Le Forum sur la « nouvelle route de la soie » s’achève marqué par des absences notables et la répression des citoyens chinois

Par Frank Fang
29 avril 2019 Mis à jour: 22 juillet 2019

Pendant deux jours, les 26 et 27 avril, Pékin a déroulé le tapis rouge pour les dirigeants et les représentants du monde entier qui participaient au Forum de l’initiative chinoise « Belt and Road Initiative – BRI », souvent qualifiée de « nouvelle route de la soie ».

Ce forum, organisé en grande pompe, a été marqué par l’absence notable de dirigeants de plusieurs pays et des protestations des citoyens chinois qui essayaient de se réunir à Pékin, mais ont été refoulés.

Pékin a lancé l’initiative BRI (appelée auparavant « One Belt, One Road ») en 2013 en tant que programme phare de sa politique étrangère visant à renforcer l’influence géopolitique de la Chine par le biais des investissements dans l’infrastructure. Ce titanesque projet prévoit la création d’une immense « ceinture » terrestre par rail et route en Asie, doublée d’une « route » maritime, permettant à la Chine de se relier aux marchés d’Asie, d’Afrique et d’Europe, voire au-delà. Il inclut la construction de routes, ports, lignes de chemin de fer, parcs industriels et réseaux d’énergie et de télécommunications couvrant environ 70 pays et deux tiers de la population mondiale.

C’était la deuxième fois que Pékin accueillait un tel forum destiné à faciliter la signature d’accords. Le premier a eu lieu en 2017.

Selon le site officiel de la BRI, les dirigeants de 37 pays ont assisté au forum. Toutefois, ce chiffre ne représente qu’un petit groupe de pays en tenant compte que Pékin a signé, à la fin du mois de mars, des accords de coopération avec 125 pays et 29 organisations internationales.

Le 27 avril, le dirigeant chinois Xi Jinping a annoncé que des accords d’une valeur de plus de 64 milliards de dollars avaient été signés lors du forum. Il s’est également efforcé de répondre aux critiques internationales de plus en plus nombreuses à l’égard de la BRI en promettant d’assurer une croissance durable grâce à ses projets.

Plusieurs pays partenaires de la Chine se sont plaints du coût élevé des projets de la BRI, tandis que plusieurs gouvernements occidentaux y voient un moyen d’étendre l’influence chinoise à l’étranger, laissant les pays pauvres avec une dette insoutenable.

Dans un communiqué séparé, la Chine a déclaré qu’elle avait signé des mémorandums d’accord avec divers pays, dont l’Italie, le Luxembourg, le Pérou, la Barbade et la Jamaïque.

Les principaux dirigeants de puissances économiques européennes, telles que la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, n’étaient pas présents au forum. Les premiers ministres de puissances économiques asiatiques comme le Japon, la Corée du Sud et l’Inde n’y ont pas assisté non plus, de même que les hauts responsables canadiens et américains.

David Malpass, le nouveau président de la Banque mondiale et ancien sous-secrétaire aux affaires internationales du Trésor américain, n’a pas non plus participé au forum. Son prédécesseur, Jim Yong Kim, y a assisté il y a deux ans.

Les protestations

En même temps, de nombreux Chinois ont tenté de se rendre à Pékin dans l’espoir que le gouvernement central les écouterait et résoudrait leurs doléances, mais ils ont été arrêtés avant d’y arriver.

Gu Guoping, résident de Shanghai et ancien professeur d’université, essaie depuis 2001 de demander aux autorités chinoises une indemnisation pour sa propriété privée qui a été démolie de force par le gouvernement local.

Lors d’une interview téléphonique accordée à Epoch Times le 25 avril, M. Gu a expliqué qu’il voulait, ainsi qu’un groupe d’environ 80 pétitionnaires de Shanghai, se rendre à Pékin. Toutefois, ils ont tous été arrêtés par la police lorsqu’ils y sont arrivés par le train à grande vitesse le 21 avril.

Gu Guoping estime qu’au moins plusieurs centaines de pétitionnaires de Shanghai sont venus à Pékin et ont été arrêtés peu après. Après leur arrestation, les pétitionnaires ont été envoyés au bureau administratif de Shanghai à Pékin et ont reçu l’ordre de rentrer chez eux.

« Les autorités chinoises traitent les pétitionnaires comme des forces ennemies, comme des facteurs ‘d’instabilité’. Ils nous jettent dans des prisons noires, nous mettent en détention ou nous condamnent à des peines de prison », a-t-il confié.

Au cours des jours qui ont précédé le Forum de la BRI, les autorités de la capitale chinoise ont également pris des mesures pour réduire au silence les militants locaux et les journalistes indépendants. Radio Free Asia (RFA) a récemment rapporté que le militant Li Wei a été placé « sous surveillance policière » depuis le 22 avril et qu’il serait surveillé jusqu’à la fin du mois.

Entretemps, les experts économiques notent que, même si le régime chinois continue à promouvoir la BRI, Pékin pourrait être à court de capitaux pour financer ses projets.

Frank Tian Xie, professeur à l’Université de Caroline du Sud-Aiken, a souligné dans une récente interview avec Voice of America que le récent ralentissement économique en Chine, accompagné de la réduction des exportations chinoises vers les États-Unis en raison de la guerre commerciale, a épuisé les excédents en devises de la Chine.

Des groupes d’experts et des médias ont déjà expliqué que les investissements de la BRI sont financés, dans l’ensemble, par les réserves de devises de la Chine.

Cependant, en raison de la guerre commerciale avec les États-Unis, la Chine ne sera plus en mesure d’accumuler ces réserves au même rythme qu’auparavant et elle pourrait en prendre un autre coup à l’avenir en cas de différends commerciaux avec l’Europe, met en garde M. Xie.

En conséquence, indique-t-il, Pékin va avoir du mal à faire avancer la BRI compte tenu de son financement.

Les citoyens chinois estiment également que la BRI n’est pas un projet financièrement viable. Pan Lu, ancien professeur de lycée à Suzhou, une ville de la province côtière du Jiangsu, a déclaré dans une récente interview donnée à RFA qu’il trouvait que la BRI n’apporterait aucun bénéfice réel au peuple chinois. Au contraire, a-t-il souligné, cela aggraverait les problèmes économiques actuels de la Chine.

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