Les guerres de Vendée : la vérité dévoilée – 2e partie

Par Epoch Times
21 avril 2017
Mis à jour: 2 avril 2021

Les guerres de Vendée : la vérité dévoilée – 1re partie

Peut-on parler d’une extermination du peuple vendéen ?

Ce qui jusque là, était une guerre, prend alors une nouvelle dimension : après leur victoire, les Montagnards, qui sont pourtant en passe d’être victorieux des factions à l’intérieur et des armées étrangères, vont tout de même entreprendre d’exterminer ce peuple rebelle. Ont déjà commencé les noyades de Carrier, ce député nommé « représentant en mission », expédié à Nantes. Dans un premier temps, Carrier procède à des noyades en entassant des prisonniers dans des bateaux qu’il fait couler au milieu de La Loire. De cette manière, il noie deux cargaisons de 90 puis 50 prêtres trop âgés pour être déportés, incarcérés mais non justiciables. Les prisonniers de droit commun de la prison du Bouffay subiront aussi le même sort, ainsi que les Vendéens rescapés de Savenay. Ils seraient environ 5 000 noyés, victimes de Carrier.

Il faut préciser que Carrier n’agit pas par sadisme: il déclare que c’est « par principe d’humanité que nous purgeons la terre de ces monstres ». Afin de créer la cité parfaite, il faut d’abord se débarrasser de ceux qui ne sont pas susceptibles d’y entrer : les prêtres, les riches, les prisonniers de droit commun, et ceux qui s’opposent, comme les Vendéens. Parallèlement, à Angers, un autre représentant en mission, Francastel, se livre à des fusillades massives.

Reste le territoire même de la Vendée, demeuré sans défenses. Le général Turreau, qui y avait servi en Vendée au cours de l’été 1793, va être appelé de l’armée des Pyrénées pour être nommé général en chef en Vendée. Bien que pressé par son ministre de prendre directement son poste sans passer par Paris, on sait qu’il y est allé tout de même. On peut supposer qu’il y a rencontré des gens du Comité du Salut Public, au sommet de l’État, car son ministre ne lui reproche pas sa désobéissance, au contraire. Il a peut-être reçu des ordres oraux, voire des menaces du type : « Si tu ne nous débarrasses pas de la Vendée, gare à ta tête… » Il est vrai que les généraux étaient sur la sellette. Quoi qu’il en soit, Turreau lance sur la Vendée, le 19 janvier 1794, les fameuses « Colonnes infernales » : six colonnes divisées chacune en deux – soient 12 colonnes – qui auront pour mission de tout  incendier, de tout tuer, y compris les femmes et les enfants…

« Le général Bonchamps, mourant, va imposer de libérer ces prisonniers. Geste fou d’un point de vue militaire, mais admirable d’un point de vue éthique. »

Seulement, si au départ tout marche bien, ces colonnes se heurtent bientôt à des révolutionnaires locaux qui, une fois la guerre terminée, sont rentrés chez eux. Même s’ils se présentent en écharpe devant les colonnes infernales, ils se font tout de même tuer. A noter l’absence d’ordre écrit de la part du pouvoir: ils savent le crime en cours, mais se protègent à l’avance de toute inculpation. Pire, ils entendent même éviter toute culpabilité. Ils veulent s’épargner « la souillure des remords », dira Lequinio.

C’est là la difficulté à comprendre : les terroristes disent tellement aimer le peuple, ils veulent tellement le libérer, notamment le libérer de ses mauvais génies, c’est-à-dire des riches, des prêtres, des nobles… qu’ils doivent bien trier la population entre bons et mauvais. Ceux-ci doivent alors disparaître.

Cette tentative d’extermination va pourtant se heurter à deux faits. D’abord, c’est l’hiver. Et puis, les gens ne se laissent pas faire, une seconde guerre va donc suivre mais pas une guerre régulière comme en 1793. On parlera plutôt de guérilla, de guerre sale. Côté Vendéen aussi, on ne fait plus de prisonniers. Plus de grandeur d’âme chez ceux qui voient massacrer leurs familles.

Charette, qui est maintenant avec Stofflet, le seul chef qui n’ait pas péri, excelle dans ce type de guerre. Lui, l’officier de marine, invente la guérilla, menée par des petites troupes  très mobiles. Quand l’armée d’en face est trop importante, on se disperse, on se dissout dans le paysage. Mais, dès qu’on trouve des troupes isolées, on les tue.

