Le « Grand bond en avant » de Biden se heurtera à une barrière infranchissable

Par He Qinglian
8 avril 2021
Mis à jour: 9 avril 2021

Au cours de sa carrière politique de plus de 40 ans, Joe Biden a obtenu une image d’un homme qui agit doucement. Cependant, en moins de trois mois à la présidence des États-Unis, il a proposé un plan coûteux et ambitieux.

Non seulement il a émis près de 60 décrets pour réaliser les nombreux rêves que les membres de l’élite du Parti démocrate nourrissaient depuis des années – comme la diversité de genre, la légalisation de la marijuana, les programmes d’énergie verte, l’ouverture des frontières aux immigrants illégaux et les réparations pour les Afro-Américains – mais il a également lancé trois gigantesques plans de relance économique totalisant plus de 6 000 milliards de dollars.

À la fin des années 1950, Mao Zedong a lancé en Chine la campagne du « Grand Bond en avant », ordonnant à l’ensemble du pays de « se précipiter vers le communisme ». L’administration Biden a maintenant fait preuve d’une impulsion similaire de « donner libre cours à l’imagination ». Même le programme de relance chinois de 5 000 milliards de yuans (767 milliards de dollars), lancé en 2009, semble dérisoire par rapport aux plans de Biden.

Construire des infrastructures et remodeler l’économie

Joe Biden a présenté son programme de relance comme un « investissement unique en son genre en Amérique » qui comprend trois projets. Premièrement, American Rescue Plan (le plan de sauvetage américain) de 1 900 milliards de dollars, dont la majeure partie de l’argent ira aux États contrôlés par les démocrates. Deuxièmement, un plan d’infrastructure de 2 300 milliards de dollars sur les huit prochaines années, axé sur la modernisation des infrastructures vieillissantes telles que les routes, les chemins de fer, les autoroutes, les ponts et les ports, en y ajoutant les cyber-équipements. Troisièmement, un investissement de 174 milliards de dollars dans le marché des véhicules électriques.

En outre, Joe Biden publiera en avril une proposition économique supplémentaire qui ajoutera 2 000 milliards de dollars aux mesures de relance.

Mais d’où viendra cet argent ? L’approche de Biden est simple : pour financer les dépenses publiques proposées, il augmentera les impôts sur les sociétés.

À l’instar des gouvernements de gauche du monde entier, les démocrates sont au pouvoir pour dépenser librement de l’argent et prendre plaisir à se partager le gâteau, mais ils se demandent rarement d’où viendra l’argent. En fait, ils n’ont que trois moyens : augmenter les impôts, imprimer de l’argent et s’endetter.

Le monde des affaires en colère à cause des augmentations d’impôts

Selon divers médias, Biden a proposé de faire passer le taux d’imposition des sociétés de 21 à 28 % sur une période de 15 ans, ainsi que de supprimer les échappatoires fiscales des multinationales en augmentant le niveau de l’impôt minimum global.

Les démocrates « progressistes » sont ravis de ces plans. Par exemple, la représentante Alexandria Ocasio-Cortez a salué le plan de relance économique de Biden comme un bon début, ajoutant que « nous devons aller beaucoup plus loin ».

Cependant, les républicains sont mécontents. Mitch McConnell, chef de la minorité républicaine au Sénat, et d’autres ont exprimé leur opposition. Les multinationales qui ont pleinement soutenu la campagne présidentielle de Biden – y compris la Chambre de commerce des États-Unis qui a approché le groupe Protect Democracy une semaine avant le jour de l’élection de 2020 pour proposer une déclaration commune de soutien à Biden – sont maintenant agitées et prêtes à lancer un fort lobbying contre le projet de loi de Biden.

Le Washington Post, qui a toujours soutenu Biden et le Parti démocrate, a publié le 1er avril un article intitulé « Democrats, Republicans and Businesses Gird for Battle Over Biden’s Proposed Tax Hikes » (Démocrates, républicains et entreprises se préparent à la bataille contre les hausses d’impôts proposées par Biden).

L’article de Bloomberg du 31 mars, intitulé « Biden Infrastructure Plan Faces Tougher Slog in Congress Than His Stimulus Bill » (Le plan d’infrastructure de Biden sera plus difficile à adopter par le Congrès que son projet de loi de relance) énumère les différentes voix qui s’opposent aux hausses d’impôts.

Impression d’argent et émission d’obligations

En 2020, en raison de la pandémie du Covid-19, les pays du monde entier ont imprimé et emprunté de l’argent pour traverser cette période difficile. Aux États-Unis, la Réserve fédérale a imprimé 3 000 milliards de dollars.

Aujourd’hui, Joe Biden veut lancer un plan de relance économique plus important que tout ce qui a été vu dans l’histoire des États-Unis. Il aura besoin un total de 6 200 milliards de dollars (en additionnant les trois programmes : 1 900 + 2 300 + 2 000 milliards). Il est impossible que le billet vert ne se déprécie pas, car le gouvernement américain devra compter sur l’impression de monnaie et l’emprunt d’argent.

