Habitat III – Soutien des villes émergentes : trois pactes à assumer pour la France

2 février 2017
Mis à jour: 4 février 2017

Au lendemain de COP21 s’organisait Habitat 3, troisième conférence des Nations Unies sur le logement et le développement urbain durable. Après Vancouver en 1976 et Istanbul en 1996, l’événement avait cette fois lieu à Quito, capitale de l’Équateur, du 17 au 20 octobre 2016.

30 000 personnes y ont participé. 167 pays étaient représentés et 3 500 membres du personnel de l’ONU et d’autres organisations internationales furent accrédités sur le site-village de la conférence. L’objectif des intervenants : développer des stratégies qui permettront demain de s’adapter à la rapidité de l’urbanisation mondiale. Les villes occupent 2% de l’ensemble du territoire terrestre, mais accueillent la moitié de la population globale. Elles génèrent  70 % de l’économie, consomment 60% de d’énergie globale, émettent 70% des gaz à effet de serre et produisent 70% des déchets planétaires. À ces données s’ajoute le chiffre de la population urbaine dans les pays en développement qui devrait passer de 2,6 à 5,2 milliards à l’horizon 2050. C’est dans ce contexte de grands bouleversements qu’a été adopté le 20 octobre 2016 le Nouvel Agenda Urbain qui allait permettre le démarrage d’un plan de développement durable mondial. Celui-ci considérera la poussée migratoire, la lutte contre la pauvreté, la marginalisation de certains quartiers, la densification des transports, la pression foncière, l’impact du réchauffement climatique et les revendications citoyennes. Bref, l’Agenda est chargé.

Panneaux explicatifs des notions du Nouvel Agenda urbain, de bâtiments compacts et de villes résilientes dans le bâtiment principal de l’ONU à Habitat 3. (Julius Mwelu Manyasi, Habitat 3, Flickr)

Déclaration du Nouvel Agenda Urbain

Bien que non-contraignante, à l’image de la ratification de Cop21, cette déclaration constituée d’un texte de 21 pages et 166 articles formalise les enjeux périlleux de l’urbanisation. La version finale de la déclaration a subi une révision pendant quatre mois avant d’être annoncée en début d’année 2017.

Les objectifs d’Habitat 3

  1. Pour réduire considérablement le nombre de bidonvilles, il faudrait construire 1 milliard de nouveaux logements d’ici 2025, pour un coût estimé entre 9 et 11 millions $US.
  2. L’afflux des campagnes vers les villes se poursuivra à grande vitesse. Il faudra garantir par des lois les droits et l’accès à l’éducation des migrants.
  3. La banlieue s’étendra sur 30% des terrains actuellement non-développés. Des efforts herculéens devront être déployés pour freiner la ségrégation et mettre en place de solides infrastructures garantissant l’accès à une eau propre, le tri des ordures et une résistance aux tremblements de terre, notamment.
  4. Changement climatique. 40 villes sont principalement responsables des émissions de CO2. Elles devront réduire leur recours aux énergies fossiles, construire des bâtiments compacts pour une plus grande densité de population, diminuer le transport automobile, installer des pistes cyclables et produire des énergies renouvelables.
  5. L’accessibilité dans les zones urbaines sera essentielle et devra être plus soignée et pensée au niveau urbain.

Réussir à implanter une vision ambitieuse

Les clés du succès d’Habitat 3 sont entre les mains des leaders locaux et régionaux. Les élus municipaux devront assumer un rôle spécifique habituellement réservé aux autorités nationales. Des politiques urbaines devront être menées par les gouvernements nationaux ou par les villes elles-mêmes (Voir Formes 2015, article sur l’Inde).

La réussite d’Habitat 3 dépendra aussi des politiques et stratégies proposées. On attend de voir à quoi ressemblera la carte des villes et pays qui s’engageront de manière significative. L’aspect financier sera au cœur des engagements, mais l’aspect technologique, avec la puissance de sa vitesse et de son impact, devra aussi être largement considéré.

Le positionnement de la France

Fière d’avoir réussi la ratification de l’Accord de Paris, la France s’est vivement impliquée dans le cadre d’Habitat 3. Une importante délégation était présente et la ministre du Logement et de l’Habitat durable, Emmanuelle Cosse, a détaillé le positionnement du pays en trois pactes à intégrer au Nouvel Agenda Urbain International.

PACTE 1 – Agir contre l’exclusion urbaine. La ville doit se construire pour tous les habitants. La réduction des inégalités urbaines, qu’elles soient sociales, économiques ou environnementales, doit constituer un objectif prioritaire.

PACTE 2 – Agir pour la transition écologique et énergétique. La ville durable doit être une ville sobre, compatible avec une planète aux ressources limitées. Habitat 3 devra valoriser les ressources et les territoires et favoriser une croissance verte et innovante en plaçant l’enjeu de cycle de vie au cœur des exercices de planification, de construction et de gestion des villes.

