois jours.

D’après le parquet, le chiffre de 93 chiens avancé initialement par François Trinh serait lié « à une erreur dans le décompte au moment de la communication » rapportent les journalistes de L’Union, sans fournir davantage d’informations.

Les résultats des prélèvements ADN et salivaires effectués par « au moins deux vétérinaires » selon le quotidien, ne devraient pas être connus avant une période allant « d’une dizaine de jours à six semaines ».

Directeur de la communication de la société de vènerie, organisme qui fédère les associations de chasse à courre françaises, Antoine Gallon a déclaré jeudi dernier à l’AFP que Sébastien Van den Berghe, le maître d’équipage de la chasse à courre organisée en forêt de Retz le 16 novembre, « [possédait] 62 chiens ; 21 étaient à la chasse, 41 n’y étaient pas. Tous ont été auscultés ».

Elisa Pilarski « promenait son chien Curtis, un American Staff, un chien de combat […], dont on ne peut imaginer qu’il ait laissé sa maîtresse se faire dévorer sans la défendre  ! Or, des vétérinaires mandatés par les gendarmes ont inspecté les 62 chiens de l’équipage et aucun ne présentait de traces de morsure », a-t-il ajouté.

Une femme se présentant comme « une amie du conjoint » d’Élisa donne des nouvelles de Curtis 

Ce dimanche, l’administrateur de la page Facebook intitulée « Page de soutien à Élisa Pilarski », qui se présente comme « une amie du conjoint » de la victime, a donné des nouvelles de Curtis, l’American Staffordshire que promenait Élisa Pilarski au moment du drame.

« Vous êtes nombreux à vous soucier du sort de Curtis, le chien qui n’a pas quitté Élisa sa maitresse, couché sur son ventre, aboyant jusqu’à ce qu’on les retrouve… Curtis a été blessé mais pris en charge le premier jour, il n’est pas mort. Il a été emmené à la fourrière où il est toujours, seul, triste, et nous espérons son retour rapide ou du moins son transfert auprès de personnes aptes à s’occuper de lui comme il se doit après un tel traumatisme. Nous attendons des nouvelles officielles pour en parler plus […] Curtis, pour ceux qui ont eu la chance de le rencontrer, est un chien qui aimait énormément sa maman humaine, et il est à mon sens une victime aussi. »

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