Cependant, le 27 juillet 1794, Robespierre est victime d’un complot de la part d’autres instigateurs de la Terreur. Une fois Robespierre tombé, il n’y a plus de raison de maintenir la guerre et on peut songer à construire la paix.

Henri de la Rochejaquelein. (Musée d’art et d’histoire de Cholet) (wikimedia.org)
Crédit et légende photo 5: Henri de La Rochejaquelein au combat de Cholet, le 17 octobre 1793 (vers 1899). Paul-Émile Boutigny. Huile sur toile. Musée d’Art et d’Histoire de Cholet. ((c) Musée d’art et d’histoire de Cholet)

À terme, les revendications des Vendéens ont-elles abouti ?

Des négociations sont menées avec Charette, lesquelles vont conduire le 17 février 1795 à la Paix de la Jaunaye et au retour à la liberté religieuse. Par la suite, ce qu’il faut comprendre, c’est que cette Vendée qui n’était pas particulièrement religieuse avant le soulèvement, va le devenir. Le pays va se reconstruire autour de sa foi. Cet exceptionnel élan religieux sera le fait du peuple d’abord qui a expérimenté une foi toute neuve dans la résistance à la déshumanisation. Elle sera aussi le fait de prêtres souvent revenus d’Espagne.

Je pense particulièrement au Père Louis-Maris Baudoin qui était originaire de Montaigu et qui va s’installer à Chavagnes-en-Paillers. Il créera le premier séminaire ouvert après la Révolution et fera appel, non plus essentiellement aux bourgeois et aux nobles comme sous l’Ancien Régime, mais aux fils du peuple, pour devenir prêtres. Il va également créer une congrégation féminine pour l’enseignement des petites filles de la campagne et pour les soins. L’essor des vocations va perdurer un siècle et demi. La Vendée va devenir cette espèce de « château d’eau » des vocations qu’elle n’était surtout pas auparavant lorsqu’on faisait venir des prêtres de Normandie ou d’Irlande. La Vendée avait trop saigné pour aspirer à autre chose qu’à la paix.

Qu’en est-il des Chouans ?

Par contre, au nord de La Loire, le mécontentement demeurait et avait entraîné ce qu’on appelle la Chouannerie. Le noyau est constitué d’anciens faux-sauniers, des contrebandiers du sel. La Bretagne ne payant pas l’impôt sur le sel, contrairement aux régions alentour, passer du sel d’une région à une autre était très lucratif. Mais avec l’abolition de l’impôt sur le sel en 1789, ils perdaient leur travail, ainsi que les Gabelous qui étaient chargés de traquer les faux-sauniers. Ils regroupent autour d’eux tous les déçus de la Révolution. C’est ainsi que la Chouannerie a une dimension sociale, mais aussi religieuse et politique, assimilée parfois au banditisme.

Chouans et Vendéens, une confusion volontaire ?

Avec Charette, la guerre de Vendée devient une guérilla, une chouannerie. La confusion sera le fait de grands écrivains français comme Balzac et Hugo qui vont populariser l’image de brigands vêtus de peaux de biques et qui refusent les bienfaits de la Révolution. Depuis, la France est malade de cette histoire. Aujourd’hui, on parle volontiers des guerres de religion, de l’esclavage, de la colonisation, mais on répugne à évoquer l’extermination des Vendéens.

Pourquoi cette vérité historique a-t-elle de la peine à être acceptée ?

Tout simplement, parce qu’on a voulu faire croire que 1789 et 1793, c’était la même chose et que la civilisation française naissait soit en 1789, soit même en 1792, puisque l’an Ier de la République commence en septembre 1792. Avant, c’étaient les « ténèbres gothiques »… Et, du coup, non seulement l’Ancien Régime, mais toute la première partie de la Révolution, la Révolution de la Liberté, est disqualifiée par la promesse d’un paradis sur Terre. Robespierre devient pour certains une sorte d’icône. Si vous osez dire que même s’il ne l’a pas ordonné par écrit, il est responsable de dizaines, voire de milliers de morts, on vous disqualifie comme réactionnaire.

Ce n’est certes pas facile d’admettre que notre grande Révolution s’est soldée par autant de morts. Ce n’est guère glorieux et c’est délicat d’intégrer cela dans nos manuels scolaires, où l’on préférerait magnifier notre histoire.