Imprimer de l’argent est certainement risqué, le gouvernement américain devra donc penser à émettre des obligations du Trésor. Par définition, la dette nationale signifie la dette émise par le département du Trésor américain au nom du gouvernement fédéral. Elle se divise en deux catégories : les avoirs intragouvernementaux et la dette détenue par le public. Selon les données du département du Trésor, les gouvernements étrangers détiennent environ un tiers de la dette publique, tandis que le reste appartient aux banques et investisseurs américains, à la Réserve fédérale, aux gouvernements des États et locaux, aux fonds mutuels, aux fonds de pension, aux compagnies d’assurance et est détenue sous forme d’épargne.

Les obligations du Trésor américain deviennent moins attrayantes

Au 1er mars, la dette nationale des États-Unis dépassait 28 000 milliards de dollars, soit environ 30 % de plus que le PIB du pays. En moyenne, la dette de chaque famille américaine est d’environ 280 000 dollars.

L’horloge de la dette nationale sur la Sixième Avenue à Manhattan, New York, donne les mises à jour en temps réel du montant de la dette nationale brute des États-Unis, ce qui permet aux habitants locaux de connaître facilement la situation.

Toutefois, l’attrait de la possession de la dette américaine commence à diminuer. Selon un rapport publié par le département du Trésor le 16 février, au cours des 33 derniers mois, les banques centrales étrangères ont procédé à des ventes nettes de titres de la dette américaine pendant 25 mois, et cette vente a atteint environ 1 000 milliards de dollars – un montant record. Dans le même temps, 29 gouvernements étrangers détenteurs de la dette nationale américaine, dont le Japon, l’Allemagne, l’Inde, la Russie, le Royaume-Uni, la France et le Canada, ont réduit leurs avoirs. La Russie est arrivée en tête de liste en se débarrassant de plus de 90 % de ses avoirs en obligations du Trésor américain.

Il est désormais difficile de trouver des acheteurs pour les nouvelles obligations. Les dernières obligations du Trésor américain à 10 ans et à 2 ans, d’une valeur de 100 milliards de dollars, ont fait l’objet d’une faible demande lors des récentes ventes aux enchères. Les données montrent que les obligations américaines sont moins attrayantes pour les acheteurs étrangers et que les États-Unis sont en train de perdre ces acheteurs.

Par le passé, les achats internationaux d’obligations américaines étaient prédominants, et ils contribuaient à diluer les pressions inflationnistes aux États-Unis. L’augmentation de la circulation interne des obligations du Trésor amènera certainement les gens à se demander si le statut du marché financier américain s’affaiblit lentement et combien de temps l’hégémonie du dollar dans le domaine monétaire pourrait durer.

Lorsqu’il a lancé le « Grand Bond en avant » qui a abouti à des dizaines de millions de morts par la faim, Mao Zedong a lancé un slogan : « La quantité de récolte dépend de votre audace ! » Les démocrates progressistes ont le même esprit audacieux. Ils n’hésitent pas à dépenser plus d’argent, comme si l’argent nécessaire à leurs plans allait tout simplement tomber du ciel.

Par rapport au programme de relance de Joe Biden de 6 200 milliards de dollars, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et d’autres se concentrent sur les procédures, essayant de trouver des moyens de diviser les grands projets en petits projets et en plusieurs phases afin de faciliter leur financement. Cependant, ils n’ont pas pensé aux difficultés que rencontrera Mme Yellen, la secrétaire au Trésor, pour assembler les fonds nécessaires. Sous la pression croissante de la dette, il serait difficile pour les États-Unis d’attirer les acheteurs étrangers. Si ces acheteurs ne reviennent pas en masse sur le marché obligataire américain, les démocrates devront faire face à l’inflation et à la dépréciation du billet vert.

Bref, les objectifs de Biden sont très ambitieux, tandis que le désir des démocrates progressistes de dépenser de l’argent est encore plus fort. Toutefois, ils se trompent complètement lorsqu’ils pensent que c’est le Parti républicain qui empêche Biden de réaliser son rêve « du siècle » autoproclamé.

En fait, la barrière infranchissable pour le rêve de Biden ne consiste pas en républicains ni en gens d’affaires qui l’ont soutenu et qui s’opposent maintenant aux augmentations d’impôts – c’est la dette nationale jamais vue. Tout son gigantesque programme de relance économique représente, sans aucun doute, un pari bien risqué.

He Qinglian, éminente auteure et économiste chinoise actuellement installée aux États-Unis, a publié les ouvrages suivants : China’s Pitfalls (Les pièges de la Chine), consacré à la corruption lors de la réforme économique en Chine des années 1990 et The Fog of Censorship: Media Control in China (Le brouillard de la censure : le contrôle des médias en Chine) qui traite de la manipulation et du contrôle de la presse. Elle écrit régulièrement sur les questions sociales et économiques de la Chine contemporaine.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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