Un homme risque sa vie en publiant des photos d’un « camp de concentration » chinois : c’est comme « vivre en Allemagne nazie »

Un Ouïghour affirme qu'il risque 15 ans de prison pour avoir eu l’application Twitter sur son téléphone
Par Florence
17 avril 2019 Mis à jour: 13 juillet 2019

Le Parti communiste chinois (PCC) scanne les téléphones des habitants de la province du Xinjiang pour repérer ceux qui contiennent des applications de réseaux sociaux étrangers, et envoyer leur propriétaire dans l’un des nombreux « centres de rééducation », a confié un des Ouïghours – l’ethnie majoritaire de cette province chinoise. Il affirme avoir risqué sa vie en partageant sur Twitter des photos de ces centres.

« Si vous avez Twitter ou Facebook sur votre téléphone, vous serez condamné à 15 ans de prison dans des camps de concentration », a-t-il précisé.

Kasim, qui affirme être un résident du Xinjiang, a posté le 7 avril une série de photos d’immeubles qui sont, selon lui, des centres de détention où sont emprisonnés plus d’un million d’Ouïghours.

 

Kasim, un Ouïghour du Xinjiang, a déclaré qu’il risquait sa vie en envoyant des photos de camps de concentration installés dans sa région. (Kasim/Twitter)

« Il y a des appareils de surveillance partout. Ces appareils aident le régime chinois à envoyer des gens dans les camps. Quand j’ai pris une photo, un policier m’a regardé, il inspectait les téléphones d’autres personnes », a tweeté Kasim.

Kasim a partagé des photos des appareils de surveillance installés dans la région du Xinjiang. (Kasim/Twitter)

Le Parti communiste chinois (PCC) justifie l’intensification de la répression contre les Ouïghours et d’autres minorités ethniques, ainsi que différents croyants chinois en la considérant comme un moyen d’ « éduquer et de transformer » ses citoyens. Les Ouïghours du Xinjiang sont considérés par le régime communiste comme faisant partie des « trois forces maléfiques » – « l’extrémisme, le séparatisme et le terrorisme ».

Dans un tweet, Kasim a également écrit que la prière a été interdite par le régime chinois, et que prier en public conduirait à la détention.

« Nous avions l’habitude de prier notre Dieu après les repas. Ils ont dit : ‘Seuls les terroristes prient Dieu ! À partir de maintenant, si vous priez en public, ou si vous dites ‘Amen’, vous serez envoyé dans des camps de concentration’ », a-t-il tweeté.

Kasim a expliqué que vivre dans le Xinjiang est comme « vivre dans l’Allemagne nazie », et il a posté les coordonnées de plusieurs endroits où le régime aurait établi ses centres de détention.

« C’était un hôpital, mais les fascistes chinois l’ont transformé en camp de concentration. Auparavant, il y avait 7 000 personnes. Il est à présent abandonné », a-t-il écrit.

Kasim affirme que cet hôpital a été transformé en camp de concentration. (Kasim/Twitter)

Un nombre grandissant de rapports indiquent que les autorités du Xinjiang emprisonnent des Ouïghours à cause de leurs propos d’ordre politique ou religieux sur les réseaux sociaux étrangers tels que Facebook ou Twitter.

Selon The Guardian, leurs téléphones sont scannés de force aux points de contrôle de la région par des agents chargés de repérer les contenus jugés « suspects » par le régime chinois.

Suite aux troubles sociaux et aux émeutes qui se sont produites dans la capitale du Xinjiang, l’accès aux réseaux sociaux étrangers, tels que Facebook et Twitter, a été interdit en Chine par l’État-Parti depuis 2009. Selon les autorités, ces réseaux incitaient à la désobéissance civile.

Cependant, selon des observateurs, les tensions entre les deux ethnies principales du Xinjiang – les Ouïghours et les Chinois Han – ont été alimentées par des responsables loyaux à Jiang Zemin, l’ancien chef du PCC, afin de créer un problème politique à Xi Jinping, le dirigeant actuel. Epoch Times avait déjà signalé que depuis 2002 la région du Xinjiang est un bastion des fonctionnaires fidèles à Jiang Zemin.

La répression contre les Ouïghours ne s’est intensifiée que récemment. Actuellement, des logiciels espions sont systématiquement installés sur les téléphones de chaque citoyen chinois afin de surveiller et de restreindre leur accès aux sites étrangers. Selon le site d’information BuzzFeedNews, le logiciel espion « JingwangWeishi » (Nettoyage du web), surveille tout ce qui est dit, lu et écrit, ainsi que les personnes contactées par le biais du smartphone.

Selon le post d’Open Technology Fund sur un blog : « Chaque utilisateur ayant cette application verra tous les fichiers stockés sur son appareil envoyés à un organe inconnu à des fins de surveillance. »

Kasim a déclaré qu’il avait pu accéder à Twitter et poster des images en contournant les outils de surveillance du régime chinois grâce à un logiciel spécial.

« Nous vivons dans la terreur. On pense qu’il ne s’agit que de la première vague d’envoi des gens dans les camps. Il y aura une deuxième vague, puis une troisième… jusqu’à ce que chacun d’entre nous éprouve la souffrance dans les camps de concentration et de lavage de cerveau.

« Nous ne pouvons pas nous révolter. Parce que la Chine ne cherche qu’une raison pour pouvoir nous tuer tous », a-t-il poursuivi.

Le Parti communiste chinois a continué d’insister que ce que nous croyons être des centres de détention de masse ne sont que des établissements qui offrent une « formation professionnelle » aux détenus – ils y apprennent, par exemple, à coudre ou à cuisiner.

En octobre 2018, le régime chinois a ouvertement reconnu l’existence de ces établissements. Cependant, un ancien détenu a affirmé à Epoch Times : « Ils mentent comme ils respirent », ajoutant qu’il « n’a jamais vu une seule ‘salle de classe’ ».

Reportage associé :

Un ancien prisonnier déclare que les soi-disant « centres de formation professionnelle » en Chine ne sont qu’un pur mensonge. (GREG BAKER/AFP/Getty Images)

Selon Henryk Szadziewski, chercheur principal du Uyghur Human Rights Project, la répression que subissent les Ouïghours à travers l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux, tels que Facebook et Twitter, est une tentative du Parti communiste chinois (PCC) de supprimer les informations sur l’emprisonnement de masse qu’il fait subir à cette ethnie.

« Pour un Ouïghour, la découverte par les autorités de ces applications sur son téléphone est potentiellement dangereuse en raison du contrôle sévère qu’exerce le régime chinois sur les informations provenant du Xinjiang, et des fréquentes inspections du contenu des téléphones portables », a déclaré Szadziewski à Epoch Times.

« C’est une nouvelle illustration de l’utilisation de la technologie par le régime afin de surveiller et restreindre la vie privée des Ouïghours, ainsi que toute forme d’expression qui va au-delà des limites dictées par le gouvernement. »

Version originale

RECOMMANDÉ