PACTE 3 – Agir pour coproduire la ville. Les habitants doivent pouvoir participer en pleine responsabilité à l’élaboration et au fonctionnement des villes. L’expertise de tous les habitants doit ainsi être reconnue comme moteur d’amélioration et de production.

Source : www.pfvt.fr Partenariat français pour la ville et les territoires (plateforme des acteurs français de l’urbain à l’international)

Grand auditorium de la conférence Habitat 3. (photos/habitat3)

Le concept de résilience

Avec son deuxième pacte (voir encadré ci-haut), la France propose d’appliquer le concept de résilience. Cette notion a été fortement murie par le ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer. En physique, la résilience désigne la capacité d’un matériau à retrouver sa forme initiale après une déformation. En sociologie et en psychologie, la résilience signifie la capacité de reconstruction d’un individu ou d’un groupe après un traumatisme. En écologie, il est question des capacités d’un écosystème à retrouver ses fonctions après des perturbations importantes, qu’elles soient liées à des catastrophes naturelles, telles les inondations, incendies ou tempêtes, ou à des activités humaines, telles l’utilisation des pesticides, la chasse ou les pratiques agricoles.

On recommande donc aux autorités locales de faire preuve d’autonomie et de pratiquer l’altruisme et l’échange. Les autorités nationales doivent elles aussi demeurer attentives à ces qualités essentielles, car plus on renforcera la cohésion sociale et la solidarité envers les plus vulnérables, plus on pourra améliorer le milieu urbain. À titre d’exemple, en Haïti, la mise en place de comités d’eau délivrant un service géré de façon communautaire a engendré une lisibilité plus forte du service public, permettant à des communautés résilientes de mieux réagir après le tremblement de terre de 2010. Autre illustration, celle de l’agroforesterie, qui consiste à planter des arbres sur des terres de cultures et de pâturages. Cette technique serait favorable à la résilience de l’activité agricole face aux changements climatiques par la limitation du ruissellement et de l’évaporation et la diversification des sources de revenus liés à la production.

La résilience est possible lorsque les sociétés ont une capacité à rebondir grâce à l’apprentissage, l’adaptation et l’innovation. On parle d’une résilience territoriale survenue à la suite de changements environnementaux majeurs modifiant l’organisation sociale et économique. La résilience devient alors une forme d’adaptation au changement climatique.

La ministre française du Logement et de l’Habitat Durable, Emmanuelle Cosse, et Sadat Naderi, ministre afghan du Développement urbain, lors d’une session spéciale à Habitat3. Madame Cosse a présenté la politique française de logement et son action pour le développement économique et sociale des pays du Sud par le biais des 100 villes/100 projets pour le climat. (Flickr)

100 villes/100 projets-climat

Afin de mettre ce discours théorique en pratique, le pacte pour la transition écologique et énergétique français intègre 100 villes résilientes, une initiative née en 2013, portée par la fondation Rockefeller à New York. Celle-ci a pour objectif la mise en place de 100 projets urbains résilients dans 100 villes du monde. Montréal compte également parmi les villes qui ont rejoint le mouvement.

La France y participe quant à elle dans un contexte d’aide au développement. Lancé en 2015 par l’Agence française de développement, (AFD), l’action 100 villes/100 projets pour le climat permettra à 100 collectivités locales de pays en développement de réaliser un projet urbain résilient. L’AFD pourra ainsi financer des études de projets urbains et environnementaux ou permettre aux villes d’avoir une assistance technique afin de renforcer leurs compétences en matière de résilience.

Réseau mondial d’agences d’urbanisme

À Quito, Emmanuelle Cosse a également annoncé le lancement d’un réseau mondial d’agences d’urbanisme initié par la Fédération Nationale des Agences d’Urbanisme (FNAU). Il permettra d’offrir aux villes qui le souhaitent une expertise et un accompagnement. Dans le cadre du Nouvel Agenda Urbain, la FNAU propose des  outils d’ingénierie provenant d’institutions privées, mais surtout, publiques. Le programme prévoit une action de lobbying et la mise en avant de la planification intégrée avec le milieu local. Les agences d’urbanisme auront comme mandat de valoriser les nouvelles pratiques et de développer les réseaux existants. La FNAU réalisera ainsi des conventions de partenariat avec d’autres agences d’urbanisme mondiales.  « Le portage politique effectué par la ministre du Logement et de l’Habitat durable à Quito fut donc très conséquent, puisqu’il a offert une visibilité à la FNAU et légitimé son action », résume Marianne Malez, chargée du mission sur les questions internationales à la FNAU.

 

Cet article sera publié en mars 2017 dans la revue Formes.ca

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