France 24 pointé du doigt à la suite de la mort d’un témoin interviewé, tué par des djihadistes au Mali

Par Alexandre Roche-Nuit
15 février 2020 Mis à jour: 15 février 2020

À la suite d’ une interview diffusée sur France 24, la chaîne est accusée de ne pas avoir flouté le visage de Sadou Yehia, un éleveur malien, retrouvé assassiné par des terroristes début février.

Environ un mois après avoir témoigné dans un reportage de France 24, Sadou Yehia a été assassiné par des terroristes. Un rapprochement qui a été fait sur Twitter par le journaliste indépendant Walid Ag Menani, et également par la famille de Sadou Yehia, suivi de quelques internautes.

Ces derniers reprochent à France 24 d’avoir dévoilé l’identité complète de cet éleveur malien et père de famille, vivant dans un village de Léléhoy au Mali, pendant un reportage sur le racket exercé par les groupes terroristes dans la région.

Ayant diffusée le reportage le 13 janvier, la chaîne est notamment pointée du doigt car le visage de Sadou Yehia n’a pas été flouté et son nom était écrit en toutes lettres.

La direction de France 24, qui a rapidement été contactée par la rédaction d’Arrêt sur images, a déclaré : « Nous avons pris connaissance des faits relatés sur les réseaux sociaux et essayons d’avoir le plus d’informations possible pour mieux comprendre ce qui s’est passé. »

France 24 émet également une réserve sur les spéculations à son encontre, celles-ci pourraient être « susceptibles de faire le jeu des terroristes qui voudraient réduire cette région au silence ».

Un membre de la famille de Sadou Yehia, interrogée par l’équipe d’Arrêt sur images, a cependant déclaré : « Il ne fait aucun doute que ce reportage où mon oncle apparaît à visage découvert a mis les terroristes sur sa piste. C’est incontestable. Lorsque les terroristes sont venus au village, ils ont désigné mon oncle par son prénom et son nom, dévoilés dans le reportage. Ils étaient aussi à la recherche d’un autre habitant du village que l’on voit discuter avec Barkhane dans la vidéo. »

Pendant l’interview, la voix off du journaliste expliquait que « ces villageois se sont exposés à de potentielles représailles des djihadistes en partageant des informations avec la force Barkhane ». Les visages des femmes et d’enfants filmés un peu plus tôt avaient donc été floutés, mais pas celui de Sadou Yehia.

La raison ? « Nous estimons qu’il est certes légitime de flouter une villageoise filmée à son insu, mais pas ‘un notable’ qui exprime librement son ressentiment devant notre caméra », a expliqué la direction de France 24.

Dans un communiqué publié mercredi, France 24 a également souligné : « Dans une zone où les terroristes savent tout et sur tous, sans délai, de la présence des militaires dans les villages, à l’identité des habitants qui leur parlent, rien ne permet d’affirmer que le floutage de Sadou Yehia lui aurait garanti une quelconque sécurité. »

France 24 a ensuite rappelé le contexte du reportage : « Devant notre caméra, les militaires engagent le dialogue avec les anciens d’un village rassemblés sur la place. Parmi eux, Sadou Yehia l’éleveur, est révolté par le racket que lui font subir les djihadistes et tient à le faire savoir à l’équipe de journalistes qu’il a parfaitement identifiée. »

Pour la direction de France 24, il s’agit alors « d’accusation terrible et injuste ».

« Ce dimanche 9 février, quand des échanges sur les réseaux sociaux nous ont appris sa mort, toutes les équipes qui avaient contribué à ce reportage, à Bamako ou à Paris, ont été profondément bouleversées. »

« Sur ces mêmes réseaux sociaux, certains semblaient établir un lien entre le reportage et son décès. Voire nous en tenir pour responsables. C’est ajouter une accusation terrible et injuste à l’horreur. Les conditions de réalisation de ce reportage méritent d’être rapportées. Nous le devons d’abord à la famille et aux proches de Sadou Yehia, dont nous partageons la douleur, et à nos téléspectateurs. »

Le reportage ayant été diffusé le 13 janvier, et l’enlèvement puis l’assassinat de Sadou Yehia s’étant produits entre le 5 et le 8 février, France 24 a ajouté : « Les délais importants entre le tournage, la diffusion et l’assassinat montrent le caractère spéculatif de ce qui est présenté hâtivement par des commentateurs comme une causalité certaine. »

« Nous sommes profondément atteints par cet assassinat barbare » mais « non, nous ne pouvons accepter d’en être désignés comme les coupables dans une inversion insupportable des responsabilités. »

Voir le communiqué complet sur France 24 :

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