Récemment, on m’a confié une expertise sur les ossements du Mans. À l’été 2006, en établissant des fondations pour la construction d’un centre culturel, on a découvert en plein cœur de la ville du Mans, en contrebas de la cathédrale, des vestiges gallo-romains, mais aussi des charniers. Neuf charniers contenant 154 corps datant des 12 et 13 décembre 1793, quand les Vendéens, épuisés, sont arrivés au Mans. Les armées révolutionnaires avaient alors investi la ville et ceux qui le pouvaient encore avaient fui, abandonnant les malades et les éclopés sur place. Ceux-ci avaient été les victimes d’un épouvantable carnage. Comme le maire du Mans ne souhaite pas conserver ces restes humains sur place, j’ai proposé Saint-Florent-le Vieil, par où sont passés ces gens originaires, pour la plupart, des Mauges, et lieu de la grâce de Bonchamps. Un appel à la réconciliation nationale qui peine à  être entendu.

François Athanase Charette de La Contrie par Alfred de Chasteignier, 1819. (wikimedia/ Musée d’art et d’histoire de Cholet)

Peut-on parler de la Révolution française comme d’un terreau du communisme ?

Ce sont les communistes eux-mêmes qui ont toujours dit qu’ils poursuivaient l’œuvre de Robespierre, qu’ils la perfectionnaient. Et ils sont allés bien au-delà, en créant un parti unique de type militaire, une police politique, des camps de rééducation, etc.

C’est ça la grande idée du terrorisme des temps modernes, recréer le monde en prétendant que le monde ancien est mauvais, notamment la religion. Mais aussi la culture héritée, les arts, comme ceux de 1793-94 qui ont vandalisé les églises, qui les ont transformées en magasins de fourrage ou en salles de réunions. De nouveau, il s’agissait de créer un homme nouveau, mais cela a créé un homme qui n’avait plus de racines, plus d’ancrage moral. D’où la déshumanisation finale.

Quelques années plus tard, Napoléon s’est rendu en Vendée. Pourquoi ?

Napoléon est venu très brièvement en visite en Vendée en 1808. Il voulait « rencontrer ces braves qui avaient battu ceux qui avaient battu tous les autres ».

Les armées françaises, victorieuses partout en Europe, s’étaient pourtant fait damer le pion par les Vendéens, et il en était très admiratif. Quand il est venu en Vendée, les anciens révolutionnaires s’apprêtaient à célébrer leur victoire contre les Vendéens. Ils se sont vite rendu compte que Napoléon venait ici pour rencontrer les Vendéens.

« Afin de créer la cité parfaite, la cité du bonheur, il faut d’abord se débarrasser de ceux qui ne veulent pas entrer dans cette cité : les prêtres, les riches, les prisonniers de droit commun et ceux qui s’opposent comme les Vendéens. »

Il me faut évoquer un épisode significatif. Aux Quatre-Chemins-de-l’Oie, parmi les gens qui se tenaient là pour l’accueillir, Napoléon remarque une femme, mademoiselle de Regrénil. On lui présente cette demoiselle comme une ancienne combattante des guerres de Vendée. Il voit à côté d’elle un homme bien habillé qu’on lui dit être son frère. « Que faisiez-vous, monsieur, quand votre sœur se battait si bien ? » – « Moi, j’étais neutre », répond l’autre. « Neutre ! Alors, vous n’êtes qu’un jean-foutre et un lâche! » On songe aussi à l’empereur avisant un autre ancien combattant vendéen. Il l’interroge : « Et toi, qu’as-tu fait ? » – « Ah ! mon capitaine, je me suis bien battu, je vous l’assure, contre les Bleus ! » « Et que demandes-tu ? » lance l’empereur, habitué aux demandes d’aide – « Ah ! mon capitaine ! Que votre main à baiser ! »

Napoléon a compris ce que les Bourbons ne comprendront jamais. Il a reconnu la grandeur des Vendéens. En effet, les Vendéens de l’époque ne se campaient pas en victimes. Ils étaient fiers de leur résistance, même s’ils avaient beaucoup saigné, certains coins de Vendée ayant perdu plus de la moitié de leur population ! Ainsi, Cholet, plus de 60%. On estime à environ 165 000 le nombre d’habitants qui ont péri lors de ces guerres de Vendée. Un squelette dans le placard de notre histoire.

1Ndr. Le mot « terroriste » est utilisé par Alain Gérard pour qualifier les instigateurs de la « Terreur », cette période particulière de l’histoire de la Révolution française où ceux qui n’étaient pas « pro-révolutionnaires » étaient emprisonnés ou exécutés sans jugement. On estime que, rien qu’en Vendée, quelques 165 000 personnes ont disparu, sans compter environ 30 000 soldats républicains.

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